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«Un autre confinement ne peut être que l'ultime option»
Luxembourg 8 min. 28.10.2020

«Un autre confinement ne peut être que l'ultime option»

Si Jean-Claude Schmit, le directeur de la Santé, se veut résolument optimiste, il envisage néanmoins que «les traditionnelles réunions de famille soient complètement supprimées cette année».

«Un autre confinement ne peut être que l'ultime option»

Si Jean-Claude Schmit, le directeur de la Santé, se veut résolument optimiste, il envisage néanmoins que «les traditionnelles réunions de famille soient complètement supprimées cette année».
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 8 min. 28.10.2020

«Un autre confinement ne peut être que l'ultime option»

Les nouvelles mesures pour lutter contre la propagation du covid-19 votées ce mercredi à la Chambre, la recherche des contacts et le vaccin attendu par tous, le directeur de la Santé, le Dr. Jean-Claude Schmit, fait le point.

Propos recueillis par Dani Schumacher 

Le nombre de nouvelles infections augmente rapidement. Vous attendiez-vous à une deuxième vague aussi violente?

Dr Jean-Claude Schmit - «Pour tout le monde, il était clair qu'il y aurait une deuxième vague cet automne, mais, à ce jour, nous ne savons pas exactement quelle en sera la gravité. Par ailleurs, nous avons davantage d'informations aujourd'hui que nous n'en avions en mars. A cette époque, nous avions effectué beaucoup moins de tests et, pour la plupart, seules les personnes présentant des symptômes étaient testées. Ainsi, il nous est difficile de réaliser des comparaisons. 

Le système de santé luxembourgeois est-il prêt à faire face au nombre élevé de nouvelles infections?

«Globalement, nous sommes bien préparés. Il existe quelques points faibles. Par exemple, nous avons augmenté les effectifs de notre cellule de recherche des contacts, mais nous ne sommes pourtant pas en mesure de retracer 800 nouvelles infections en une journée. Notre équipe traite actuellement jusqu'à 400 cas positifs/jour. Au-delà, ce n'est pas possible dans le cadre d'une procédure normale. Nous avons donc dû adapter nos méthodes de travail. 

Qu'avez-vous changé à votre méthode?

«Nous contactons uniquement les personnes testées positives. En principe, ces gens savent déjà qu'ils sont infectés. Il s'agit donc de leur expliquer exactement ce que signifie être isolé, ce que chacun doit faire ou n'est pas autorisé à faire. Dans des conditions normales, nous retracerions les contacts. Malheureusement, ce n'est plus possible pour le moment. Nous demandons donc aux cas positifs d'informer les personnes avec lesquelles ils ont été longtemps en contact non protégé afin qu'elles puissent se placer en quarantaine.

Photo: Chris Karaba

Par après, toute personne infectée reçoit un numéro de référence qu'elle transmet à son interlocuteur. Vous pouvez alors nous contacter, par exemple pour le test du sixième jour ou si vous avez besoin d'un arrêt maladie. Toute cette procédure est désormais possible via Internet. Pour ce qui est des infections au sein d'une même famille, nous continuons à être vigilants car le risque d'infection apparaît beaucoup plus élevé, car, en famille, vous ne gardez pas vos distances ni ne portez de masque. De même, dans le cas d'un cluster, nous effectuons toujours un traçage détaillé.

Le gouvernement vient d'adopter des règles plus restrictives. Ces mesures sont-elles suffisantes pour endiguer la deuxième vague?

«Pour ce qui est du couvre-feu, la mesure a le mérite de restreindre les contacts sociaux. Elle a également l'avantage d'être facile à contrôler. Limiter les rassemblements à quatre personnes réduit aussi le nombre de contacts. Cela vaut également pour le télétravail qui doit être de plus en plus utilisé. J'espère également que limiter le nombre de clients dans les grands magasins aura un effet positif. Et, bien sûr, reste l'appel au bon sens. 

Le gouvernement n'aurait-il pas dû réagir plus tôt?

«Très difficile de répondre. Si vous réagissez trop tard, la pandémie risque de devenir incontrôlable. Si vous décidez trop tôt de mesures très restrictives, les conséquences économiques sont énormes. Bien que le nombre de nouvelles infections augmente depuis un certain temps, il y a une semaine, les chiffres donnaient des raisons de croire. Le taux de positivité des tests n'était que de 4 à 5%. En France, il est de 17%. Nous sommes encore loin de la situation en Belgique, en France ou aux Pays-Bas.

Dans les hôpitaux, le nombre de patients covid augmente alors que les cas d'infections parmi le personnel soignant se multiplient. Comment maîtriser ce problème?

«C'est un problème sérieux, en effet, auquel nous avons été moins confrontés en mars. Certains membres du personnel ont été infectés - la plupart d'entre eux ont été infectés en dehors de la clinique - et sont isolés. Ils sont absents pendant au moins dix jours. Cependant, la majorité des employés sont en quarantaine parce qu'ils ont été en contact avec une personne infectée. Ils devraient donc être à nouveau opérationnels très rapidement. Et même être autorisés à travailler malgré la quarantaine. Cela est possible parce que ce sont des personnes qui savent exactement comment se comporter et parce que le matériel de protection nécessaire est disponible. 

Nous réintégrons également les spécialistes qui travaillent normalement dans l'administration dans le domaine médical. Et nous avons embauché du personnel supplémentaire. Cependant, il n'y a guère de place à l'amélioration ici parce que les pays voisins critiquent vivement, et  naturellement, notre pratique de recrutement.

A propos des contaminations dans les écoles, que peut-on faire pour améliorer la situation?

«Dans le secondaire, une exigence de masque est tout à fait concevable. A mon avis, ce serait difficile à appliquer dans les écoles primaires. Il serait beaucoup plus efficace d'utiliser davantage l'enseignement à distance, au moins pour le secondaire. 

Quelle est la probabilité d'un deuxième confinement?

«Un autre confinement ne peut être que l'ultime option, si rien ne fonctionne. Mais je ne veux rien exclure. S'il en advenait ainsi, ce ne serait probablement pas aussi radical qu'au printemps dernier. Aller travailler devrait toujours être possible et les écoles pourraient rester ouvertes.

Cependant, les gens doivent être conscients qu'il existe une possibilité d'un deuxième confinement s'ils ne respectent pas les règles. Regardez la réalité en face: les restrictions n'évolueront pas beaucoup dans les mois à venir.  

 Le monde attend impatiemment l'arrivée d’un vaccin. Quand sera-t-il disponible?

«En Europe, les premiers vaccins sont sur le point d'être approuvés par l'Agence européenne des médicaments. Mais, pour autant, cela ne signifie pas que le vaccin sera disponible. Les laboratoires pharmaceutiques ont pris des risques et ont commencé la production avant l'approbation finale. Néanmoins, cela ne suffira pas à répondre à l'énorme demande, tout au moins au début.

D'où la question de la distribution. L'Union européenne a conclu des contrats avec les laboratoires, les doses disponibles sont distribuées au prorata de la population des différents pays, mais en plusieurs étapes. Il n'est pas exclu que le Luxembourg reçoive les premières doses de vaccin en décembre, à condition que tout se passe bien.

Mais avant de pouvoir immuniser toute la population, 60 et 70% de la population doivent être vaccinés. Et d'ici là, il se passera au moins six mois, sinon un an. Et puis, bien sûr, se pose la question de l'efficacité du vaccin, de la durée de ses effets.»

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