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Un ancien propriétaire du 49, boulevard Royal témoigne: «On m'a eu à l'usure»
Luxembourg 4 min. 29.03.2016 Cet article est archivé

Un ancien propriétaire du 49, boulevard Royal témoigne: «On m'a eu à l'usure»

Un ancien propriétaire du 49, boulevard Royal témoigne: «On m'a eu à l'usure»

Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 4 min. 29.03.2016 Cet article est archivé

Un ancien propriétaire du 49, boulevard Royal témoigne: «On m'a eu à l'usure»

Dominique NAUROY
Dominique NAUROY
Jérôme* est l'un des trois copropriétaires qui n'ont pas donné un blanc-seing aux propositions faites dans le but de racheter l'immeuble qui trône, aujourd'hui, seul dans l'îlot qui doit accueillir le futur complexe Royal-Hamilius. Il explique pourquoi.

Jérôme* est l'un des trois copropriétaires qui n'ont pas donné un blanc-seing aux propositions faites dans le but de racheter l'immeuble qui trône, aujourd'hui, seul dans l'îlot qui doit accueillir le futur complexe Royal-Hamilius. Il explique pourquoi.

Un calendrier malheureux

Octobre 2007. Jérôme occupe un magnifique appartement de 120 mètres carrés depuis le début des années 1980, qu’il vient de rénover entièrement : salle de bains en marbre, moulures aux murs, placards, nouvelles portes, nouvelle moquette, cuisine flambant neuve.

A la différence de certains copropriétaires, Jérôme vit dans son bien. Depuis sa terrasse, il jouit d'une vue panoramique : « J'étais bien chez moi, je pensais y rester pour mes vieux jours », confie-t-il.

Devant l'immeuble, en janvier 2012
Devant l'immeuble, en janvier 2012
Photo: Gerry Huberty

Pourtant, la coiffeuse qui occupe l'une des surfaces commerciales au pied de l'immeuble l'interpelle, incrédule : « Pourquoi faites-vous des travaux ? » Elle lui fait savoir que son bail risque d'être prochainement résilié. Le 1er février 2008, Jérôme reçoit un courrier de la Ville : cette dernière y précise son intention de réaménager l'îlot, sans donner davantage de précisions.  

Plus de détails sont dévoilés lors d'une assemblée générale des copropriétaires, au printemps. Nonobstant, « je n'y croyais pas trop, à ce projet », dit a posteriori Jérôme.

A l'automne de l'année suivante, le 24 novembre 2009, la Ville fait parvenir à tous les copropriétaires un courrier, leur demandant de se positionner, d'ici au 31 décembre, en fonction de plusieurs propositions, dont une qui leur accorde un transfert dans un immeuble « 49 bis », toujours en pleine propriété.

Le diable se loge dans les détails

Jérôme fera partie de ceux qui ne signeront pas, préférant connaître au préalable l'intégralité des conditions d'une telle opération : qui prendra en charge les frais de déménagement ? Les travaux récemment achevés dans son appartement seront-ils pris en compte ? Et surtout :

« Nous retrouvions effectivement une pleine propriété mais uniquement sur les constructions en hors sol, dans un immeuble construit sur la dalle d'un nouveau parking qui, lui, était en bail emphytéotique », indique Jérôme, proposition de la Ville entre les mains. L'immeuble actuel dispose de caves mais pas de parking. Il est posé à même la roche.

Juillet 1974 : photo des fondations du Centre Hamilius, prises du côté de l'immeuble situé 49, boulevard Royal
Juillet 1974 : photo des fondations du Centre Hamilius, prises du côté de l'immeuble situé 49, boulevard Royal
Photo: Lé Sibenaler

Jérôme se pose la question de savoir ce que deviendra son bien, une fois le bail emphytéotique arrivé à son terme : qu'en sera-t-il si la Ville entend démolir le parking souterrain ?  

C'est, parmi d'autres, une question à laquelle il aimerait une réponse claire. Précaution excessive ? Craintes exagérées ? Contacté sur ce point, l'avocat Pierre Goerens – qui n’est jamais entré en contact avec Jérôme –, estime que la dissociation proposée par la Ville est « parfaitement possible » mais devrait alors « faire l’objet d’une convention régissant les conditions de cette dissociation ». Y figureraient notamment les obligations d'entretien à charge de la Commune, de telle sorte que l'immeuble ne puisse subir un quelconque préjudice.

« Dans ce cas de figure, il ne serait bien évidemment pas possible pour la Commune de détruire le parking, au risque que l’immeuble s’effondre », précise-t-il.

Le boulevard Royal en mars 2014. Le numéro 49 et ses balcons verts se trouvent derrière la tour du Centre Hamilius
Le boulevard Royal en mars 2014. Le numéro 49 et ses balcons verts se trouvent derrière la tour du Centre Hamilius
Photo: Gerry Huberty

En l'absence d'une telle convention, Me Goerens estime « difficile et, d’un point de vue juridique, peu prudent, pour un propriétaire de s’engager fermement sur la base des informations » qui étaient contenues dans le document concocté alors par la Ville.

Janvier 2010 arrive, Jérôme n'a pas rendu sa copie. « Signez donc ! Le reste, on verra après », a-t-il noté des échanges qu'il entretient alors.

Mais début février, la Ville décide de ne pas inclure l'immeuble dans le projet. « C'est trop tard », fait-on savoir à Jérôme. L'un des copropriétaires fait circuler une lettre qui sonne comme un règlement de compte : « Il ne reste qu'à féliciter » les propriétaires qui n'ont pas donné leur « accord ». Ce courrier se conclut par la menace d'ester en justice dans le but de percevoir des dommages et intérêts, à hauteur d'un million d'euros, contre ces propriétaires.

« J'ai pris les devants »

Jérôme est resté sans réponse écrite de la Ville face à ses interrogations. Et pour cause, c'est un autre copropriétaire qui devient la pierre d’achoppement du projet. Ce dernier pose ses conditions : « Trente mètres carrés supplémentaires, plusieurs places de parking... il demandait trop. Il voulait un bénéfice substantiel et fantaisiste. La Ville n'a pas voulu accéder à ses demandes – personne d’autre n’avait formulé de telles exigences », se souvient Jérôme.

Face à la perspective de devoir subir les nuisances quotidiennes liées aux travaux, plusieurs années durant, Jérôme préfère vendre, en 2013. « J'ai pris les devants, mais j'ai vendu un appartement intégré à un immeuble déprécié. Ne pouvant plus racheter un appartement dans mon quartier, je loue, à proximité. On m'a eu à l'usure. Dans cette histoire, je suis perdant », estime-t-il.

Dominique Nauroy

* le prénom a été changé, afin de garantir l'anonymat de la personne

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