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Trois Français et une Belge racontent pourquoi ils s'engagent pour leur ville
Luxembourg 9 min. 28.09.2017 Cet article est archivé

Trois Français et une Belge racontent pourquoi ils s'engagent pour leur ville

Luxembourg 9 min. 28.09.2017 Cet article est archivé

Trois Français et une Belge racontent pourquoi ils s'engagent pour leur ville

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Le but de leur démarche? S'investir au sein de leur commune mais aussi user de leur droit: celui de se présenter à des élections et de voter. Gabriel Boisante, Jean-Christophe Dauphin, Monique Dejeans et Bénédicte Janne sont français ou belge, vivent depuis de nombreuses années au Grand-Duché et se présentent aux élections communales sur différentes listes et dans différentes communes.

Le 8 octobre prochain, ce sont 3.575 candidats qui se présentent pour les élections communales au sein des 105 communes que compte le Luxembourg et parmi eux, une poignée n'est pas de nationalité luxembourgeoise. 

Ils sont 268 expatriés, soit 7% de l'électorat passif à se présenter sur une liste en vue d'appartenir un jour peut-être, au conseil communal de leur ville ou de leur village.


Le but de leur démarche? S'investir au sein de leur commune mais aussi user de leur droit: celui de se présenter à des élections et de voter. Gabriel Boisante, Jean-Christophe Dauphin, Monique Dejeans et Bénédicte Janne sont français ou belge, vivent depuis de nombreuses années au Grand-Duché et se présentent aux élections communales sur différentes listes et dans différentes communes.

  • Gabriel Boisante

    40 ans, français

    entrepreneur

    LSAP Ville de Luxembourg

  • Jean-Christophe Dauphin

    40 ans, français

    travaille dans la finance

    DP Kayl Tétange

  • Monique Dejeans

    62 ans, française

    employée des institutions européennes

    LSAP Ville de Luxembourg

  • Bénédicte Janne

    52 ans, belge

    vétérinaire

    CSV Steinfort

«Autant de conservatisme, est-ce possible?»

Gabriel Boisante a 40 ans et se présente sur la liste du LSAP de la Ville de Luxembourg. Ce sont ses premiers pas en politique et cet entrepreneur né à Paris et arrivé au Grand-Duché durant l'enfance, connaît bien le pays et possède plusieurs restaurants en ville.

Son envie d'entrer en politique est née au lendemain du référendum de 2015 qui portait entre autres, sur le droit de vote des étrangers. Ce 7 juin-là, 78,02% des Luxembourgeois se sont prononcés en sa défaveur, montrant ainsi leurs réticences à donner aux résidents étrangers la possibilité d'agir sur la politique du pays.

Ce sont ses premiers pas en politique et cet entrepreneur né à Paris et arrivé au Grand-Duché durant l'enfance, connaît bien le pays et possède plusieurs restaurants en ville.
Ce sont ses premiers pas en politique et cet entrepreneur né à Paris et arrivé au Grand-Duché durant l'enfance, connaît bien le pays et possède plusieurs restaurants en ville.
Lex Kleren

«Je pensais bien que ça n'allait pas passer », débute-t-il, assis à l'une des tables de son bar situé dans le quartier de la gare et où la musique cubaine joue du matin au soir. «Mais quand j'ai vu les résultats écrasants en faveur du non je me suis demandé comment il était possible qu'un pays symbolisant pour moi la construction européenne puisse faire preuve d'autant de conservatisme alors qu'on avait la possibilité unique d'être un exemple pour le reste de l'Europe?»

Père de deux enfants scolarisés à l'école publique, Gabriel Boisante considère le Luxembourg comme son pays même s'il n'a pas la nationalité luxembourgeoise. Sa décision de se présenter aux communales de 2017 s'inscrit dans une réflexion autour du statut d'expatrié: il dit se saisir du seul espace laissé libre par la loi pour les étrangers afin d'exprimer ses opinions et "quitte à influencer par mon vote ce qui se passe dans ma ville, autant me présenter sur une liste électorale". Ce qu'il a fait en choisissant celle du LSAP.

