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Un bonus-malus en 2019: Accidents du travail: les entreprises frappées au porte-monnaie

Un bonus-malus en 2019: Accidents du travail: les entreprises frappées au porte-monnaie

Pierre Matgé
Luxembourg 2 4 min. 16.06.2017

Un bonus-malus en 2019: Accidents du travail: les entreprises frappées au porte-monnaie

L'Assurance Accident se lance dans une campagne sans précédent contre les accidents du travail. Un système de bonus-malus sera instauré en 2019 pour sanctionner ou récompenser financièrement les entreprises.

Par Jean Vayssières

"Je suis Pedro. Le 6 octobre 2005, je travaillais avec une nacelle et, en voulant sortir, la manette s'est bloquée et j'ai été écrasé. J'ai perdu 70% de mon foie".

Le témoignage de Pedro pourrait être celui de n'importe quel ouvrier de chantier. Chaque jour, l'Association d'Assurance Accident reçoit pas moins de 150 déclarations d'accident. Sur les 26.000 déclarations déposées tous les ans (dont 6.000 issues du domaine scolaire), un quart proviennent du secteur de la construction.

Un fléau dont le coût est loin d'être uniquement humain: chaque année, les caisses de l'association se vident de pas moins de 220 millions d'euros. 

"Il y a 50 ans encore, on comptait 25 accidents pour 100 travailleurs" rappelle Claude Seywert, directeur de l'Association Assurance Accident (AAA). Un pourcentage qui donne le vertige, mais qui doit être recontextualisé: à cette époque, les usines étaient légion, et les risques du travail bien plus élevés.

"Aujourd'hui, ce chiffre est d'environ 5%, tous secteurs confondus. Ça baisse encore, mais par petits points". Rien de plus normal: en cinq décennies, le matériel s'est amélioré et l'industrie sidérurgique, meurtrière, a cédé sa place au tertiaire.

Mais la situation aujourd'hui est loin d'être parfaite: si le nombre d'accidents mortels sur les chantiers avait diminué entre 2015 et 2016, l'année dernière s'était démarquée par la violence particulière de ses accidents.

Pour mettre fin à ces drames, l'Association Assurance Accident se lance dans une campagne sans précédent.

Intitulée "vision zéro", elle concerne tous les domaines du travail. Dans son viseur, les secteurs de la construction et des trajets routiers, qui sont les plus dangereux, sont ciblés en priorité.

"Zéro accident, c'est une utopie"

L'objectif de la "vision zéro": réduire, à long terme, le taux de fréquence des accidents du travail de 20%. "Zéro accident tout court, c'est une utopie" confie Claude Seywert, qui se rend à l'évidence. "Mais l'objectif, c'est zéro mort, et zéro accident grave".

Annick Sunnen, responsable du service Prévention à l'Association d'Assurance Accident
Annick Sunnen, responsable du service Prévention à l'Association d'Assurance Accident
Photo: Guy Jallay

Certains échos d'ouvriers témoignent d'imprudences sur les chantiers, voire de conditions de travail non conformes. Matériel mal adapté, chantier surpeuplé, fortes pressions de la part du patron... beaucoup de facteurs peuvent entrer dans l'équation d'un accident. D'autant plus que, "par confort ou pour une prime, on peut être tenté de contourner les règles de sécurité".

Quels seront les moyens mis en place ?

Afin d'atteindre ses objectifs, l'Association d'Assurance Accident a établi une charte, signée et approuvée par les trois initiateurs, trois syndicats, ainsi que les six ministères.

Pas moins de 70 entreprises ont rejoint le projet. Parmi elles, plusieurs poids lourds: Coca-Cola, Cargolux, Dupont, G4S, Paul Wurth, GoodYear et les CFL, pour ne citer qu'elles, se sont engagées à respecter les engagements "vision zéro" pour contribuer à la diminution des accidents du travail.

Pour ancrer les principes de la charte dans le quotidien des entreprises, les formations demeurent un biais efficace. Ainsi, dirigeants et responsables sécurité santé seront mis au courant des nouveaux enjeux du projet.

Affiche de prévention de la campagne "vision zero"
Affiche de prévention de la campagne "vision zero"
visionzero.lu

"C'est clair que c'est pas évident pour les petites entreprises" avoue Claude Seywert, car ces dernières ne peuvent se permettre d'engager un responsable sécurité santé à plein temps. C'est malheureusement paradoxal, car la sensibilisation doit se faire majoritairement chez les entreprises naissantes, pour qui ces considérations peuvent être mineures. Les grands pontes, eux, connaissent la chanson." ArcelorMittal, la vision zéro, ils l'ont déjà depuis longtemps".

Depuis le lundi 12 juin, une campagne de prévention massive envahit les médias. Pendant 5 ans, elle diffusera un seul mot d'ordre, primordial: "Ca peut arriver à tout le monde". Des témoignages de travailleurs ayant subi un grave accident viendront appuyer ces propos.

Affiches, brochures, spots cinéma et radio, vidéos youtube et présence sur les réseaux sociaux : aux grands maux les grands remèdes, "pour qu'ils sachent qu'il ne s'agit pas de règles stupides, mais que leur propre vie est en jeu".

Les bons élèves seront récompensés

Le 19 juin, une conférence de presse sera organisée sur un chantier. L'occasion d'entamer la campagne en bonne et due forme, avec distribution de brochures et diffusion de spots. Sept autres interventions auront lieu dans plusieurs chantiers au cours de l'opération.

L'Association Assurance Accident compte entamer un changement majeur dans son système de cotisation, avec un système de bonus et malus. Actuellement, les entreprises cotisent 1% de leur masse salariale par mois à l'AAA. Mais à partir de 2019, le nombre d'accident ayant lieu en leur sein jouera sur le pourcentage. Ainsi, les bons élèves pourront le réduire jusqu'à -10%. Mais gare aux cancres, qui pourront cotiser jusqu'à 50%...

Une réforme informatique est également sur les rails. Elle vise à aider les entreprises à se concentrer sur certains secteurs, en fonction des moyennes et des tendances: chacune pourra consulter les chiffres des autres, qui seront facilement accessibles.

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