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Un double dépistage qui sauve des vies
Luxembourg 7 min. 10.10.2022
Cancer du col de l'utérus

Un double dépistage qui sauve des vies

La vaccination des adolescents à l'âge de 12 ans est l'un des premiers facteurs de lutte contre les papillomavirus humains.
Cancer du col de l'utérus

Un double dépistage qui sauve des vies

La vaccination des adolescents à l'âge de 12 ans est l'un des premiers facteurs de lutte contre les papillomavirus humains.
Photo: AFP
Luxembourg 7 min. 10.10.2022
Cancer du col de l'utérus

Un double dépistage qui sauve des vies

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Grâce au co-testing mis en place il y a cinq ans au Luxembourg, la lutte contre le cancer du col de l'utérus a effectué un bond en avant. Cette technique permet notamment de détecter davantage de cas nécessitant un suivi thérapeutique.

Un seul prélèvement, mais deux examens complémentaires. Mis en place à partir de 2017 au Luxembourg, le co-testing est aujourd'hui généralisé à l'échelle du pays, et permet un meilleur suivi des femmes concernées par le dépistage du cancer du col de l'utérus.


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Alors qu'un simple test HPV permet de déterminer si une patiente est atteinte, ou non, par l'un des papillomavirus humains susceptibles de causer une complication, la méthode de co-testing va plus loin. «Au test HPV, qui est d'une logique implacable que je n'entends pas critiquer, se rajoute un second examen, la cytologie. Celle-ci permet de montrer les anomalies au niveau des cellules et nous donne la possibilité de voir les lésions évoluées qui ne peuvent plus être détectées par le seul test HPV», explique le docteur Marc Fischer, responsable du service cytologie gynécologique au National Center of Pathology.

La formule classique du test laisse en effet passer quelques cas à travers les mailles du filet. Un constat démontré par un nombre croissant d'études qui ont poussé les docteurs Marc Fischer, et Pit Duschinger, président de la Société luxembourgeoise de gynécologie et d'obstétrique, à recommander la méthode au ministère de la Santé. «Nous avons fait partie de groupes de travail pour l'élaboration des voies à suivre dans le dépistage du cancer du col de l'utérus entre 2015 et 2017», précise Pit Duschinger.

Entre 10 et 29% de cas indétectables

En actant la recommandation du co-testing comme méthode de dépistage privilégiée dès 2017, le Luxembourg est devenu le premier pays européen à généraliser la méthode. «On peut s'estimer très contents et très fiers de pouvoir pratiquer de cette manière», souligne Marc Fischer, qui estime que «la très grande majorité des gynécologues luxembourgeois suivent cette recommandation».


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Selon la littérature scientifique, le co-testing permet de détecter 10% à 29% des cas présentant des lésions évolutives, des liaisons arriérées, voire des cancers qui risquent de passer inaperçues lors du test HPV. «Ce ne sont pas des cas très fréquents, mais il s'agit pour la plupart de cancers invasifs, agressifs, qui nécessitent par la suite un traitement. Combiner les deux tests va donc permettre de détecter plus de cas», poursuit Marc Fischer.

S'il est impossible de dresser un bilan chiffré exact du nombre de patientes présentant un stade avancé d'infection ayant pu être dépistées grâce à cette méthode, le docteur affirme avoir observé plusieurs cas. «Je dirais que cela concerne entre 5 et 10 cas par an. Plusieurs patientes qui présentaient un test HPV négatif se sont finalement vu être opérées d'un cancer invasif. En cytologie, ces cancers invasifs sont surtout remarqués chez des personnes qui n'ont jamais fait de prévention avant, ils restent rares.»

Ce n'est pas parce que le cancer du col de l'utérus a beaucoup diminué dans la population qu'il faut relâcher les moyens de préventions.

