Technologies de pointe

Il ne faut pas laisser les technologies aux seules mains du pouvoir

Photo: Screenshot Youtube

Le futurologue suédois Nicklas Bergman est l'un des principaux orateurs de la conférence Marie Skłodoswka-Curie Actions 2015 (MSCA), qui a lieu au Luxembourg jeudi 10 et vendredi 11 décembre.

Cette conférence a lieu cette année au Grand-Duché, en raison de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'Union européenne. Elle est organisée par le Fonds National de la Recherche.

Nicklas Bergman
Nicklas Bergman
Photo: LinkedIn/Nicklas Bergman

Quel est le but de votre participation à cette conférence internationale?

Je suis curieux. J'essaie toujours d'apprendre et de voir ce qui se passe dans des lieux que je ne connais pas. D'autre part, j'espère apporter un point de vue à cette conférence. Ces 15 dernières années, j'ai travaillé, en ayant investi très tôt dans les nouvelles technologies, tout en étant très proche des universités scientifiques, principalement en Suède, qui font des recherches intéressantes et innovantes dans les domaines de la physique et la chimie; les nanotechnologies notamment. Nous essayons de produire des produits et services issus de ces recherches. Je vais essayer de partager un peu de cette expérience lors de ma venue au Luxembourg.

J'ai pris du temps cette année pour écrire un livre sur comment les technologies changent notre façon de faire du business, à tous niveaux. J'ai tâché de condenser ces 15 années d'expérience et c'est aussi un sujet que j'aborderai durant la conférence au Luxembourg.

Vous êtes «futurologue». Qu'est-ce que cela signifie?

Je me vois avant tout comme un entrepreneur et ensuite comme un investisseur dans les technologies. Je me suis toujours intéressé au futur et comment les technologies changent notre façon de penser, d'agir ou d'être. Je n'ai pas inventé ce mot. Un futurologue est quelqu'un qui a tout simplement une certaine compréhension  sur ce vers quoi nous allons. Et pour moi c'est étroitement lié à la façon dont la technologie modifie le business et la société.

Pour d'autres personnes cela peut être une vision de l'avenir dans d'autres domaines, militaire, sociétal, éducatif…

De mon point de vue il existe cinq grandes tendances à prendre en considération pour l'avenir: le vieillissement de la population, le grand défi de la préservation de l'environnement, la globalisation, la macro-économie avec l'émergence de nouvelles économies en Orient, je pense notamment à la Chine, et bien sûr le développement des technologies.

Et à travers les technologies nous pourrons vivre plus longtemps. Les technologies sont aussi un problème par rapport à l'environnement, mais aussi une partie de la solution.

Quelle est la prochaine révolution technologique selon vous?

Je pense que nous avons traversé cinq grandes vagues technologiques au cours des deux dernier siècles: le moteur à vapeur, l'électricité, le moteur à combustion et les technologies de l'information et de la communication (TIC) que nous utilisons aujourd'hui. La prochaine technologie qui va émerger est à mon sens la nanoscience, la rencontre entre la science et la miniaturisation, cette capacité à comprendre et construire à l'échelle de l'atome. Ce qui permettra des avancées phénoménales dans la connaissance et le traitement du cancer, ou créer des pièces pour les ordinateurs…

Notre compréhension du cerveau humain dépend aussi de notre compréhension au niveau cellulaire, tout comme notre compréhension de l'ADN et de sa manipulation qui permettraient de trouver de nouveaux traitements pour certaines maladies.

IT, nanotechnologie, biotechnologie, neurotechnologie et génomique interagissent et laissent augurer de débouchés fascinants, en particulier s'il y a une sorte de pollinisation croisée entre ces disciplines.

Vous êtes fan de cinéma de science fiction: y a-t-il un film qui se rapproche de votre vision du futur?

Ah, c'est délicat comme question, cela peut être dangereux… J'emploie parfois dans mon travail des références à des films de science fiction, comme Terminator. Non pas que je pense que cela arrivera, mais dans le sens où je trouve l'analogie intéressante sur notre façon d'utiliser les robots. Le film Matrix aussi, de 1999, par rapport à notre compréhension du cerveau humain ou comment notre cerveau peut interagir avec un ordinateur…

Mais ce sont des analogies à considérer de loin. L'autre film que je cite parfois est Minority Report, dans la façon d'interagir avec les ordinateurs. Ce film est très documenté car même si je ne crois pas que nous ayons un jour des «Precogs» [mutants doués de précognition employés par les autorités dans le film, NDLR]. Certains aspects sont très proches de ma façon de voir le futur.

Si j'ai toujours un regard positif sur les technologies du futur, je ne suis pas aveugle par rapport aux effets négatifs, mais je pense que la technologie est une grande part des solutions d'avenir. Tant que nous comprenons que la technologie sera capable de constituer bien plus de solutions que ce que nous pouvons imaginer, il nous faut prendre notre propre futur en main et ne pas laisser les technologies uniquement aux mains de corporations ou des politiciens. Nous devons les connaître, en débattre, en utiliser la meilleure partie.

Propos recueillis par Anne Fourney