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Trop de silences autour des vaccins douteux
Luxembourg 5 min. 15.03.2021 Cet article est archivé

Trop de silences autour des vaccins douteux

Pour l'heure, 54.865 doses anti-covid ont été injectées au Luxembourg.

Trop de silences autour des vaccins douteux

Pour l'heure, 54.865 doses anti-covid ont été injectées au Luxembourg.
Photo : AFP
Luxembourg 5 min. 15.03.2021 Cet article est archivé

Trop de silences autour des vaccins douteux

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Si les autorités luxembourgeoises ont bien retiré de la campagne vaccinale un lot douteux AstraZeneca, elles n'ont pas pris soin d'en alerter les 4.141 personnes ayant déjà reçu une injection issue de ce stock. Un raté.

«Il n'y a pas de raison de stopper la campagne de vaccination avec AstraZeneca.» Pour le directeur de la Santé luxembourgeois, l'affaire est entendue : le Grand-Duché a agi avec prudence en retirant un lot de flacons ''suspect'' de sa campagne vaccinale en cours. Pas de raison de se priver des autres doses fournies par le laboratoire anglo-suédois en somme. Mais ce que les autorités nationales semblent négliger c'est la crainte inspirée par cet épisode.


CORONADO, CALIFORNIA - DECEMBER 14: (EDITORIAL USE ONLY) Registered nurse Jenni Knapmiller dons personal protective equipment (PPE) as she prepares to care for a COVID-19 patient in the COVID unit at Sharp Coronado Hospital on December 14, 2020 in Coronado, California. According to state figures, Southern California, which includes San Diego County, currently has only 1.7 percent of its ICU (Intensive Care Unit) bed capacity remaining amid a spike in COVID-19 cases and hospitalizations. Sharp HealthCare is the largest health system in San Diego County and is currently treating approximately 400 COVID-19 patients in its four acute hospitals.   Mario Tama/Getty Images/AFP
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La première victime du covid décédait il y a un an
Deux semaines après le signalement du premier cas d'infection au Luxembourg, le pays enregistrait officiellement le premier décès d'une personne positive au coronavirus, le 13 mars. 365 jours plus tard, les conséquences de la pandémie restent encore d'actualité.

Car il apparaît que sur les 4.800 doses potentiellement à risque, 90% ont bel et bien été injectées auprès de résidents ou personnels de santé. Précisément 4.141 personnes, a confirmé le ministère de la Santé, vendredi. «Et moi, je suis furieuse», témoigne cette sexagénaire d'Echternach. J'apprends la nouvelle par les informations alors que je n'ai eu aucun avertissement de l'Etat.» Une colère teintée de peur maintenant: «Comme personne ne peut nous rassurer ou prend le temps de le faire, forcément on s'imagine le pire.»

«Le pire», cela pourrait être comme ce qui a été signalé en Autriche d'abord, au Danemark ensuite : l'injection des dosettes du lot en question pourrait entraîner la création de caillots sanguins. Et depuis cette annonce début mars, de nombreux Etats ont pris soin soit de retirer le lot ABV5300 de leur dispositif vaccinal, soit mis en suspens toute vaccination à l'aide de la formule AstraZeneca. Comme l'ont fait les Pays-Bas ou encore l'Irlande ce lundi matin, l'Allemagne lundi après-midi, et avant eux le Danemark, la Lettonie, la Lituanie notamment. 

Officiellement au Luxembourg, «aucun cas de thrombose n'a été notifié». Le communiqué du ministère de la Santé, diffusé vendredi dernier, souligne donc qu'à ce jour «on ne peut pas conclure que le vaccin AstraZeneca présente un plus grand risque de survenue d'effets indésirables que les deux autres vaccins qui sont également actuellement autorisés». Sans doute une formulation plus positive du message aurait-elle été plus sécurisante, non? 

Pour cette habitante d'Echternach qui a été vaccinée le 5 mars au centre Victor-Hugo, l'angoisse gagne d'autant plus qu'aucun message officiel ne vient la réconforter: «J'ai contacté la helpline, ils n'étaient même pas au courant que le vaccin avait été retiré... J'ai l'impression de compter pour partie négligeable.» 

Aurore, elle aussi, a été ''piquée'' au centre de vaccination du Limpertsberg, le 9 février, par un vaccin issu du lot douteux. Et cette frontalière belge de 33 ans, regrette également de ne pas avoir été contactée par les autorités. Assistante dentaire, elle trouve qu'un email ou un appel téléphonique n'aurait pas été de trop : «Savoir que l'on est suivi rassure. Ici malheureusement, on apprend que l'on fait partie des gens qui ont reçu ce lot grâce aux articles des journalistes et c'est bien dommage. J'aurais aimé être avertie autrement». 

C'est toutefois avec un peu plus de sérénité qu'elle aborde la situation, en attendant sa deuxième injection : «Je sais que si j'avais dû faire une réaction grave ou non, en dehors des effets secondaires (48h avec comme une petite grippe et puis plus rien) je l'aurais déjà eue.» Et de conserver la même confiance dans l'effet protecteur du sérum prescrit.

Chaque personne vaccinée peut lire sur le certificat remis le lot provenance de son injection anticovid.
Chaque personne vaccinée peut lire sur le certificat remis le lot provenance de son injection anticovid.

Idem pour ce médecin de Differdange dont le certificat de vaccination lui a confirmé l'origine de sa piqûre AstraZeneca. «J'ai confiance dans la formule et il faut vraiment relativiser les problèmes d'effets indésirables. On parle d'une trentaine de problèmes sur 5 millions de vaccinés pour l'Europe, ce n'est rien» Ce qui lui pose souci, par contre, c'est l'erreur dans la diffusion du message autour de ce problème de retrait du lot au Grand-Duché. Un silence qui, dans la période actuelle, peut trahir un inavouable secret.


(FILES) In this file photo taken on January 10, 2021 a health worker fills a syringe with the Pfizer-BioNTech COVID-19 vaccine against the novel coronavirus at the vaccination center in Pfaffenhofen, southern Germany. - Pfizer-Biontech's coronavirus vaccine offers more protection than earlier thought with effectiveness in preventing symptomatic disease reaching 97 percent, according to real world evidence published on March 11, 2021 by the pharmaceutical companies. (Photo by Christof STACHE / AFP)
Parce que chaque goutte compte
Les vaccins anti-covid se faisant attendre, pas question de gâcher la moindre dose. Le ministère de la Santé a d'ailleurs listé des consignes à destination des centres de vaccination.

«Il ne faut surtout pas laisser de place au doute : les bienfaits du vaccin sont très largement supérieurs aux risques encourus. Ce n'est pas de la propagande que de le rappeler, c'est une vérité tangible», insiste le professionnel. «Ce que l'on peut redouter après ça, c'est de voir les volontaires se faire moins nombreux alors que pour se sortir de cette épidémie, nous avons collectivement besoin d'un maximum de vaccination anti-covid». Et d'une dose supplémentaire de communication donc.

Une transparence d'autant plus nécessaire que les doutes sur le respect de l'ordonnancement des vaccinations viennent troubler l'actualité désormais. Tout comme la population pourrait commencer à douter des propriétés du vaccin AstraZeneca dont les modes d'attribution ont subi de nombreux changements (recommandation par âge, puis délai entre deux injections, etc) depuis son autorisation de mise sur le marché fin janvier dernier.

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