Marc Fischer, responsable du service cytologie gynécologique

La prévention est en effet l'un des leviers principaux ayant permis ces dernières années de réduire considérablement les cas dans bon nombre de pays. Et, bien avant l'étape du dépistage, se déroule celle de la vaccination. Au Luxembourg, filles et garçons sont incités à se faire vacciner contre le papillomavirus humain (HPV) à l'âge de 12 ans. «Avant, seules les jeunes filles étaient massivement concernées par cette vaccination, mais, depuis trois ans, on propose une vaccination systématique des garçons, car les hommes sont autant vecteurs pour les femmes», explique Pit Duschinger.

Marc Fischer est responsable du service cytologie gynécologique au National Center of Pathology depuis 2005.
Marc Fischer est responsable du service cytologie gynécologique au National Center of Pathology depuis 2005.
Photo: Marc Fischer

Une vaccination qui est «plutôt bien acceptée» par les familles luxembourgeoises, selon les deux praticiens. Mais il ne s'agirait pas d'arrêter tous ces efforts de prévention. «Ce n'est pas parce que le cancer du col de l'utérus a beaucoup diminué dans la population qu'il faut relâcher les moyens de prévention. Il est devenu rare dans nos régions, mais dans certains pays d'Afrique, comme le Sénégal, avec qui nous avons un partenariat, les discussions sont différentes», appuie Marc Fischer. La vaccination et le dépistage entraînent également une évolution dans la formation des nouveaux médecins. «Les jeunes confrères n'ont presque plus l'occasion d'observer et d'apprendre comment se passent les grosses interventions de cancers très invasifs, tant ces cas sont rares.»

250.000 femmes suivies

Mais si cette technique de co-testing semble indiscutablement faire ses preuves au Grand-Duché, elle est loin de s'être généralisée à l'échelle du Vieux Continent ces dernières années. Si elle est recommandée en Allemagne pour les patientes âgées entre 30 et 65 ans, en France, la méthode est déconseillée en tant que dépistage primaire par le site de l'Institut national du cancer, qui met en avant «le manque de preuves du bénéfice de son utilisation».

Pit Duschinger est président de la Société luxembourgeoise de gynécologie et d'obstétrique.
Pit Duschinger est président de la Société luxembourgeoise de gynécologie et d'obstétrique.
Photo: Gerry Huberty

Pour les deux spécialistes luxembourgeois, cette absence d'uniformisation est principalement due au coût supplémentaire qu'engendrerait la généralisation du double examen. «Je pense que c'est une question de finances et de taille de la population cible. La France, qui a une très grande population, fait le calcul en disant que le test HPV, qui est très sensitif, est suffisant», analyse Marc Fischer.

Au Luxembourg, 250.000 femmes sont suivies dans le cadre de la lutte contre le cancer du col de l'utérus. À partir de 25 ans, le co-testing est à réaliser tous les trois ans. «En fonction du pays, la recommandation de début du suivi varie entre 25 ans et 30 ans, en allant jusqu'à 60 ou 70 ans. Nous, nous ne sommes pas persuadés qu'il faille arrêter, car la population vieillit et il n’y a pas de raison de ne pas avoir un cancer», soulignent les deux médecins.

Une avancée grâce à l'IA

Depuis le mois de juillet dernier, le service cytologie gynécologique a changé de méthode pour analyser les 700 à 900 échantillons qui arrivent chaque jour au National Center of Pathology. Une transition complète vers la cytologie digitale a été opérée. Exit les microscopes, bonjour le scanner. Ce dernier, fonctionnant grâce à l'intelligence artificielle, fait le tri parmi les cellules, afin de repérer, en fonction d'un certain nombre de critères, les anormalités.

«Nous sommes l'un des premiers laboratoires à avoir effectué une transition complète permettant de traiter un aussi grand nombre de cas avec cette méthode», se félicite Marc Fischer. 

Si le spécialiste ne s'attend pas à un doublement ou à un triplement des cas positifs au HPV, il souligne la sensibilité encore plus accrue que permet d'atteindre la cytologie digitale. «L'intelligence artificielle standardise la méthode et c'est un véritable gain de temps qui permet à l'humain d'être dans des conditions plus performantes pour travailler, et d'ainsi se concentrer sur le diagnostic. C'est le futur des imageries et des dépistages. On arrive au summum de ce que l'on peut faire.»

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