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Un budget de lutte et de relance pour 2021
Luxembourg 6 min. 14.10.2020

Un budget de lutte et de relance pour 2021

Pierre Gramegna fait peser le financement des mesures de crise sur les fonds d'investissement notamment. Equité fiscale oblige.

Un budget de lutte et de relance pour 2021

Pierre Gramegna fait peser le financement des mesures de crise sur les fonds d'investissement notamment. Equité fiscale oblige.
Luxembourg 6 min. 14.10.2020

Un budget de lutte et de relance pour 2021

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Pas question pour le ministre des Finances de jouer défensif. Face à la crise sanitaire et économique, Pierre Gramegna a déposé, mercredi, un projet de budget 2021, volontariste en matière d'investissements mais aussi de soutien.

«Un budget exceptionnel pour une époque exceptionnelle.» Autrement dit, la crise du covid et ses impacts ont bien contraint Pierre Gramegna (DP) à repenser tous les projets qu'il avait en tête pour les finances 2021 du pays. Le Premier ministre l'avait annoncé mardi, le dépôt du projet de budget à la Chambre ce mercredi l'a confirmé. Ainsi, par exemple, la réforme fiscale tant attendue est reportée à des jours meilleurs. Mais loin de la volonté du ministre des Finances de balayer ce qui fait la colonne vertébrale de la coalition actuelle ou ce qui structure le pays.

Ainsi, au travers des centaines de colonnes que vont maintenant analyser parlementaires et corps constitués transpirent cinq axes : la solidarité avec les salariés et les entreprises, le renforcement des infrastructures, le logement et la relance durable. «Et cela grâce à des investissements à un niveau record.» Ainsi, l'Etat entend participer à la relance en misant comme jamais. On parle de 2,7 milliards d'euros pour l'année à venir. Soit 4,3% du produit intérieur brut attendu. «Ce niveau dépasse de loin celui de l’avant-crise, qui oscillait autour de 3,7% du PIB», rappelle au passage le grand argentier.

Et tant pis cette fois pour la dette. Si l'Etat se veut acteur de la reprise autant que protecteur de sa population, il faut y mettre le prix. La dette va donc s'envoler, passant de 22% du PIB en 2019 à 29,4% fin 2021, pronostique le ministre. En clair: il est envisagé 21,7 milliards d'euros de dépenses pour 19,2 milliards de recettes attendues dans les caisses nationales. Soit 2,5 milliards de déficit estimé au terme de l'exercice budgétaire. Et une dette portée du coup à  18,9 milliards d’euros.

Pour cette année, le gouvernement espère pouvoir contenir le déficit à hauteur de 27,4% du PIB. Sachant que le financement des mesures de soutien liées à la pandémie, dépenses inédites, pèsera lourdement encore dans les prochains mois sur ce montant. Mais le gouvernement en accepte la charge.

La crise affecte la santé des citoyens, en déjà tué (133 morts à ce jour), elle doit maintenant être contenue du point de vue de ses effets sur la dynamique économique. Cela donc dans la continuité des plans mis en place dès le printemps dernier et révisés en mai avec le programme Neistart Lëtzebuerg. Ainsi, «la moitié des dépenses (48%) du budget 2021 sera dédiée aux prestations sociales, subsides et subventions dans le domaine social», annonce le ministre libéral. Prioritairement, on cherchera à conforter le système sanitaire et de santé soumis à rude épreuve.

Pas question non plus de baisser les bras sur le front du salariat. Certes, le pays a clairement amorti les pertes d'emplois depuis quelques mois (18.525 chômeurs enregistrés à l'Adem au dernier relevé), mais la tendance reste fragile. Aussi, le Fonds pour l’emploi et le Fonds pour les investissements socio-familiaux «se verront dotés des moyens nécessaires pour leur permettre de soutenir le marché du travail et aider les plus démunis à faire face aux défis liés à la crise». A noter que la prime de vie chère augmentera de 10% l'an prochain, afin de soutenir les ménages les plus fragiles. 


Online.fr, déi Gréng, Partei, François Benoy Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Signe que le gouvernement a bien entendu la colère gronder sur la difficulté à se loger de manière digne et abordable, 2021 sera marquée par un renforcement du budget accordé au ministère du Logement. L’enveloppe possiblement accordée à Henri Kox (Déi Gréng) grimperait de 11%. Avec l'engagement ferme de dédier 150 millions d'euros au Fonds spécial de soutien au développement du Logement pour créer et financer du logement abordable. Le ministre avait dernièrement parlé de 1.000 unités sortant de terre chaque année, voilà de quoi tenir cet engagement dans un premier temps. 

Voilà pour les changements majeurs côté dépenses. Mais Pierre Gramegna se doit de bouleverser aussi la donne question recettes. Aussi, oui, une série de mesures fiscales vont être rapidement mises en place, espère le ministre des Finances. Et la plus importante devrait consister à la révision des taxes pesant sur les Fonds d'investissement spécialisés. Niche incroyable depuis des années, ces FIS ne devront plus seulement s'acquitter d'une taxe d'abonnement ridiculement basse, mais se retrouveront à hauteur de 20%. 

Et le ministre de poursuivre dans cette même lancée, en demandant aux parlementaires de lui permettre, demain, d'imposer là aussi à 20% les revenus immobiliers (loyers et plus-values immobilières) luxembourgeois réalisés par les fonds d’investissement, sans possibilité de faire valoir des déductions. D'ailleurs, la spéculation foncière est encore dans le collimateur quand, dans son budget 2021, le gouvernement souhaite réduire, primo, le taux de l’amortissement accéléré en cas d’investissement dans un logement neuf dédié à location et, secundo, abaisser la durée de l'amortissement de six à cinq ans.


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