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Un projet de ferme fait polémique à Oberpallen
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Un collectif de riverains s'est formé

Un projet de ferme fait polémique à Oberpallen

Dominique, Miguel et Karl Heinz sont résolument contre le projet et espèrent, au mieux, que celui-ci soit déplacé ailleurs.
Un collectif de riverains s'est formé

Un projet de ferme fait polémique à Oberpallen

Dominique, Miguel et Karl Heinz sont résolument contre le projet et espèrent, au mieux, que celui-ci soit déplacé ailleurs.
Photo: S.MN.
Luxembourg 5 min. 26.09.2022
Un collectif de riverains s'est formé

Un projet de ferme fait polémique à Oberpallen

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Plusieurs habitants du village craignent que cette exploitation agricole génère bon nombre de nuisances et dénoncent un non-sens écologique.

Agitation dans le village de 425 âmes d'Oberpallen, à deux pas de la frontière belge. La polémique enfle en effet dans la localité d'ordinaire si paisible. L'objet de la discorde? Un projet d'exploitation agricole qui doit voir le jour à côté d'une zone protégée dans le Plan d'Aménagement Global. Située dans le haut du village, cette potentielle exploitation bovine devrait accueillir environ 300 bêtes, si pas plus. Pour plusieurs habitants du village, de l'ordre d'une quarantaine de riverains, le projet relève d'un «non-sens écologique», surtout au regard de la politique écologique menée par la commune depuis plusieurs années. 


IPO , ITV Claude Haagen , seit 100 Tagen Sozial-und Landwirtschaftsminister , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
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Depuis la découverte de cette demande de permis, le torchon brûle entre le collectif et les autorités politiques. Le premier reproche au second une multitude de griefs. À commencer par le problème d'ordre écologique que représente ce projet. «Le Luxembourg vise une réduction de 55% des émissions de CO2 pour l’année 2030. Pour ce faire, le pays se doit d'être le meilleur élève de la classe. On ne peut toutefois pas vouloir d'un côté agir mieux que les autres et de l'autre côté autoriser l'implantation d'une toute nouvelle exploitation agricole qui va générer une masse de gaz à effet de serre, sous forme d'azote, due aux bovins», déclare le collectif dans une missive adressée aux autorités politiques, en rappelant le bon souvenir de feu Camille Gira, ancien bourgmestre de Beckerich et écologiste convaincu. «Ce projet est d'ailleurs prévu le long de la promenade portant son nom», peste Miguel, l'un des représentants du collectif.

La crainte des nuisances sonores et olfactives 

Ce dernier, que nous avons rencontré avec Dominique et Karl Heinz, deux autres membres du collectif, estime que l'emplacement risque de perturber le trafic dans le village, de même que la quiétude des promeneurs habitués du sentier.

Autre nœud de la discorde, et c'est souvent le cas lors de projets de ce type: la peur de nuisances sonores et olfactives en pagaille générées par la ferme. Expliquant aspirer à la plus grande quiétude, les riverains estiment que cette «méga exploitation agricole» risque d'apporter son lot de nuisances importantes et de conflits de voisinage. Conflits qui se répercuteront directement sur la commune. «Le projet se trouve à portée de nos habitations et ne manquera pas de générer des odeurs désagréables dues à la présence de purin en grandes quantités, sans parler de son épandage éventuel aux alentours», note le collectif, ajoutant le possible bruit généré lors de la constitution de silos, jusque tard dans la nuit en été. 


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Enfin, pour le groupe, il existerait même un risque concernant la viabilité du projet lui-même. Celui-ci pointe du doigt des potentiels problèmes d'approvisionnement en eau potable à terme. «Le réseau d'adduction d'eau potable à Oberpallen ne jouit à l'heure actuelle pas d'une pression importante. Le PAG prévoit dans le futur un nombre de maisons supplémentaires. La mise en place d’une exploitation agricole de cette taille ne manquera pas de générer un problème supplémentaire sur le réseau d'eau potable. Rappelons qu'une vache peut boire de 40 à 120 litres d'eau par jour, sans parler des eaux qui sont encore utilisées à d'autres fins. Le calcul est donc vite fait», estime le collectif.

Une autre piste de solution

Notons que si les citoyens espèrent principalement l'arrêt du projet, ceux-ci réclament, a minima, l'implantation de cette ferme à un endroit «plus réfléchi et plus approprié». «Peut-être sur l'autre versant, là où l'eau pourrait directement s'écouler dans les ruisseaux en cas de fortes pluies. Car en l'état actuel des choses, avec une telle ferme surplombant le village, le risque d'inondations encore plus dévastatrices qu'elles ne l'ont été par le passé est bien réel», expliquent les trois riverains, pointant également du doigt des potentiels dangers pour la faune locale.

Thierry Lagoda est l'actuel bourgmestre de Beckerich.
Thierry Lagoda est l'actuel bourgmestre de Beckerich.
Photo: Pierre Matge

Bourgmestre de la commune de Beckerich, Thierry Lagoda est bien évidemment au fait des réclamations du groupe de citoyens. «Au niveau de la commune, nous restons toutefois neutres», lance-t-il. En effet, le projet, avant de pouvoir être concrétisé, doit encore passer par plusieurs étapes. «L'administration de l'Environnement a déjà rendu un avis positif concernant le projet. Celui-ci doit encore être approuvé par l'administration de la gestion de l'eau. Enfin, ce sera à mon tour d'octroyer ou non le permis de bâtir». 


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Et sur cette dernière étape, le bourgmestre se montre très clair. «Si tout le projet est conforme, il n'y a aucune raison que je n'autorise pas la construction. Je comprends que les riverains ne veulent pas voir leur quiétude perturbée, mais d'un autre côté, il ne faut pas oublier que ce sont les agriculteurs qui nous nourrissent. Néanmoins, il est clair que des discussions doivent avoir lieu dans les prochains jours entre les réclamants, le fermier ainsi que la commune.» 

Bientôt une réunion avec les différentes parties

Thierry Lagoda assure donc qu'une réunion d'échanges aura lieu afin que chaque partie puisse exposer ses arguments et apporter certains éclairages. «Il y a, par ailleurs, un autre site qui pourrait être utilisé dans le cadre du projet. Le problème, c'est que celui-ci est un peu plus éloigné que le projet initial et cela risque de poser des problèmes d'ordre logistique pour le futur exploitant.»


21.3. Beringen / Mersch PK Cactus Fleisch Label / Landwirtschaft / Fleisch / Rind  Foto: Guy Jallay
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Le bourgmestre a bien évidemment pris connaissance des arguments soulevés par le collectif. «Concernant de potentiels problèmes d'approvisionnement en eau, il est important de noter que des bassins de rétention d'eaux pluviales sont planifiés dans le cadre de la construction. Toutefois, c'est l'administration de la gestion de l'eau qui aura le dernier mot. Ensuite, au niveau des nuisances sonores, tant le fermier que l'administration de l'environnement indiquent qu'il n'y aura pas de problème», dit-il, tout en précisant que les premières habitations se trouveraient à environ 200 mètres de l'exploitation.

Concernant une éventuelle date de fin et de début de chantier, le bourgmestre estime que celle-ci est très difficile à prévoir. «Il y a encore pas mal d'éléments qui entrent en jeu», avoue-t-il. «Notons toutefois qu'une solution a déjà été trouvée concernant de possibles problèmes de trafic routier, de sorte que l'exploitation n'aura aucun impact sur la circulation dans le village.»

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