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Transports: 7h57 à Thionville, le pire TER vers Luxembourg
Luxembourg 8 min. 20.10.2016

Transports: 7h57 à Thionville, le pire TER vers Luxembourg

D'ici la fin de l'année, une nouvelle convention sera signée entre la SNCF et la Région, Grand Est, pour l'organisation du TER. Les ennuis de cette dernière année ont dû peser.

Transports: 7h57 à Thionville, le pire TER vers Luxembourg

D'ici la fin de l'année, une nouvelle convention sera signée entre la SNCF et la Région, Grand Est, pour l'organisation du TER. Les ennuis de cette dernière année ont dû peser.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 8 min. 20.10.2016

Transports: 7h57 à Thionville, le pire TER vers Luxembourg

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le 7h57 à Thionville cumule les handicaps: plein et en retard sept fois sur dix en septembre. Mais bien d'autres questions se posent sur ce train qui transporte près de 10.000 frontaliers aux heures de pointe vers le Luxembourg.

Par Thierry Labro

Ne prenez plus le 7h57 en gare de Thionville: il est l'un des plus pleins et sept fois sur dix en retard en septembre. Le croisement de ces statistiques est intraitable pour le service que la Région achète à la SNCF. Alors que les deux parties discutent de la nouvelle convention qui va les lier pour dix ans, quelques questions reviennent en permanence chez les utilisateurs.

Pourquoi mon TER est-il toujours trop plein?

Le TER n’est pas toujours trop plein. Selon les statistiques de la SNCF depuis septembre, sur seize trains vers Luxembourg en heure de pointe (entre 5h11 et 8h28), en moyenne quatre seulement sont trop pleins, trois bien remplis et neuf ont des places libres à l’arrivée. Le soir, vers Metz et Nancy, huit des quinze trains (entre 16h08 et 18h43) sont trop pleins, trois bien remplis et quatre ont encore des places. Sur cette ligne, 19.000 passagers viennent de Nancy. Il en reste 9.000 à Metz. Puis 8.000 à Thionville. Sur les onze trains des heures de pointe principaux, soit 8.800 places assises ou 11.000 places au total, la perception du remplissage peut donc être variable. Le pire est le 7h03 au départ de Metz.

Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas ajouter des trains ou des wagons?

La SNCF a 25 trains sur le trajet qui intéresse les frontaliers. Ce qui veut dire 25 fois deux rames (ou six wagons). Soit 800 places assises et 1.000 quand on y ajoute les places sur les plate-formes. Les escaliers ne sont pas comptabilisés. 

Sur les heures de pointe, il serait peut-être nécessaire de passer à trois rames. Sauf que ce n’est pas possible tant que les travaux ne sont pas terminés en gare de Luxembourg en raison de la longueur des quais. La fin des travaux est prévue pour 2020-2022. Il y a une seule gare lorraine qui n’a pas la bonne longueur non plus (Hettange-Grande).

Pourquoi est-ce qu’il y a parfois des trains à une seule rame?

La SNCF est au maximum de ses possibilités mais elle refuse de déroger aux règles de sécurité. Autrement dit, à chaque fois qu’un entretien est programmé pour une rame, elle préfère la détacher du train quitte à perdre des capacités.

Pourquoi mon TER est-il toujours en retard?

D’après les données de la SNCF, la régularité des TER sur la ligne Nancy – Metz – Luxembourg a atteint 94,2% en 2015. Ce taux a progressé au premier semestre pour atteindre 94,8%. La régularité est mesurée à 5 minutes sur le périmètre du réseau TER en France. De manière générale, elle ne prend pas en compte les parcours réalisés au Grand-Duché de Luxembourg (les TER de la SNCF circulent alors sous licence CFL). Seuls les TER circulant en pointe (le matin vers Luxembourg et au soir au départ de Luxembourg) font l’objet d’un suivi sur l’intégralité du trajet entre les gares de Thionville et Luxembourg-ville, c’était une des demandes des internautes. Chaque semaine la SNCF affiche en gare de Thionville les données de régularité de ces trains.

Pourquoi est-ce que mon TER est-il régulièrement à l’arrêt?

Si on évoque généralement un embouteillage à la gare de Luxembourg, il existe en réalité une Autorité de régulation ferroviaire, indépendante de la SNCF, qui fixe l’ordre dans lequel les trains doivent passer. Une chose est sûre: un train en retard perd toute priorité, même par rapport aux suivants. L’idée est que tout train en retard entraîne une suite de retards dans toute la rotation. 

En permettant aux trains suivants de passer et donc de rester à l’heure, on évite de mettre en retard d’autres rotations. Certains TER s'arrêtent désormais tous les matins à Neuberg avec le même message qui assure que l'arrivée en gare de Luxembourg est imminente. Dans le train, plus personne ne se prépare.

