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Toute la vérité sur les origines est-elle bonne à dire ?
Luxembourg 3 min. 19.03.2021

Toute la vérité sur les origines est-elle bonne à dire ?

Les associations LGBTIQ craignent que la fin de l'anonymat donne un droit d'ingérence au donneur.

Toute la vérité sur les origines est-elle bonne à dire ?

Les associations LGBTIQ craignent que la fin de l'anonymat donne un droit d'ingérence au donneur.
Luxembourg 3 min. 19.03.2021

Toute la vérité sur les origines est-elle bonne à dire ?

Marie DEDEBAN
Marie DEDEBAN
Déposé en octobre dernier, le projet de loi visant à lever l'anonymat des donneurs de sperme ou d'ovocytes se trouve au cœur des débats. En cause: son impact sur l'avenir des enfants.

Pensé comme un moyen pour l'enfant de se réapproprier ses origines, le projet de loi n°7674 fait couler beaucoup d'encre depuis son dépôt en octobre dernier. En cause, le terme «d'orphelin génétique» et l'abolition de l'anonymat des donneurs de sperme ou d'ovocytes. Porté par Sam Tanson (Déi Gréng), ministre de la Justice, le texte prévoit ainsi qu'à sa majorité, chaque enfant puisse connaître son géniteur s'il le souhaite.


Cette année, le laboratoire national de procréation médicalement assistée devrait réaliser plus de 700 fécondations in vitro.
Les femmes recourent plus souvent à la PMA
Les couples ou femmes seules faisant appel au Laboratoire de procréation médicalement assistée sont de plus en plus nombreux. Depuis 2006, près d'un millier de bébés sont ainsi nés au Luxembourg suite à insémination ou fécondation in vitro.

Une idée qui ne ravit pas les associations LGBTIQ. Si elles considèrent le principe comme légitime en ce qui concerne l'adoption, elles estiment que le projet de loi pourrait menacer l'équilibre des familles homoparentales. Pour l'ASBL Rosa Lëtzebuerg, lever l'anonymat des donneurs de gamètes reproducteurs équivaudrait à «nier la dimension sociale et affective de la parentalité», indique par mail un porte-parole de l'association. Pire, son inscription dans le droit conférerait un «droit d'ingérence au donneur», à en croire le représentant des couples gays et lesbiens.

C'est ce qu'expliquent notamment Cecilia et Astrid, mères de deux enfants de six et trois ans, à nos confrères du Land. «Plus je pense au projet de loi, plus j'enrage de me dire que le législateur fait entrer la possibilité d'un troisième parent dans ma famille», confie Cecilia. Pour la mère de famille, les enfants ne doivent pas «être tous mis dans le même panier». 

A l'inverse, cette loi serait nécessaire au bien-être de l'enfant, estime Gilbert Pregno, président de la Commission consultative des droits de l'homme (CCDH). «Chacun doit être en mesure de connaître son histoire. Savoir d'où l'on vient est un des principes fondateurs de la personnalité», estime le psychothérapeute de métier.

Le président de la CCDH s'aligne ainsi sur le texte de loi, qui différencie «les parents sociaux» des «donneurs». «Je doute qu'avoir une information supplémentaire sur ses origines perturbe outre mesure l'équilibre de ces familles», assure-t-il. Bien qu'il comprenne les réticences des familles homoparentales, le psychothérapeute estime que le maintien du secret pourrait, en revanche, être «dévastateur».

«Il est bien évident qu'Astrid n'est pas le papa de nos enfants«, rétorque Cecilia, qui précise qu'aucune d'elles n'envisage de cacher à leurs enfants qu'ils sont issus d'un don de sperme. Un niveau d'information qui ne devrait pas aller plus loin pour Rosa Lëtzebuerg, qui estime que le don anonyme doit rester «un choix des futurs parents». 


Bientôt une banque de sperme au Luxembourg?
Mardi, la Commission nationale d'éthique a rendu public son avis quant à la procréation médicalement assistée: pour elle, il n'y a pas lieu de légiférer, la façon dont s'effectue actuellement la PMA au Luxembourg étant «bien rôdée». La Commission soutient par ailleurs l'installation d'une banque de sperme au Luxembourg.

L'association militante craint  également que la levée totale de l'anonymat n'engendre une baisse des donateurs. D'autant que le droit luxembourgeois pourrait se heurter à celui d'autres pays. Trop petit, le Grand-Duché ne dispose pas de banque de sperme ou d'ovocytes. Le laboratoire national de PMA fonctionne avec des banques étrangères, notamment danoises. Selon les dernières données disponibles, sur les quelques milliers de PMA (inséminations et fécondations in vitro confondues) réalisées au Luxembourg en 2019, 143 ont été réalisées avec un don de sperme.

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