Changer d'édition

Un satellite militaire et de nombreux problèmes
Luxembourg 3 min. 18.05.2020

Un satellite militaire et de nombreux problèmes

Outre la question budgétaire, le nouveau satellite militaire pose la question des choix réalisés par le ministère de la Défense.

Un satellite militaire et de nombreux problèmes

Outre la question budgétaire, le nouveau satellite militaire pose la question des choix réalisés par le ministère de la Défense.
Luxembourg 3 min. 18.05.2020

Un satellite militaire et de nombreux problèmes

Déjà sous les projecteurs en raison du doublement de son budget, le projet LUXEOSys se retrouve dans l'oeil du cyclone après la publication, lundi par la radio 100.7, d'un audit. Ce dernier, qui relève bien des dysfonctionnements, assure que «dès le départ, le projet était sous-développé».

(MF) – Sous le coup de virulentes critiques de l'opposition pour son coût passé de 170 à 350 millions d'euros, le nouveau satellite militaire luxembourgeois se révèle être un projet qui cache toute une série de dysfonctionnements. Que ce soit en termes de timing choisi, de gestion du projet ou bien encore de procédures, selon le rapport d'audit rendu fin mars par PricewaterhouseCoopers et révélé lundi par nos confrères de la radio 100,7. 

Principal enseignement du  cabinet d'audit et de conseils, la volonté d'aller vite du ministère de la Défense aurait mené à des incohérences, PwC assurant que «pour un tel projet, le calendrier seul est très surprenant au vu de l'envergure, de la complexité, des risques et des coûts». En ligne de mire, les choix réalisés par Etienne Schneider (LSAP), alors ministre de l'Economie mais aussi de la Défense.


La facture du nouveau satellite militaire s'alourdit
Initialement budgétisée à 170 millions d'euros, la mise en orbite d'un deuxième engin à vocation civile et militaire coûtera deux fois plus cher, indique le ministre de la Défense. Une mauvaise estimation des coûts serait en cause.

Que ce soit la sélection de la société OHB-Italia (OHB-I) sans qu'aucun appel d'offre n'ait été réalisé ou la désignation d'une seule personne pour le suivi du projet au sein de la  direction de la Défense. Deux aspects qui ont abouti à une gestion «précipitée et chaotique du projet», estiment nos confrères, se référant au rapport qui évoque le fait qu'«il n'y avait pratiquement pas de processus décisionnel structuré et une documentation insuffisante».

Si la direction de la Défense assure que les choix réalisés étaient conformes aux procédures en 2012, le rapport ne se prononce pas sur ce fait mais laisse planer le doute quant à la possibilité que la société italienne ait pu bénéficier d'un avantage sur ses concurrents. En cause, un choix de prestataire basé sur une seule procédure évoquant les solutions techniques et une estimation de budget.

Rallonge de 180 millions d'euros

Une estimation qui aura servi de référence absolue pour la direction de la Défense tout au long du processus, selon le rapport d'audit qui assure que les hauts fonctionnaires se sont basés «presqu'exclusivement sur les estimations d'OHB-I». L'ennui, c'est que l'entreprise est spécialisée dans la construction de satellites et non dans la gestion et l'exploitation d'un programme de surveillance, de sorte que «des éléments essentiels du projet ont été sous-développés ou irréalistes, notamment en ce qui concerne les besoins financiers», assure radio 100,7

PwC a évalué à 180 millions d'euros supplémentaires le coût du volet opérationnel du satellite qui comprend un centre de données, la sécurité informatique ou bien encore la maintenance. Des dysfonctionnements qui auraient été évoqués dans une pré-étude, réalisée en mai 2018, qui indiquait  clairement que la planification budgétaire n'était pas réaliste. Mais l'information n'a pas été rendue publique et le projet de loi stipulait clairement que les 170 millions annoncés était la somme maximale pour acquérir et exploiter le satellite pendant dix ans. La «fiche financière» qui doit obligatoirement figurer dans le projet de loi, faisait d'ailleurs défaut, précise le rapport d'audit.


La flotte luxembourgeoise prend peu à peu son envol
En participant à l'achat d'un nouvel avion ravitailleur aux côtés de cinq autres pays, le Grand-Duché entend appliquer sa nouvelle stratégie militaire. Si l'appareil ne sera pas stationné au Findel, le pays pourra en bénéficier pour ses missions de soutien logistique.

Ce rapport est arrivé sur la table de la Commission du contrôle budgétaire le 30 mars. C'est au parlement de décider à présent quelles suites donner à ce coûteux dossier. Il devra aussi adopter le projet de loi déposé par François Bausch (Déi Gréng), ministre de la Défense, pour rallonger de 180 millions d'euros le budget pour mener à terme l'entièreté du projet satellitaire. 

Le temps presse, sans quoi, la facture continuera de gonfler. La rallonge budgétaire devra être votée au plus tard en septembre sinon le projet prendra du retard et cela engendrera encore des coûts supplémentaires. Reste à régler nombre de questions techniques et à professionnaliser le suivi du projet alors même que Gilles Feith, haut fonctionnaire en charge du projet s'apprête à quitter son poste pour prendre la tête de Luxair d'ici deux semaines.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

déi Lénk bataille contre deux contrats militaires
Le parti de gauche a un satellite et un avion ravitailleur dans le collimateur. Estimant que les sommes dépensées par le pays pour ces équipements seraient bien plus utiles dans la période actuelle dans le soutien à l'économie et aux ménages du pays.
Les dépenses militaires mondiales explosent
Les budgets pour équiper les armées ont atteint en 2019 leur plus haut niveau depuis la fin de la Guerre froide, selon un rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm publié ce lundi.
A US military convoy patrols the M4 strategic highway, near the US base in Tall Baydar, in the northern countryside of Syria's northeastern Hasakeh province, on April 25, 2020. (Photo by DELIL SOULEIMAN / AFP)
La facture du nouveau satellite militaire s'alourdit
Initialement budgétisée à 170 millions d'euros, la mise en orbite d'un deuxième engin à vocation civile et militaire coûtera deux fois plus cher, indique le ministre de la Défense. Une mauvaise estimation des coûts serait en cause.
La flotte luxembourgeoise prend peu à peu son envol
En participant à l'achat d'un nouvel avion ravitailleur aux côtés de cinq autres pays, le Grand-Duché entend appliquer sa nouvelle stratégie militaire. Si l'appareil ne sera pas stationné au Findel, le pays pourra en bénéficier pour ses missions de soutien logistique.