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«Un véritable changement systémique s'impose»
Luxembourg 7 min. 11.11.2022
Que faut-il attendre de la COP27?

«Un véritable changement systémique s'impose»

«Nous avons besoin de davantage de transparence pour savoir si les investissements sont vraiment durables», considère le patron de Greenpeace Luxembourg.
Que faut-il attendre de la COP27?

«Un véritable changement systémique s'impose»

«Nous avons besoin de davantage de transparence pour savoir si les investissements sont vraiment durables», considère le patron de Greenpeace Luxembourg.
Photo: Greenpeace
Luxembourg 7 min. 11.11.2022
Que faut-il attendre de la COP27?

«Un véritable changement systémique s'impose»

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Raymond Aendekerk, directeur de Greenpeace Luxembourg, plaide pour que la classe politique s'engage davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il considère que le Grand-Duché peut encore faire plus.

Le directeur de Greenpeace Luxembourg livre ses attentes concernant la Conférence des parties (COP27) qui a débuté début de semaine en Egypte et son regard sur l'action du Luxembourg pour lutter contre le réchauffement climatique.

Raymond Aendekerk, qu'attendez-vous de cette nouvelle Conférence des parties (COP27) qui vient de débuter en Egypte?

C'est la 27ème et c'est déjà plus de 30 ans qu'on a lancé ce débat. Il est important que les scientifiques, politiciens, ONGs et que la société civile se retrouvent ensemble pour discuter de cela. Nous avons connu quelques catastrophes comme les inondations au Pakistan et la sécheresse en Afrique. Il faudra voir si cela va accélérer ou freiner le processus.

Il y a eu quelques pistes à Glasgow (COP26), comme celle d'arrêter la déforestation. Je serai très content si nous pouvons obtenir une confirmation des décisions prises l'année dernière. Cela concerne les forêts, mais aussi la nécessité des pays développés d'aider ceux du Sud. Un budget de 100 milliards de dollars est prévu, mais nous n'avons pas encore avancé dans ce dossier. Il faut que ce soit des dons et pas des crédits à rembourser. Les pays les plus riches ont la responsabilité de financer les dommages qu'ils ont causés dans les pays du Sud et de les aider à passer à des technologies modernes, afin de se passer des infrastructures fossiles comme le charbon ou le gaz. 

Des manifestants brandissent un globe et crient des slogans lors d'une manifestation de l'Alliance égyptienne des forces civiles pour le changement climatique, en marge de la COP27 à Charm el-Cheikh, en Egypte.
Des manifestants brandissent un globe et crient des slogans lors d'une manifestation de l'Alliance égyptienne des forces civiles pour le changement climatique, en marge de la COP27 à Charm el-Cheikh, en Egypte.
Photo: dpa

Vous avez l'impression que les choses ont bougé depuis 30 ans?

Je le crois, oui, mais pas assez vite. Nous avons besoin de ces réunions au niveau international, mais une fois ces rencontres terminées, chacun a ses ''devoirs'' à faire dans son pays. Il faut aussi travailler entre ces conférences et ne pas se contenter de faire de grands discours, c'est clair. J'ai entendu Xavier Bettel (DP) dire en Egypte qu'il n'allait pas faire de nouvelles annonces. Dans sa déclaration sur l'état de la Nation, il avait déjà annoncé beaucoup de choses concernant la protection de l'environnement et nous veillerons à ce qu'il respecte ses engagements.


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Le Luxembourg fait-il assez pour lutter contre le dérèglement climatique?

On ne fait pas encore assez, c'est clair. Nous sommes sur la bonne voie avec plus d'investissements solaire. Mais nous devons multiplier nos efforts encore par dix dans les énergies renouvelables pour atteindre les objectifs de 2030 et puis ceux de 2050. Pour le moment, ce n'est pas encore gagné. Dans le domaine de la biodiversité, de l'agriculture et également de la mobilité, nous pouvons faire beaucoup plus.

Un autre chantier à régler concerne les finances. Les fonds d'investissement au Grand-Duché sont à l'origine d'une grande partie des émissions. Les fonds verts sont loin d'être suffisants. Nous avons besoin de davantage de transparence pour savoir si les investissements sont vraiment durables. C'est un réel enjeu pour le Luxembourg dans la lutte contre le dérèglement climatique.

