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«Uber au Luxembourg? Pourquoi pas, s'ils respectent les règles»
Luxembourg 6 min. 22.12.2016 Cet article est archivé
Transports

«Uber au Luxembourg? Pourquoi pas, s'ils respectent les règles»

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«Uber au Luxembourg? Pourquoi pas, s'ils respectent les règles»

Photo: Guy Wolff
Luxembourg 6 min. 22.12.2016 Cet article est archivé
Transports

«Uber au Luxembourg? Pourquoi pas, s'ils respectent les règles»

Depuis plusieurs mois maintenant, la société de transports Uber fait de l’œil au Luxembourg, et souhaite s'implanter dans le pays. Après discussions avec François Bausch, ministre des Transports, les négociations sont toujours au point mort. Du côté des chauffeurs de taxis, on n'est «pas contre l'arrivée d'Uber, si les règles sont respectées».

Par Sophie Wiessler

Depuis plusieurs mois maintenant, la société de transports Uber fait de l’œil au Luxembourg, et souhaite s'implanter dans le pays. Après discussions avec François Bausch, ministre des Transports, les négociations sont toujours au point mort. Du côté des chauffeurs de taxis, on n'est «pas contre l'arrivée d'Uber, si les règles sont respectées». Ce qui est loin d'être le cas pour la société américaine.

Un cadre légal qui doit «être respecté»

Pierre-Dimitri Gore-Coty, directeur Europe de l’Ouest d'Uber semble plus que jamais prêt à implanter l'entreprise au Grand-Duché. Il le révélait il y a quelques mois déjà au Luxemburger Wort: «Le Luxembourg est l'un des derniers pays de l'UE où les gens ne peuvent pas bénéficier d'Uber. Par conséquent, nous sommes naturellement intéressés à offrir de meilleures solutions de mobilité ici. Le marché luxembourgeois est extrêmement intéressant de notre point de vue pour la simple et bonne raison que le pays dispose, d’un côté, d’un énorme taux de voitures individuelles, et, de l’autre côté, d’un service de taxis très cher et pas forcément accessible pour beaucoup de personnes».

François Bausch veut s'assurer que les chauffeurs de Uber respecteront les mêmes règles que les chauffeurs de taxis luxembourgeois.
François Bausch veut s'assurer que les chauffeurs de Uber respecteront les mêmes règles que les chauffeurs de taxis luxembourgeois.
Photo: Chris Karaba

Mais depuis quelques mois, il se heurte aux exigences de François Bausch, qui insiste fortement sur les normes sociales à respecter. «Je m'oppose à tout travail non déclaré, ou aux travailleurs indépendants sans sécurité sociale. La révolution digitale ne doit pas se faire aux dépens de la sécurité sociale. Une distinction claire et nette doit être maintenue entre les différents services Uber et les taxis traditionnels qui ne répondent pas à la même réglementation». 

Un point que partage Olivier Gallé, président de la Fédération des patrons loueurs de taxis et d’ambulances, qui se dit «ouvert à l'arrivée de Uber» mais «seulement s'ils respectent les règles».

«Tout le monde est le bienvenu dans le secteur. Mais nous sommes d'accord avec François Bausch: ils doivent s'en tenir aux règles, c'est tout».

La société américaine souffre en effet de nombreux déboires judiciaires: son offre *UberPop* notamment s'est attirée les foudres de la justice française... et d'ailleurs. Une offre qui n'a pas sa place au Luxembourg selon François Bausch. Celle-ci propose en effet que des particuliers utilisent leur véhicule pour proposer un service de transport à une personne privée. Impossible au Grand-Duché puisque la nouvelle loi des taxis du 1er septembre dernier empêche tout simplement ce genre de déplacements, sauf si les deux parties signent un contrat.

«Je n'utiliserai jamais Uber si j'avais le choix»

Le patron des taxis Colux est tout de même remonté contre cette idée du géant américain de s'implanter au Luxembourg. Pour lui, au vu des derniers rebondissements judiciaires de la firme, Uber est «un peu partout dans la merde» et «les gens devraient se demander pourquoi, avant de clamer haut et fort que Uber est moins cher».

