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Testez-vous dans cet article: Le burn-out vous menace-t-il?
Luxembourg 9 min. 21.03.2017

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Testez-vous dans cet article: Le burn-out vous menace-t-il?

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Dans le secteur financier, un tiers des salariés présente un risque de "faire un burn-out". Le syndrome d'épuisement professionnel peut survenir là où on ne s'y attend pas et concerne plusieurs professions au Luxembourg. Cet article vous propose de vous tester, de voir quelles sont vos pratiques au travail mais également de découvrir des moyens qui sont offerts au Luxembourg pour se rétablir après un burn-out.

Par Virginie Orlandi

Dans le secteur financier, un tiers des salariés présente un risque de "faire un burn-out". Le syndrome d'épuisement professionnel peut survenir là où on ne s'y attend pas et concerne plusieurs professions au Luxembourg. Cet article vous propose de vous tester, de voir quelles sont vos pratiques au travail mais également de découvrir des moyens qui sont offerts au Luxembourg pour se rétablir après un burn-out.

Nous sommes allés à la rencontre de trois professionnels de la santé qui pratiquent au Grand-Duché et sensibilisent la population active à ce phénomène qu'on peut parfois confondre avec une dépression. Dans le burn-out, on remarque souvent un arrêt brutal contrairement à la dépression où l'affaiblissement des ressources se fait de manière progressive.

A l'Association pour la Santé au Travail du Secteur Financier (ASTF), ce sont 46.000 salariés et 550 entreprises du secteur financier qui sont affiliés. En quelques années, les personnes prises en charge pour épuisement professionnel au sein du service ont largement augmenté: 58 cas en 2014, 107 cas en 2015 et 160 en 2016.

"Nous avons fait, l'an dernier, 2.478 consultations pour des gens en souffrance soit à leur demande, soit à la demande de l'employeur", explique le docteur Patrizia Thiry, directrice générale de l'ASTF, "Il est à noter que certaines personnes sont venues une dizaine de fois avant de mettre le mot de "burn-out" sur leur dépression: s'il débute par un effondrement, l'épuisement professionnel peut se déclencher à cause d'évènements graves liés à la vie privée. Il suffit juste que la personne soit déjà en surrégime au travail", précise le médecin.

Pour elle, un tiers des patients qu'elle voit passer dans son cabinet présente un risque de burn-out:

"Nous proposons à chaque personne qui passe par notre service de répondre à un questionnaire "Burn-out self-test". Nous nous sommes aperçu qu'un tiers d'entre elles présente un risque de développer le syndrome d'épuisement professionnel. Nous testons aussi bien celles qui viennent consulter pour cette problématique que celles qui viennent pour autre chose. Ceci montre bien que le burn-out peut rester en latence chez une personne pendant de nombreuses années avant de se déclarer brutalement".

"Je ne m'attends pas à ce qu'on me réponde dans la foulée"

Dans le secteur financier, les contrôles de la médecine du travail ne sont pas obligatoires et systématiques comme dans le secteur industriel ou dans les grandes entreprises luxembourgeoises ayant un médecin du travail dans leurs murs.
C'est pour cette raison que l'association s'est créée et qu'elle propose de nombreuses formations aux managers et des séances d'information aux salariés.

"Lorsque l'on a débuté en 2011, je me suis rendu compte qu'il y avait une énorme demande de la part de ce secteur pour tout ce qui touchait à la problématique du stress au travail", poursuit le médecin, "Nous avons mis en place des formations allant dans ce sens et sommes arrivés tout naturellement à nous occuper du burn-out qui touchait déjà de nombreuses personnes".

Mais pour le médecin, sensibiliser les dirigeants à des pratiques plus respectueuses de la vie privée de leurs employés pose la question de l'hyperconnexion car celle-ci mène souvent à l'épuisement professionnel.

"La plupart des managers avec qui je m'entretiens ne se rendent pas compte des répercussions que leurs actes peuvent avoir sur leurs salariés", explique Patrizia Thiry, "Ils communiquent avec eux lorsqu'ils y pensent et si c'est un samedi soir, c'est pareil pour eux: ils envoient leur courriel. Ce qui leur échappe, c'est que de l'autre côté, l'employé se sent alors obligé de répondre".

Pour le médecin, certains profils sont plus enclins à développer un burn-out que d'autres: "Si vous êtes perfectionniste, très soucieux de ce que l'on pense de vous ou encore en quête de reconnaissance, ce type de management peut vous être fatal.  D'un côté, l'employé se dit "mon boss travaille même le samedi soir, je dois faire pareil si je ne veux pas lui déplaire" et de l'autre, les dirigeants ayant ce type de pratiques me confient sincèrement ne pas s'attendre à ce que la personne réponde dans la foulée..."

