Un atelier solidaire très sollicité

Digital Inclusion redonne une vie aux ordis et aux réfugiés

L'asbl Digital Inclusion propose des ateliers de recyclage de PC, de bricolage, d'apprentissage autonome de la langue française, etc. à des réfugiés qui tournent parfois en rond dans leurs foyers loin de la capitale.
Photo: Gerry Huberty

Par Maurice Fick

Patrick de la Hamette sait que «les Luxembourgeois ont trop d'ordinateurs et que les réfugiés dans les foyers ont trop de temps. Mais pas d'ordinateur». Il a eu l'idée de créer le lien. L'asbl Digital Inclusion, permet à des réfugiés de recycler les vieux ordinateurs, smartphones et tablettes laissés dans les tiroirs. Sept mois après son lancement, l'initiative marche du tonnerre.

Fin 2015, il est directement confronté au quotidien des réfugiés qui affluent dans les foyers d'accueil au Luxembourg. «A travers des amis j'ai rencontré des réfugiés. Quelques-uns étaient techniciens, d'autres ingénieurs. Comme je suis moi-même ingénieur en électrotechnique et en informatique une sorte de fraternité s'est immédiatement créée», raconte Patrick de la Hamette, 39 ans et un sourire permanent aux lèvres. Syriens, Irakiens ou Erythréens déracinés lui racontent que «ce qui leur manque le plus, c'est l'accès à internet dans les foyers».

Patrick de la Hamette: «Les réfugiés me disent que ce qui leur manque le plus, c'est l'accès à internet dans les foyers».
Photo: Gerry Huberty

Patrick lance un appel sur Facebook pour dénicher des ordinateurs portables laissés à l'abandon. «Au départ, je voulais juste aider une poignée de personnes». Des vieux ordis arrivent dans son grenier à Merl. A ses côtés, quelques réfugiés bien formés reformatent les disques durs, démontent et remontent des ordinateurs. Ils repartent comme des pains chauds. «Quand on donne un ordinateur à un réfugié, il nous parle de ses amis au foyer qui en ont aussi besoin». Patrick sait quelle ouverture sur le monde représente un ordinateur. 

Le disque dur est complètement effacé

Devenue asbl, Digital Inclusion a éclos dans le sous-sol du «Hariko», rue du Dernier Sol à Luxembourg-Bonnevoie. Entre vingt et trente réfugiés bénévoles, pour les deux tiers des Syriens, y recyclent une à trois fois par semaine les ordinateurs. Les donateurs reçoivent la garantie que leur disque dur est complètement effacé.

L'association a déjà collecté près de 160 ordis. Tout comme des téléphones portables,  des scanners, des imprimantes, des appareils photos numériques, etc. «La moitié des ordinateurs sont en parfait état de marche. Ils doivent seulement être effacés et réinstallés. Pour l'autre moitié, le disque dur ou l'écran sont cassés. Nous essayons de les combiner», témoigne Patrick de la Hamette.

Avant de lancer un appel: «Nous prenons tout ordinateur qui a moins de dix ans. S'il est plus vieux, il ne tourne plus avec les logiciels actuels. Un ordinateur qui a entre sept et dix ans permet d'apprendre une langue, communiquer avec sa famille, surfer ou regarder une vidéo.»

Autres Galeries

Les ordinateurs portables sont de loin les plus prisés. «La demande a explosé», sourit Patrick en haussant les sourcils. Aujourd'hui «on a une liste d'attente de plus d'une centaine de personnes!» Les ordinateurs recyclés sont donnés aux réfugiés et à des familles vivant dans la précarité. L'ordre d'arrivée des demandes via mail sur le site de Digital Inclusion est le seul critère de redistribution.

Ce recyclage numérique épargne la nature. La forte demande des compatriotes motive les bénévoles de l'atelier. Digital Inclusion fournit une vraie mission à des réfugiés qui tournent en rond. Patrick de la Hamette sonde le background technique des candidats. Tous n'ont pas nécessairement opéré des ordis par le passé. Les novices se tournent vers les professionnels pour apprendre.

Vers des stages en entreprise

Digital Inclusion c'est 80% de recyclage, 100% de réfugiés qui se cherchent un avenir et un paquet de projets. Récemment, les bénévoles ont installé un cyber café dans les foyers pour réfugiés de Marienthal et d'Ettelbruck.

Des ateliers de bricolage diversifient l'offre de l'association. Au programme: construction de robots avec des pièces électroniques, d'un support pour un projecteur ou câblage d'une antenne satellite recyclée pour que le Hariko organise des publics viewing des matches de l'Euro 2016.

«Nous avons aussi débuté un projet d'apprentissage du français via des logiciels gratuits. L'idée est de montrer au réfugié qu'il peut lui-même apprendre la langue sur son ordinateur lorsqu'il est au foyer», résume Patrick de la Hamette.

Soutenu par Isabelle Mousset, son bras droit en charge de la communication, d'une équipe de bénévoles de l'ombre qui sollicitent les entreprises luxembourgeoises, le coordinateur de Digital Inclusion vise plus haut: «A partir de juillet, on va essayer de placer des réfugiés dans des stages en entreprise». Depuis deux mois Digital Inclusion a le soutien de l'Oeuvre Grande-Duchesse Charlotte.

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