En effet, Uber tacle les taxis luxembourgeois en les jugeant trop chers, et en proposant de facto, un service plus raisonnable. «Mais pourquoi ils sont moins chers? Parce qu'ils ne paient pas d'impôts, ni d'assurance! Leurs propres chauffeurs ne sont pas payés! Ils n'ont aucun argument, tout est fait au noir chez eux. Ils promettent monts et merveilles et au final ils raflent l'argent en encaissant 25% des commissions», fustige Olivier Gallé.

S'il avait le choix, lui n'utiliserait pas Uber pour ses déplacements. «S'il arrive un accident, qu'est-ce qui se passe? Qui va payer? Certainement pas Uber. On n'est absolument pas assurés en montant dans ces véhicules, ni nous, ni les conducteurs. Alors oui, Uber est moins cher, je ne peux pas dire le contraire, mais il y a toujours une raison à cela». Pour lui, comme pour le ministre des Transports, Uber doit montrer patte blanche en contribuant à ce que leurs chauffeurs soient assurés et paient des impôts.

Les chauffeurs français très en colère

La société présente un bilan financier alarmant au niveau mondial. L’entreprise a accusé au troisième trimestre un déficit de 800 millions de dollars (768 millions d’euros), selon des chiffres cités par l’agence Bloomberg et par le site The Information

Sur les neuf premiers mois de l’année, Uber a déjà perdu plus de 2,2 milliards de dollars. Et en France, la colère des chauffeurs est à son comble depuis la semaine dernière.

Ils protestent contre des conditions de travail «indignes» avec un prix minimum de la course descendu à six euros (contre huit initialement, ndlr). Ils ont entamé un mouvement social, émaillé de violences, et menacé d'appeler à une nouvelle mobilisation dès vendredi.

La plateforme a annoncé mardi la création d'un fonds de soutien de deux millions d'euros, sans en préciser les modalités, les laissant sur leur faim.

«C'est un effet d'annonce, une tentative pour nous endormir et parvenir à leurs fins, c'est-à-dire ne rien donner», a estimé Jean-Claude Resnier de VTC de France. «Ce n'est pas une entreprise américaine qui doit imposer un état de fait dans un Etat de droit», a-t-il ajouté.

«On a demandé une chose, ils ont refusé», a déploré un porte-parole de l'association Capa-VTC qui a appelé les chauffeurs à «se déconnecter d'Uber», à l'instar de la plupart des associations qui les représentent et participaient aux discussions.

Jean-Luc Albert (Actif-VTC) s'est déclaré «déçu par tout ce mépris», déplorant l'annonce d'un «fonds sans aucune explication, ni sur les modalités, ni sur les critères de répartition de ce fonds».

«S'ils veulent le bras de fer, ils vont l'avoir», a déclaré Fabien Tosolini (CFDT-Transports), appelant lui aussi les chauffeurs à se déconnecter d'Uber mais aussi de l'ensemble des plateformes internet de mise en relation des chauffeurs avec les clients.

«Uber doit quitter la France», a lancé un chauffeur, présent avec une quinzaine de ses homologues devant le secrétariat d'Etat.

Des milliers de téléchargements au Grand-Duché

Ces déboires judiciaires, mis en avant par les chauffeurs d'Uber mais aussi par Olivier Gallé, président de la Fédération des patrons loueurs de taxis et d’ambulances, peuvent-ils influer sur l'implantation du service au Luxembourg? Rien n'est moins sûr.

«Nous savons qu'il y a une demande claire au Grand-Duché, des milliers d'utilisateurs ont déjà téléchargé cette application avant même son installation dans le pays», souligne la société. «Nous savons aussi qu'il y a un gros problème de circulation au Luxembourg et Uber pourrait contribuer à résoudre ce problème en fournissant un service à des prix plus attractifs que le bus et le train».

Mais tout reste encore à faire. «Aucun dossier complet n'a été déposé pour le moment au sujet de Uber», souligne François Bausch. D'autres négociations sont donc à venir, mais la nouvelle loi des taxis mise en place en septembre dernier semble pour le moment freiner l'arrivée du géant américain.

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