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Tess Burton: «Chez nous, on parle le dialecte de Grevenmacher»
Luxembourg 8 min. 28.05.2018 Cet article est archivé

Tess Burton: «Chez nous, on parle le dialecte de Grevenmacher»

Tess Burton: «Chez nous, on parle le dialecte de Grevenmacher»

Chris Karaba
Luxembourg 8 min. 28.05.2018 Cet article est archivé

Tess Burton: «Chez nous, on parle le dialecte de Grevenmacher»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Entre son rôle d'élue, son emploi de commerçante, ses activités à la présidence de l'union commerciale et artisanale de Grevenmacher et la gestion de l'entreprise familiale qui compte 14 employés dans le secteur de l'édition: à 32 ans, la plus jeune des députés du LSAP ne s'arrête jamais.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.   

Aujourd'hui, rencontre avec la plus jeune des députés socialistes, Tess Burton, dont le talent fut repéré en 2004 par le ministre Nicolas Schmit.

Elle participe alors à de nombreux événements au cours desquels elle défend, avec brio, les intérêts de la région Moselle en tant que Reine du vin. Le contact avec les citoyens et le travail de terrain: c'est ce qu'elle préfère.  

  • Dans votre enfance, quelle(s) langue(s) parlait-on à la maison?

Je suis née dans une famille luxembourgeoise donc on parlait uniquement le luxembourgeois chez nous, et par n'importe quel luxembourgeois: le dialecte propre à Grevenmacher, auquel mon père tient beaucoup, avec des mots différents du luxembourgeois classique, même si au pays, tout le monde comprend bien sûr. 

  • Des exemples?

Oui, e Kierch, une église en luxembourgeois, se dit Kërrech chez nous. Ou encore la montagne, Bierg, devient Berreeg: Kërrech steet um Berreeg! Il n'y a qu'à Grevenmacher qu'on parle comme ça, car à Wormeldange ou dans les communes voisines, c'est encore autrement.


Face aux députés
Avant les élections législatives d’octobre, nous avons rencontré les 60 députés du pays et leur avons posé des questions sur leur rapport à la langue française et la francophonie en général.

On a plein de dialectes au Luxembourg mais c'est bien connu, du côté de la Moselle, on parle différemment.  

Mon père et ma mère sont nés à Grevenmacher donc ils parlaient ce dialecte et voulaient absolument nous le transmettre à mon grand frère et moi. C'est une richesse de notre ville! A Grevenmacher, on écrit en utilisant ces mots spécifiques. 

Avoir la frontière allemande juste à côté, forcément, ça aide à parler l'allemand et à tisser des liens avec ce pays. Dans la commune, on entend beaucoup parler allemand avec les frontaliers qui viennent travailler. Ce n'est pas comme dans la capitale où on entend beaucoup parler le français.

A l'école, j'étais très forte en allemand, et j'ai choisi tout naturellement de partir étudier là-bas: je suis partie à Cologne poursuivre des études en Media Management, puis j'ai fait un master international ici au Luxembourg, en anglais et en allemand. 

  • Du coup, la France, c'était quelque chose de plutôt lointain pour vous?

Non, pas tellement, car j'apprenais quand même le français à l'école et puis, mon papa, qui a fait ses études en Belgique, est un fidèle lecteur de la presse française. Mais c'est vrai que parfois, je me dis que j'aurais pu opter pour des études en France au lieu de rester dans ma zone de confort.

Surtout que l'enseignement du français au Luxembourg est très axé sur l'écrit et pas sur la langue parlée. La France, pour moi, c'était le pays des vacances car je ne franchissais pas cette frontière tous les jours, contrairement à l'Allemagne. On allait beaucoup plus à Trèves qu'en ville d'ailleurs!

Depuis 2013 et mon entrée au Parlement, j'ai l'opportunité d'être plus en contact avec le français car toutes les communications et les lois sont dans cette langue. Quand j'ai fait mes études en Allemagne, on avait un cours d'anglais business et quand je disais que l'anglais était pour moi ma quatrième langue, tout le monde s'étonnait: pour eux, c'était leur deuxième langue. J'étais fière! 

  • Comment la politique est-elle arrivée dans votre vie?

En fait, je suis devenue Reine du vin en 2004 et c'est comme ça que tout a commencé. On ne voit que le côté folklorique avec la fête, le cortège, mais ce titre est bien plus que ça: la Reine du vin assure les relations publiques dans le domaine de la viticulture, elle a un agenda rempli de rendez-vous au cours desquels elle représente les vignerons, le pays, la Moselle, la région, etc.

