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«Un honneur de parler à la Chambre»
Luxembourg 5 min. 05.05.2022 Cet article est archivé
Démocratie participative

«Un honneur de parler à la Chambre»

Jules Clément pourra compter sur le soutien de Valérie son épouse.
Démocratie participative

«Un honneur de parler à la Chambre»

Jules Clément pourra compter sur le soutien de Valérie son épouse.
Photo: Jules Clément
Luxembourg 5 min. 05.05.2022 Cet article est archivé
Démocratie participative

«Un honneur de parler à la Chambre»

Charles MICHEL
Charles MICHEL
La pétition permet à chacun de prendre part à la vie politique. Jules Clément a vu la sienne dépasser la fameuse barre des 4.500 signatures. Suffisant pour s'inviter ce jeudi après-midi devant les députés.

D'ordinaire, Jules Clément suit la vie politique à distance. Ce 12 octobre 2021, cet homme qui dit «habiter au nord du pays», écoute avec attention le discours sur la Nation de Xavier Bettel. De l'intervention du Premier ministre un thème retient tout spécialement son attention: la gratuité, pour l'année 2022, de la cantine, des aides aux devoirs et de l'accueil au sein des maisons relais.  


IPO , Place d`Armes , Chamber  , Anhörung Petition 1811 Bachelor Krankenpfleger , Nancy Kemp-Arendt , Théo Duhamel Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Le rythme des pétitions publiques s'emballe
C'est peu dire que la crise covid a confirmé l'intérêt des résidents pour l'interpellation des ministres et des parlementaires par le biais des pétitions publiques. Un droit (presque) victime de son succès.

Âgé de 35 ans et père de deux filles scolarisées à l'école primaire, Jules Clément, dépourvu d'attache politique, entend que le gouvernement va «offrir aux enfants issus de familles à revenus faibles ou modestes des repas gratuits à l'école primaire ou au lycée». Cette mesure, reportée en raison de l'avis rendu fin novembre par le Conseil d'Etat, suscite chez lui une interrogation: «Dans un esprit d’égalité, pourquoi les parents dont les enfants ne vont pas à la maison relais ne recevraient-ils pas le même soutien?» 

Cette réflexion, il la matérialise le 14 octobre par une pétition publique déposée sur le site de la Chambre des députés intitulée «Soutien aux parents dont les enfants ne sont PAS en maisons relais». Elle porte le n°2.061. Le 21 octobre, la conférence des présidents la juge recevable, le lendemain s'ouvre la période des signatures qui s'achèvera le 3 décembre avec, au compteur, 4.935 signatures. Le 9 février, après examen de chacune d'entre elles, la commission des pétitions n'en retient officiellement «que» 4.879.  

«Même si je savais que ce sujet intéresserait de nombreux parents, au début je ne pensais pas pouvoir atteindre les 4.500 signatures (Ndlr: seuil nécessaire pour qu'un débat se tienne à la Chambre). Sauf quand j'ai constaté qu'après quelques jours, la moitié d'entre elles était déjà atteinte. J'étais alors sûr de les obtenir», déclare Jules Clément qui, ce jeudi à 14h, 203 jours après le dépôt de sa pétition, viendra lui-même défendre sa cause devant les parlementaires. Pour l'occasion, Valérie, son épouse, Cathy, sa sœur, ainsi que Marie-Véronique, sa mère, l'accompagneront pour le soutenir dans cette épreuve où il ne parlera pas qu'en son nom, mais en celui de tous les signataires. «C'est un honneur de m'exprimer à la Chambre des députés et j’espère obtenir un retour positif de la part des ministres concernés.»

La pétition a pour effet de nous rappeler parfois des choses évidentes, mais que nous, députés, nous ne voyons pas

Nancy Kemp-Arendt

Pour Jules Clément, la pétition est «un excellent outil pour transmettre les opinions et les demandes de la population à nos politiciens, car les pétitions sont également le reflet de notre démocratie. Leur nombre, élevé, pour les différents sujets en est la preuve». Présidente de ladite commission des pétitions, Nancy Kemp-Arendt se félicite de ce succès: «La pétition donne une autre vie à la démocratie. C'est un moyen, pour tous ceux qui le souhaitent, de nous alerter sur l'un ou l'autre sujet, de nous faire part de leurs revendications. Le site internet offre une plus grande visibilité et simplifie la démarche».

La pétition aurait pour effet de réconcilier le citoyen lambda avec le politique. «On touche au cœur des gens, fait remarquer la députée du CSV. Tous les sujets, ou du moins la grande majorité, reflètent la situation à un moment précis. On reproche souvent aux politiques d'être éloignés de la vie des gens, or la pétition a pour effet de nous rappeler parfois des choses évidentes, mais que nous, députés, nous ne voyons pas. Ou plus. Ou auxquelles nous ne pensons pas...»

L'ancienne triathlète n'a pas besoin de chercher bien longtemps pour dénicher un exemple pour illustrer son propos. «Le télétravail... Cela fait vingt-cinq ans que je suis en politique et j'ai toujours entendu parler de télétravail sans que cela ne se mette en place. Il a fallu une crise sanitaire et une pétition pour que cela se fasse.» Déposée le 19 avril 2020 par Serge Remy et intitulée «Instauration d'un droit au télétravail», cette pétition n°1.556, forte de 5.824 signatures validées, avait été débattue à la Chambre des députés le 19 octobre de la même année. La suite, on la connaît. 

Sa copine a les cheveux verts, il dépose une pétition...

Autre exemple, cette pétition n°1865 signée Ornella Romito intitulée «2 jours de dispense de travail par mois pour les femmes qui ont leurs menstruations». «C'est fou», lâche la députée, «mais c'est en voyant et en écoutant les pétitionnaires expliquer les raisons de leurs démarches que certains députés ont réellement pris conscience de la légitimité de cette demande. Jusque-là, des règles, on n’en avait jamais parlé à la Chambre...»

En cette période où le coût de l'énergie ne cesse d'augmenter, la pétition n°2.270 demande à «favoriser le télétravail et renégocier les accords avec les pays frontaliers pour parer à l'explosion du prix des carburants.» Déposée, elle ne compte à ce jour que 205 signatures. «De manière générale, observe Nancy Kemp-Arendt, l'adhésion à une pétition se fait sous couvert de bon sens. Les gens ne votent pas n'importe quoi...»

Cela n'empêche pas certains plaisantins de déposer l'une ou l'autre pétition totalement farfelue. «Un homme en avait fait une parce que sa copine s'était teint les cheveux en vert», s'amuse la présidente d'une commission qui se réunit davantage que par le passé. «Avant, on se voyait une fois par mois. Et encore... Aujourd'hui, c'est au minimum tous les quinze jours, voire toutes les semaines.» La commission des pétitions serait-elle victime de son succès? «Victime? Vous ne pensez pas! En tant que député, notre rôle est d'être à l'écoute du peuple.» Ce jeudi, la Chambre prêtera une oreille attentive à un certain Jules Clément.

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