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Un front commun contre le viol de guerre
Luxembourg 1 4 min. 29.11.2018 Cet article est archivé

Un front commun contre le viol de guerre

La Grand-Duchesse avec Denis Mukwege (à d.) et le roi des Pays-Bas Willem-Alexander (à g.).

Un front commun contre le viol de guerre

La Grand-Duchesse avec Denis Mukwege (à d.) et le roi des Pays-Bas Willem-Alexander (à g.).
Photo: ©Sophie Margue/PGD
Luxembourg 1 4 min. 29.11.2018 Cet article est archivé

Un front commun contre le viol de guerre

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, a accueilli la Grande-Duchesse Maria Teresa hier à La Haye, nouvelle station de leur campagne commune contre le viol de guerre.

Par Gaston Carré à La Haye

La Haye mercredi soir: Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix 2018, ouvre une Conférence internationale en présence du roi des Pays-Bas Willem Alexander. Mots d’ordre: «Réparer les plaies de la violence sexuelle en situation de guerre». Invitée d’honneur: la Grande-Duchesse Maria Teresa, qui devant un parterre de 300 personnes, dont les principaux acteurs de la mobilisation contre le viol de guerre, rappelle la motivation et les modalités de son propre engagement en ce domaine.


«Briser un tabou, dire et traiter le crime»
Rencontre avec Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, après son intervention à La Haye

Parmi les auditrices les plus attentives: des femmes d’Ouganda, du Bangladesh, de Colombie, de Bosnie, toutes «survivantes» de la guerre dans son expression la plus abjecte.

La Grande-Duchesse évoque le caractère particulièrement abject d’un fléau dont l’éradication lui tient à coeur de longue date. Elle souligne que le moment est venu, dans la campagne que le monde mène à son encontre, de passer de la parole aux actes, que des initiatives d’ores et déjà sont en oeuvre, qui consistent à donner la parole aux victimes d’abord, afin qu’elles deviennent les forces motrices du changement, pour que la mal - le viol comme système et comme méthode, pensée et planifiée - soit reconnu dans toute son étendue et qu’une justice enfin soit rendue à l’encontre des bourreaux.

La Grand-Duchesse avec Denis Mukwege (à g.) et le roi des Pays-Bas Willem-Alexander (à d.).
La Grand-Duchesse avec Denis Mukwege (à g.) et le roi des Pays-Bas Willem-Alexander (à d.).
Photo: ©Sophie Margue/PGD


La Grande-Duchesse avec le prix Nobel de la Paix Denis Mukwege.
La Grande-Duchesse avec le prix Nobel de la Paix Denis Mukwege.
Photo: ©Sophie Margue/PGD

Le prix Nobel attribué au docteur Mukwege et à Nadia Murad jette, selon la Grande-Duchesse, un nécessaire éclairage sur «une tragédie vécue par des centaines de milliers de femmes dans le monde». Lutter contre cette tragédie est, pour Maria Teresa, une «obligation morale», tout particulièrement depuis sa première rencontre avec le gynécologue congolais en 2016 déjà à Luxembourg. La Grande-Duchesse nous confiera, après son intervention, son «émotion» à retrouver ici, à La Haye, ces «survivantes» qu’elle avait connues lors d’une précédente rencontre déjà. Elle nous dit son bonheur à observer le grand mouvement de prise de conscience à l’oeuvre désormais face au viol de guerre et sa détermination à le porter plus loin encore. La Grande-Duchesse enfin nous signale le caractère «positif et constructif» des énergies déployées ici, «loin du misérabilisme» et de la simple déploration.

Vers le Forum de Luxembourg

L’attribution du prix Nobel de la Paix 2018 à son hôte et partenaire le gynécologue congolais Denis Wukwege, ainsi qu’à la jeune Yazidie Nadia Murad, aura apporté à cette cause une notoriété considérable, une cause que la Grande-Duchesse pour sa part défendra au Luxembourg même, fin du mois de mars prochain, où à son tour, elle réunit une grande conférence internationale «StandSpeakRise Up». Initiée en partenariat avec l’ONG «We are not Weapons of War» de Céline Bardet, également présente mercredi soir à La Haye, cette conférence est organisée sous l'égide de la Fondation du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse, ainsi que du «Women’s Forum for the Economy & Society».

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But de cette rencontre l’année prochaine à Luxembourg: «amplifier la voix et les messages des survivantes de violences sexuelles dans les zones sensibles» et trouver des solutions pertinentes pour mieux les protéger contre ces drames. Y seront accueillis Denis Mukwege et Nadia Murad, pour parachever la première boucle d’une mobilisation qui d’Oslo à Luxembourg en passant par La Haye et le Liban, où la Grande-Duchesse a examiné un certain nombre d’actions à la fin du mois du mois d’octobre, a trouvé une remarquable cohérence dans l’attente de déboucher sur une indéniable efficacité.

Maria Teresa durant son intervention à la tribune de La Haye.
Maria Teresa durant son intervention à la tribune de La Haye.
Photo: ©Sophie Margue/PGD

Calvaires

Des «survivantes» ensuite, hier à La Haye, prennent la parole pour rapporter les calvaires qu’elles ont subis. Semka Agic, ainsi, a connu les affres de l'épuration ethnique en Bosnie, où déjà la campagne militaire serbe s’accompagnait d’exactions sexuelles à grande échelle. Céline Bardet nous a rapporté, préalablement à la rencontre de La Haye, que de véritables «camps de viol» avait été établis en terres bosniaques, où la soldatesque serbe se consacrait à l’«épuration» sur le mode le plus radical. Denis Mukwege ne cesse de souligner le pouvoir délétère de semblables actions au Congo, où le viol d’une femme de proche en proche finit par anéantir toute une famille, voire, par ses répercussions socio-économiques, à affaiblir un village entier.

La Grande-Duchesse parmi des survivantes de guerre.
La Grande-Duchesse parmi des survivantes de guerre.
Photo: ©Sophie Margue/PGD

Sylvia Acan pour sa part a vécu l’enfer en Ouganda, autre terreau fertile pour le viol systématique, et évoque en termes très forts ce qu’elle a enduré, tandis que Feride Rushit présente un centre de réhabilitation pour les victimes de la torture au Kosovo et que Pilar Rueda évoque une association de femmes violentées en Colombie, avant une intervention de Karine Bonneau, directrice du «International Justice Desk» (FIDH), une instance instaurée dans la conviction qu’on ne pourra enrayer le viol de guerre si l’on ne se donne pas les moyens d’une traduction en justice des individus qui s’y livrent, de l’Afrique au Moyen-Orient en passant par les Balkans. La demande de toutes ces femmes est résumée par Semka la Bosniaque, digne et altière sous son turban de musulmane des Balkans: que le monde reconnaisse enfin le viol de guerre, «vite».


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