Le médecin anime des formations avec les ressources humaines des entreprises affiliées à l'ASTF et attire leur attention sur le fait que certains cas d'épuisement professionnel sont dus à un management toxique: "certaines personnes sont à la tête d'une équipe car elles ont été reconnues pour leurs compétences "métiers" et non "sociales". Diriger des personnes demande d'avoir appris à le faire. Je constate des dérives car ces managers ne savent souvent pas déléguer de peur de perdre le contrôle... ce qui conduit à terme à un épuisement de leur côté et de celui des gens qu'ils dirigent".

"Vénérer un peu trop le Dieu Travail"

Le docteur Robert Goerens est le chef de la division de la santé au travail et de l'environnement au ministère de la Santé et se dit sûr d'une chose: "Notre société vénère un peu trop le travail et alors que le burn-out touchait au départ des professions altruistes comme la médecine ou l'enseignement, aujourd'hui, tous les métiers sont impactés"

Monde de la finance, droit des affaires, professions libérales ou secteur de la restauration, le Luxembourg ne compte pas ses heures au travail. Au ministère de la Santé, le phénomène est surveillé de près, même si aucune législation n'a été mise en place: "Le burn-out n'est pas reconnu comme une maladie et ne figure pas dans la classification de l'Organisation mondiale de la Santé. Nous le considérons comme faisant partie des violences psychosociales liées au monde du travail. Notre mission consiste à former les dirigeants à repérer un salarié en souffrance afin de le traiter le plus rapidement possible".

"Les études montrent toutes le même cheminement", reprend le médecin", Tout d'abord, le salarié devient moins performant et taciturne alors qu'il était plutôt motivé et volontaire. Ensuite, on remarque qu'il porte un regard très critique sur l'entreprise avant de commettre une faute grave qui mène dans certains cas au licenciement. Quand on en arrive là, il est très dur de s'en remettre psychologiquement et de retrouver un travail par la suite".

Mais pour le docteur Thiry de l'ASTF, il est possible de "réussir son burn-out: "Pour certains, tout commence dans le cabinet du médecin du travail et pour d'autres, tout se termine là aussi. On peut réussir son burn-out", soutient-elle, "mais cela passe par une profonde remise en question de soi-même et de son mode de fonctionnement au travail".

Les croyances limitantes

Dans son cabinet d'ostéopathie, Vincent Paris traite de nombreux patients ayant fait un burn-out: "Les gens découvrent qu'ils ont un corps le jour où ils tombent malade", déplore-t-il, "l'ostéopathie va leur permettre de se reconnecter à eux-mêmes et il n'est pas rare qu'au terme de ce cheminement, ils opèrent un virage à 180° et changent d'orientation professionnelle".

Faire parler le corps et l'esprit, une méthode qui semble porter ses fruits: "Il ne suffit pas de bien manger, de faire du sport et de dormir tout son soûl", poursuit le docteur Thiry, "Il est judicieux de s'interroger sur sa pratique quotidienne et sur le rapport que l'on entretient avec son travail. Comment est-ce que je fonctionne? Est-ce que je suis capable de dire "non"? Quelles sont mes croyances limitantes? Celles qui me remettent toujours dans le même schéma par rapport à mes collègues, à ma direction".

Du côté de l'ostéopathe, le corps fait passer des messages qu'il faut apprendre à écouter: "En ostéopathie, nous arrivons à repérer les tensions physiques dues au stress. L'épuisement professionnel en est une forme et s'amplifie lorsque les ressources cognitives d'une personne sont saturées. On constate alors des cervicales bloquées, des douleurs lombaires... Autant de signes qui devraient alerter la personne sur son niveau de stress élevé".

La plupart du temps, Vincent Paris rencontre les personnes en épuisement professionnel lorsqu'elles se retrouvent en arrêt maladie et viennent le consulter pour soulager leurs douleurs physiques: "Les gens arrivent souvent à bout de forces, leur abattement semble s'exprimer tout autant mentalement que physiquement. Au bout de trois semaines d'arrêt, ils sont nombreux à retourner au travail mais le problème du burn-out est loin d'être réglé".

Dépistage et "plug in"

Un retour au travail prématuré, le déni qui exclut toute remise en question ou une addiction au travail si forte qu'elle pousse jusqu'aux dernières limites, tels sont les écueils du burn-out.

Patrizia Thiry aimerait mettre en place un dépistage pour la finance et, pourquoi pas, l'étendre à d'autres secteurs professionnels dans le pays: "A l'ASTF, nous rencontrons les salariés au moment de l'embauche et lorsqu'ils en font la demande. Dans le premier cas, ils n'ont pas encore fait l'expérience du monde de l'entreprise et dans le deuxième, il est parfois déjà trop tard pour faire de la prévention. J'aimerais mettre en place une consultation de dépistage du burn-out au bout de cinq années de vie professionnelle dans une société car c'est à ce moment-là que les problèmes apparaissent en général".

Le médecin précise que la meilleure manière de se protéger du burn-out est encore de ne pas avoir un niveau d'exigence trop élevé par rapport à soi-même et de savoir se ménager des "plug in", "des moments où l'on se détache de son milieu professionnel pour se ressourcer vraiment".



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