«Nous sommes sur l'autoroute vers l'enfer climatique», a récemment déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU. C'est possible d'en sortir?

Oui, bien sûr! Mais nous ne devons pas nous contenter de faire des conférences et des promesses sans vraiment travailler le sujet et engager toute la population. Un véritable changement systémique s'impose, des petits pansements ici et là ne suffisent pas. Cette discussion n'est pas encore vraiment lancée, il y a toujours des excuses: le covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique... Mais c'est toujours le moment pour procéder à un changement.


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Avec la guerre en Ukraine, craignez-vous que certains pays recourent de nouveau au charbon ou énergies fossiles?

Nous avons maintenant des technologies bien avancées et pas forcément onéreuses. Nous ne pouvons pas maintenant retomber dans une phase où nous recourons à des énergies fossiles. Ce n'est pas la solution, car cela va encore de nouveau accélérer le changement climatique.

A quels scénarios faut-il s'attendre et quels objectifs faudrait-il atteindre pour éviter le pire?

L'objectif est de stabiliser le réchauffement à 1,5 degré d'ici 2050. Selon certains scénarios, on pourrait atteindre plus de 2 degrés et ça risque d'augmenter encore davantage. Après 2050, nous devons parvenir à vivre dans une société décarbonisée. Nous avons besoin pour cela d'exclure les grands pollueurs dans le secteur financier pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d'agir dans ce domaine les trois prochaines années.

La COP à elle seule ne va pas sauver la planète.

Raymond Aendekerk, directeur de Greenpeace Luxembourg

Est-il trop tard pour agir?

Non, je ne pense pas. On doit informer la population et la motiver à s'engager pour un meilleur futur. Cet engagement doit aussi se faire au niveau politique pour que des changements se fassent dans le domaine énergétique notamment avec un cadre légal. Il y a encore trop de grosses voitures par exemple. Il faut aussi davantage favoriser la nourriture bio par rapport aux aliments produits avec des pesticides. Beaucoup de choses restent à faire.


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C'est possible que d'ici trois ans, on se rende compte qu'on n'a pas encore fait assez de choses, mais on va continuer à agir. Concernant le changement climatique, la question est de savoir si les conséquences seront sévères ou très catastrophiques. Même si on arrête maintenant avec les émissions, le processus est déjà lancé. Si nous faisons rien, ce changement sera irréversible.

C'est difficile parce que notre économie mise sur la rentabilité en quelques années, voire en une poignée de secondes dans le secteur financier. Nous avons besoin d'une vision à plus long terme et ce n'est pas dans la philosophie de notre économie et ça doit changer. Les acteurs politiques doivent indiquer la direction dans laquelle il faut faire des efforts.

Les personnes vont s'adapter, mais il faut aussi agir.

Raymond Aendekerk, directeur de Greenpeace Luxembourg

C'est un effort collectif au niveau de l'Etat, les entreprises et les citoyens?

Il faut mettre en place une plateforme pour faire rencontrer les différents acteurs. La COP à elle seule ne va pas sauver la planète. Je serai très content si la semaine prochaine, on parvient à mobiliser plusieurs millions pour les pays du Sud pour qu'ils bénéficient d'un meilleur développement, de la reforestation. Je saluerai ces décisions, cela permettrait de dire aux responsables politiques ''vous avez signé cette convention et nous allons vous responsabiliser''.


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Le dérèglement climatique se fait aussi ressentir au Luxembourg avec les récentes inondations, la canicule de cet été ou encore les dernières semaines d'automne où il faisait trop chaud pour la saison. Considérez-vous qu'il y a une prise de conscience de la société luxembourgeoise concernant ce phénomène?

Oui, je le crois et surtout avec la sécheresse et les canicules, quand cela concerne tout le pays. Cela fait bien sûr peur aux gens de voir la nature, les animaux et les gens souffrir de ces conséquences climatiques. Cela se remarque notamment dans l'agriculture avec le manque d'eau. Les personnes vont s'adapter, mais il faut aussi agir et renoncer par exemple à prendre l'avion pour ses vacances, moins utiliser sa voiture. Ça ne sera pas forcément facile. Je pense que les gens vont encore en prendre davantage conscience dans les prochaines années.

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