Dans ce contexte, j'avais rencontré le ministre Nicolas Schmit. C'est lui qui m'a contactée pour me proposer d'intégrer le parti en vue des élections nationales de 2009. 

Il savait que je travaillais avec mes parents, au sein de notre petite maison d'édition familiale (nous publions chaque mois la muselzeidung et la sauerzeidung) et dans une boutique que je tiens avec ma mère.  J'étais donc en contact avec un grand nombre de gens sur le terrain local. 

J'ai accepté et je suis entrée au LSAP. En 2009, j'étais 3e sur la liste, et en 2013, deuxième. Lorsque Nicolas Schmit est entré au gouvernement, j'ai pris son siège à la Chambre des députés.  

  • C'était évident pour vous cet engagement?

Oui. Il était clair pour moi que je voulais m'engager politiquement. J'ai toujours été à l'écoute des gens, avec mon entreprise. Via nos annonceurs, j'étais en contact direct avec toutes les entreprises locales et, avec nos journaux, on a toujours promu la cohésion sociale de la région. 

L'étape suivante, c'était la politique: m'occuper des problèmes des gens. Ma seule préoccupation était de rester impartiale dans mes journaux, et c'est le cas. Nous traitons tous les partis de manière égale. J'ai cette responsabilité vis-à-vis de mes employés.

Et puis, parfois, c'est difficile de tout concilier: il y a des mois plus stressants que d'autres! En décembre, par exemple, je travaille à la fois sur le budget à la commune, au Parlement, les éditions de fin d'année de nos journaux sont les plus importantes, il y a encore la boutique qui connaît un pic de fréquentation à cette période, donc ce mois-là est très chargé!

Je dois faire en sorte, chaque mois, de payer 14 salaires, donc c'est une pression supplémentaire par rapport à d'autres députés. 

  • Cheffe d'entreprise et socialiste, c'est compatible?

Oui, quand le cœur est à gauche. Commerçant ne veut pas forcément dire DP. Chez moi, tous les employés ont un salaire égal. J'ai des personnes qui n'avaient pas de qualification au départ, mais pour moi, il était évident de les rémunérer au salaire qualifié car tout le monde a des talents! 

Je pense à une femme en particulier, qui nous est très précieuse, et qui a un savoir-faire qu'on n'apprend pas à l'école. J'essaye d'être un bon patron, de garantir des salaires élevés, et qui soit en lien avec les résultats de l'entreprise: si certains mois, on gagne plus, tout le monde en bénéficie.

Ils savent que, quand on travaille bien, tout le monde reçoit plus de salaire. J'essaye de montrer l'exemple et d'incarner le patron-type qu'on aimerait voir plus souvent au LSAP. 

  • Votre jeune âge est-il un handicap ou une force à l'assemblée?

Les deux! Je pense qu'il doit y avoir plus de jeunes à la Chambre car on discute souvent de projets qui les concernent en premier lieu comme par exemple la recherche d'un emploi à la sortie de l'école, la recherche d'un logement, etc.

Par contre, on n'a pas l'expérience de nos collègues plus âgés, donc il y a des dossiers qu'on doit relire trois fois, ou se préparer un peu plus pour certains débats. 

Il y a cinq ans en arrière, en entrant à la Chambre, j'avais 27 ans, et c'est sûr que j'avais tout à apprendre. L'un des premiers dossiers sur lesquels j'ai travaillé était les bourses d'études: je bénéficiais moi-même de cette aide encore quelques mois auparavant et je me retrouvais à devoir réformer le système. 

  • Dans quelle mesure tenez-vous compte des travailleurs frontaliers et des résidents étrangers dans votre travail de député?

Dans les entreprises, les PME, on a un grand nombre de travailleurs frontaliers et s'ils n'étaient pas là, on ferait face à un gros problème. C'est notre richesse.

Par exemple, dans l'artisanat, on a toutes les peines à trouver des gens pour reprendre les entreprises ou encore des élèves pour apprendre ces métiers. Heureusement, on a chaque jour des gens qui viennent chez nous pour travailler et faire vivre nos entreprises.

Moi-même, dans ma société, il y a quatre étrangers parmi les collaborateurs, dont trois frontaliers. C'est pourquoi, pour moi, il faut soutenir tout ce qui peut améliorer leur situation. 

En ce qui concerne les résidents, il est clair que je ne fais pas de différence entre les citoyens. Je suis députée pour le pays. Sans doute faudrait-il plus les sensibiliser à la politique... Le problème principal étant celui de la représentativité: bientôt, les Luxembourgeois ne seront plus la majorité dans le pays. 

Le LSAP a essayé de changer ça mais le pays n'était pas encore assez ouvert. 


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