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Un plan d'action national bientôt dévoilé: «Il faut rompre le silence et le tabou autour de la prostitution»
90% des femmes prostituées sont forcées de faire ce «métier».

Un plan d'action national bientôt dévoilé: «Il faut rompre le silence et le tabou autour de la prostitution»

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90% des femmes prostituées sont forcées de faire ce «métier».
Luxembourg 3 min. 14.01.2016

Un plan d'action national bientôt dévoilé: «Il faut rompre le silence et le tabou autour de la prostitution»

Mercredi soir, une réunion sur le thème de la prostitution et du commerce du sexe avait lieu à la Philanthropie de Leudelange. Différents témoignages et modèles ont été exposés devant plusieurs députés et la ministre de l'Egalité des chances, Lydia Mutsch.

Par - Sophie Wiessler

Mercredi soir, une réunion sur le thème de la prostitution et du commerce du sexe avait lieu à la Philanthropie de Leudelange. Différents témoignages et modèles contre la prostitution ont ainsi été exposés devant plusieurs députés et la ministre de l'Egalité des chances, Lydia Mutsch.

Un monde parallèle 

La salle était comble lors de cette réunion, où différents acteurs de lutte contre la prostitution ont apporté leurs témoignages. Policiers suédois ou allemand, ancienne prostituée, membres d'associations de lutte contre la traite des humains, ils étaient une dizaine à apporter leurs éclairages sur ce thème encore trop flou au Luxembourg.

«C'est un monde parallèle, très difficilement dirigeable», a souligné Lydia Mutsch. «C'est encore un sujet tabou dans notre société. mais nous sommes là pour rompre le silence, trouver des solutions mais d'après les particularités du Luxembourg», a-t-elle insisté. La ministre a ainsi mis en avant les difficultés du pays à lutter contre la prostitution et à trouver un modèle fiable. «Le Luxembourg est entouré de pays n'ayant pas du tout le même rapport à la prostitution. L'Allemagne, la France et la Belgique n'appliquent pas les mêmes lois concernant ce fléau.»

Beaucoup de femmes étrangères parmi les prostituées

«Au Luxembourg, il faut aussi mettre en avant le fait que la prostitution se concentre exclusivement dans le quartier de la Gare ou dans des bars à champagne un peu partout sur le territoire. Nous devons également faire face à différentes sortes de prostitution. Internet, bars, dans la rue etc... La prostitution a vraiment un caractère volatile: il va sans dire que les flux migratoires ou économiques jouent beaucoup. Ce sont des populations fragiles, faciles à manipuler», a énuméré la ministre de l'Egalité des chances. 

Une réalité partagée par la France et l'Allemagne, selon les dires de Grégoire Théry, secrétaire général de l'association Mouvement du Nid et Helmut Sporer, détective à Augsburg. «85 à 90% des prostituées sont des femmes d'origine étrangère, venant de pays tels que la Bulgarie, la Roumanie, ou la Hongrie», ont-ils souligné. 

Un plan d'action national en «dernière ligne droite»

Cette réunion avait pour but de mettre en avant différents aspects de lutte contre la prostitution dans des pays différents, comme l'Allemagne, la France ou la Suède, afin que le Luxembourg se positionne enfin définitivement sur un modèle.

Mais un premier plan d'action national a déjà été présenté en avril 2015: le projet EXIT ainsi que la remise en forme de la plateforme prostitution. «Nous avons fait un bilan de la situation actuelle au Luxembourg et avons analysé les méthodes des autres pays de l'Union Européenne. Nous avons donc des pistes, notamment pour renforcer l'assistance sociale et médicale des prostituées. Notre projet est en dernière ligne droite et sera présenté dans quelques mois», a expliqué Lydia Mutsch.

Le modèle nordique à l'honneur

Mais c'est sans conteste le modèle nordique, mis en place par la Suède qui a récolté tous les lauriers lors de cette réunion mercredi soir. Ce modèle prévaut sur une condamnation des clients, plutôt que des prostituées. «S'il n'y a plus personne pour payer les trafiquants de ces femmes, il n'y a plus de prostitution», a expliqué l'inspecteur Simon Häggström, de la section prostitution de Stockholm. Selon lui, les femmes se sentent davantage en sécurité grâce à ce modèle qui les protège. 

Même si le conseil national des femmes du Luxembourg souhaite l'abolition pure et simple de la prostitution et de toute traite d'humains,  il va sans dire que le gouvernement luxembourgeois va devoir rapidement se positionner sur ce fléau et trouver son chemin vis-à-vis des particularités du pays.


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Prostitution,Strassenstrich,Quartier de la Gare,Foto:Gerry Huberty