Pourquoi est-ce que la SNCF prend très au sérieux la régularité?

L’objectif fixé par la convention entre la Région et la SNCF est de 95% comme trains à l’heure. Si ce taux est atteint, la Région versera un bonus de 250.000 euros à la SNCF et chaque point de pourcentage supplémentaire (96, 97, 98%, etc.) vaut 100.000 euros de plus. Mais ce n’est pas tout: si la fréquentation augmente, les nouvelles recettes sont partagées entre les deux partenaires. A 50-50 jusqu’à 3% d’augmentation, à 60-40 pour la SNCF entre 3% et 7% d’augmentation et selon une règle à définir entre les deux au-delà de 7%.

Pourquoi est-ce que je ne peux pas être indemnisé?

C’est là que commencent les ennuis… L’article 68 de la convention entre la SNCF et la Région prévoit des pénalités versées par la SNCF  à la Région. Le paiement a lieu quand le montant de ces indemnités dépasse 600.000 euros, seuil qui n’est pas atteint en 2016. Ce chiffre est confidentiel, mais la lecture de la convention donne quelques indications sur la manière dont sont calculées ces pénalités. Par exemple, en période de pointe, tout train supprimé ou en retard de plus de 30 minutes vaut une pénalité de 7,5 euros hors taxe, qui descend à 5 euros si un bus de substitution est mis en place. Chaque train a un numéro unique. Chaque train en retard de 5 à 30 minutes plus de trois fois par mois équivaut à 2 euros hors taxe de pénalité. Quand le seuil de 600.000 euros est franchi  peut être déclenché le paiement d’un dédommagement. Le détail ne figure pas dans la convention qui lie les deux parties mais il fait partie d’un avenant. Celui-ci, que nous avons pu consulter en dehors de la Région et de la SNCF indique que la SNCF prend comme assiette 20% de ce montant et la Région la part supérieure pour une indemnisation à tout voyageur qui aurait eu un abonnement mensuel Pass Emploi ou Pass Campus. Le montant minimum est de 10 euros et l’enveloppe doit être partagée entre tous les utilisateurs concernés.

Par ailleurs, “les indemnisations des usagers suite aux grèves ne font pas partie de ce mécanisme : en effet, l’indemnisation pour cause de grèves fait l’objet d’une mesure commerciale exceptionnelle qui relève directement de la SNCF, et qui n’est pas prévue dans la convention qui lie la région à la SNCF”, répond la Région. C’est faux. C’est prévu par la convention qui… laisse la SNCF se débrouiller avec la somme nécessaire à ce geste commercial.

Pourquoi est-ce qu’on ne prend pas en compte mes remarques?

Avec les réseaux sociaux et un ras-le-bol généralisé, la SNCF a dû adapter sa relation clients. D’abord très statique - un interlocuteur pas toujours à même de répondre aux interrogations - , elle a mis en place des moyens qui essuient des plâtres… Tout message, y compris des réseaux sociaux, est désormais transmis dans une veille quotidienne au directeur régional de la SNCF qui a un interlocuteur à la Région pour voir comment répondre à ces demandes. Après quelques opérations de communication, soit en direct, soit lors d’opérations de contrôle policier des tickets - pardon café-croissants, SNCF et Région  mettent en place de nouvelles instances de concertation. La ligne TER Metz – Thionville – Luxembourg est suivie par le Comité Régional des Services de Transports (COREST) du Sillon Lorrain Nord. La première réunion aura lieu le mardi 8 novembre à 18h à Thionville. C’est là qu’il faudra être parce que tous les problèmes (suppressions de trains, annulations, retard, chauffage, etc.) seront abordés de manière détaillée. Toutes les informations utiles concernant ces instances sont disponibles sur le site internet du Conseil Régional Grand Est, rubrique ACTIONS.

Pourquoi est-ce qu’on ne change pas d’opérateur?

Comme Christian Estrosi dans le sud de la France, le président de la Région Grand Est, Philippe Richert,  souhaite “se laisser la possibilité d’expérimenter une ouverture à la concurrence, mais sur un ensemble restreint de lignes qui seraient ciblées comme zone d’expérimentation prioritaire (la préparation d’un tel chantier réclamant nécessairement plusieurs années), afin de laisser la possibilité à d’autres opérateurs que la SNCF de démontrer leurs compétences dans le domaine du TER sans mettre en péril la continuité du transport régional.” Le montant du compte TER pour le Grand Est et la Lorraine est, en 2016, d’un montant de 430 millions d’euros de contribution régionale, dont 165 millions sur le périmètre TER Lorraine. Les deux parties négocient en ce moment la nouvelle convention, de dix ans, qui devrait être finalisée avant la fin de l’année. Pas le choix, la précédente se termine. La probabilité que la SNCF ne soit pas l’opérateur retenu est nulle.


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