«Le vivre-ensemble passe par les élections »

Participer à la vie de sa commune et prendre la parole lorsqu'on a l'occasion de pouvoir s'exprimer, c'est le minimum pour l'entrepreneur qui ne voit pas de contradiction d'être de gauche et du côté du patronat: 

«Le LSAP est le parti qui correspond le plus à mon courant de pensée politique et en tant que patron, je participe à la vie économique de mon pays et à la construction de la société: le vivre-ensemble passe par les élections ».

Et dans cette campagne électorale, un des sujets importants a été la sensibilisation des étrangers à leur droit de vote. A Luxembourg-Ville, 19% de l'électorat actif est étranger et parmi les 34.396 personnes qui vont aller voter le 8 octobre, 6.569 ne sont pas de nationalité luxembourgeoise. 

«La participation des étrangers n'est pas énorme bien qu'elle soit en augmentation et je trouve ça dommage de ne pas faire l'effort de profiter d'un droit qui est précieux: celui de voter», conclut Gabriel Boisante.

«109 étrangers se sont inscrits à Steinfort pour voter»

De nationalité belge, Bénédicte Janne est née au Zaïre et a demandé la nationalité luxembourgeoise dès l'entrée en vigueur de la loi, en 2008. Elle siège au conseil communal de Steinfort sur les bancs du CSV depuis les dernières communales en 2011 où elle s'était présentée pour la première fois. Elle espère que son parti sera réélu à Steinfort «afin de pouvoir terminer le travail mené depuis six ans».

La commune de Steinfort connaît pour ces élections une hausse de son électorat étranger puisque 109 nouveaux électeurs se sont inscrits soit une augmentation de 25% par rapport aux dernières communales en 2011.
La commune de Steinfort connaît pour ces élections une hausse de son électorat étranger puisque 109 nouveaux électeurs se sont inscrits soit une augmentation de 25% par rapport aux dernières communales en 2011.
Anouk Antony

Le droit de vote des étrangers, elle y est favorable et a oeuvré dans sa ville pour que les quelque 5.000 habitants de la communauté de commune regroupant Steinfort, Hagen, Graas et Kleinbettingen, y soient sensibilisés.

«En juin dernier, nous avons organisé une journée portes ouvertes à la commune de Steinfort», explique la vétérinaire confortablement installée sur son canapé avec son chien sur les genoux. «L'occasion de montrer aux habitants les structures communales mais aussi de permettre aux étrangers de s'inscrire sur les listes électorales pour voter le 8 octobre. Un fonctionnaire était même présent pour faciliter les démarches et permettre à ceux qui le souhaitaient de s'inscrire immédiatement.»

La commune de Steinfort connaît pour ces élections une hausse de son électorat étranger puisque 109 nouveaux électeurs se sont inscrits soit une augmentation de 25% par rapport aux dernières communales en 2011.

Bénédicte Janne, également présidente de la commission d'intégration, se réjouit de ces chiffres: «Les étrangers doivent participer au processus démocratique, autrement ce n'est plus le reflet d'une vraie démocratie. Ce qui serait vraiment démocratique, c'est que tout le monde ait l'obligation de voter même si c'est cela qui arrête les étrangers à s'inscrire sur les listes électorales».

«Sensibiliser les étrangers à ce qu'est vraiment le vote obligatoire»

Pour la conseillère communale CSV, le peu d'engouement des étrangers à s'inscrire sur les listes électorales luxembourgeoises vient de l'obligation de voter: «Par mon métier, j'ai une relation de proximité avec les gens et alors que je soigne leur animal de compagnie, on discute d'une chose et d'une autre. Je pense qu'il est primordial de sensibiliser les étrangers à ce qu'est vraiment le vote obligatoire et surtout qu'on peut voter par correspondance, qu'on n'est pas obligé d'être sur place.»

Un constat dressé également par une autre candidate, Monique Dejeans, qui se présente à Luxembourg-Ville sur la liste du LSAP.

Monique Dejeans vit au Luxembourg depuis 1968 et se trouve très investie dans la vie politique française: conseillère consulaire pour les Français du Luxembourg, première secrétaire de la section du parti socialiste des Français à Luxembourg, membre de l'assemblée des Français de l'étranger.
Monique Dejeans vit au Luxembourg depuis 1968 et se trouve très investie dans la vie politique française: conseillère consulaire pour les Français du Luxembourg, première secrétaire de la section du parti socialiste des Français à Luxembourg, membre de l'assemblée des Français de l'étranger.
Lex Kleren

«Je suis beaucoup allée sur le terrain durant la campagne afin de rencontrer les gens et parler aux non-Luxembourgeois de la possibilité de voter pour les communales et je me suis rendu compte que les Français en avaient marre d'aller aux urnes ! Ils y sont déjà allés quatre fois cette année et y retourner pour le Luxembourg, ce n'est pas dans leur priorité».

Monique Dejeans vit au Luxembourg depuis 1968 et se trouve très investie dans la vie politique française: conseillère consulaire pour les Français du Luxembourg, première secrétaire de la section du parti socialiste des Français à Luxembourg, membre de l'assemblée des Français de l'étranger, elle était également déléguée de la liste PS lors de l'élection présidentielle.

Elle porte sur le Luxembourg et les expatriés un regard aiguisé par l'expérience politique et le nombre des années passées au Grand-Duché.

«Les Portugais sont plus investis que les Français en ce qui concerne la politique communale car ils ne pensent pas être dans ce pays en transit», explique-t-elle, «En ville, il y a beaucoup d'expatriés français qui ne veulent pas s'inscrire sur les listes électorales arguant qu'ils ne resteront pas dans le pays, qu'ils sont juste en mission pour quelques années. Ce sont les mêmes que vous retrouvez 20 ans plus tard et qui n'ont pas bougé. Le problème, c'est que durant tout ce temps, ils n'ont absolument rien suivi de la vie de leur commune et surtout, qu'ils n'ont pas usé d'un droit élémentaire: celui de voter».

«Je me suis installé dès mon arrivée»

Pour la sexagénaire, le droit de vote des étrangers n'est pas encore passé dans les moeurs et encore moins qu'un étranger se présente sur une liste, «c'est nouveau aussi l'électorat passif au Luxembourg!», déclare-t-elle, avant de glisser: «il faudrait juste que les expatriés ne réagissent pas en tant que Français mais en tant qu'habitants de Luxembourg-Ville».

Quitter son pays pour investir un nouveau lieu et s'y intéresser vraiment, c'est le choix qu'a fait Jean-Christophe Dauphin. Il a 40 ans et, originaire de Longwy, il s'est installé au Luxembourg il y a 17 ans. Tout d'abord dans la capitale puis à Kayl où il se présente sur la liste du DP.

Jean-Christophe Dauphin a toujours été actif en politique. Dans les années 90, il rencontre Xavier Bettel à la faculté de sciences économiques de Nancy et s'engage dans le syndicat d'étudiants que le futur Premier ministre avait alors fondé.
Jean-Christophe Dauphin a toujours été actif en politique. Dans les années 90, il rencontre Xavier Bettel à la faculté de sciences économiques de Nancy et s'engage dans le syndicat d'étudiants que le futur Premier ministre avait alors fondé.
Gerry Huberty

«J'ai été frontalier durant quelques mois, puis je me suis installé au Luxembourg», débute-t-il, «Il me semblait plus pratique et raisonnable de faire ce choix-là et j'avais envie d'être vraiment investi dans le lieu où je vis».

Jean-Christophe Dauphin a toujours été actif en politique. Dans les années 90, il rencontre Xavier Bettel à la faculté de sciences économiques de Nancy et s'engage dans le syndicat d'étudiants que le futur Premier ministre avait alors fondé. En France, il se présente sur une liste à Longwy lors des municipales en 2001 et fait partie du mouvement politique Démocratie libérale entre 1997 et 2002.

«J'ai quitté le parti en 2002, lors de la création de l'UMP. Cela a coïncidé avec mon arrivée au Luxembourg et c'est tout naturellement vers le DP que je me suis orienté. Aujourd'hui, je fais partie de la section locale de la commune et je me présente aux élections communales».

Cependant, malgré l'engagement de son parti à sensibiliser les étrangers de la communes à venir voter, seuls 10% d'électeurs non luxembourgeois vont se déplacer le 8 octobre prochain où 284.577 électeurs vont se rendre aux urnes pour désigner la composition de leur conseil communal. 34.634 d'entre eux sont d'origine étrangère.

La commune de Kayl est donc en dessous de la moyenne nationale qui se situe à 12% d'étrangers inscrits sur les listes et où les Portugais représentent la nationalité étrangère la plus représentée pour ces élections.


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