Changer d'édition

Taina Bofferding: «Mon rapport au français a changé»

Taina Bofferding: «Mon rapport au français a changé»

Caroline Martin
Luxembourg 4 min. 18.04.2018

Taina Bofferding: «Mon rapport au français a changé»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Elle s'engage en politique en 2004 en réaction à une pique du socialiste Yves Cruchten qui lui reproche son immobilisme: il n'en faut pas plus à la jeune femme pour rejoindre le LSAP et prouver qu'elle en a sous le pied.

Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.   

  • La langue française était-elle présente dans votre environnement quand vous étiez enfant? 

Non, pas vraiment. J'ai grandi dans une famille luxembourgeoise et je n'avais pas trop de lien avec la culture française. On parlait luxembourgeois à la maison, on regardait la télévision allemande, sauf quand j'étais petite, je zappais sur la télévision française pour regarder les dessins animés du Club Dorothée dont j'étais fan! 

Puis, j'ai appris le français à l'école, comme tous les autres enfants et comme eux, j'ai rencontré des difficultés avec cette langue: je n'aimais pas l'orthographe et la grammaire, or les enseignants mettaient vraiment l'accent sur cela, les verbes à tous les temps, etc. J'en ai un mauvais souvenir!

Je n'avais pas du tout l'habitude de parler la langue française

Je n'avais pas du tout l'habitude de parler la langue française, ni à la maison, ni à l'école, où les enfants parlaient luxembourgeois entre eux. 

  • Et aujourd'hui?

Ça a changé! Pour moi, le français, c'est la langue de mon travail: les lois, les rapports, tous les textes avec lesquels je travaille, tout est en français, j'ai donc dû m'habituer. J'ai fait mes études en Sciences sociales en Allemagne donc cela n'a pas facilité les choses par rapport au français, mais dès mon retour au Luxembourg, j'ai intégré un syndicat et là aussi, le français était omniprésent.  

Je me suis parfois demandé si partir étudier en Allemagne au lieu de la France n'avait pas été un mauvais choix, mais je ne regrette pas. Je savoure juste le plaisir de pouvoir parler plusieurs langues. C'est une chance incroyable qu'on a et j'en suis consciente.

Caroline Martin
  • Vous avez seulement 22 ans quand vous poussez la porte d'une réunion des jeunes socialistes. 

Oui, c'était en 2004. J'étais juste venue écouter ce qui se disait, voir comment ça se passait et discuter avec les autres. Jusque-là, je m'étais toujours intéressée à la politique, aux faits de société, mais j'avais surtout tendance à critiquer les choses qui n'allaient pas. 

Il m'a dit que je n'avais pas le courage de m'engager: ça m'a mise hors de moi!

Yves Cruchten fréquentait un café à Esch/Alzette où je travaillais comme serveuse pendant mes études. Lui faisait déjà partie des jeunes socialistes. On a discuté ensemble et il m'a dit: "Tu es comme tout le monde, tu critiques tout le temps mais tu n'as pas le courage de t'engager pour défendre tes idées". Ça m'a mise hors de moi! Et c'est comme ça que je me suis lancée.

C'était l'année où j'ai obtenu le droit de vote. J'ai lu l'ensemble des programmes électoraux et j'ai choisi d'entrer au LSAP. Dans ma famille, on ne parlait pas politique alors mon entourage a été très surpris!

Aujourd'hui, avec Yves, on est amis et voisins à la Chambre des députés...

  • Est-ce que c'est compliqué de faire son travail de député dans un pays où la moitié des citoyens sont étrangers?

Je ne me suis jamais posé la question. Mon engagement vise la population en général. Je ne fais pas de différence. Tout le monde connaît les mêmes problèmes. C'est la solidarité, la justice et l'équité qui me poussent au quotidien.   

Je fais toujours attention à ce qu'il n'y ait pas de discrimination, notamment en ce qui concerne les droits des travailleurs, luxembourgeois et frontaliers. Au niveau de la commune, j'apporte mon aide à tous les citoyens sans distinction, je ne fais aucune différence entre électeurs et non-électeurs. 

  • Vous représentez le parti des travailleurs: comment voyez-vous l'avenir de l'emploi au Luxembourg dans le contexte de la digitalisation?

Les salariés réclament plus de temps pour leur vie familiale. Il est important de trouver des formules qui équilibrent vie professionnelle et vie privée. Le projet de loi sur le compte épargne-temps représente une grande chance pour les salariés. La place du travail a évolué aujourd'hui. 

Nos 40 heures par semaine ont-elles encore un avenir?

On doit réfléchir à la réduction du temps de travail: nos 40 heures par semaine ont-elles encore un avenir ou sont-elles dépassées? Les formes classiques du temps de travail sont de moins en moins demandées. 

Les salariés ont d'autres besoins, d'autres attentes. Ils ne veulent plus travailler du matin au soir de manière fixe, ils ont besoin de plus de souplesse. C'est important, surtout quand on regarde les statistiques des maladies professionnelles, auxquelles j'inclus le burn out, qui augmentent ces dernières années.

Les patrons ne doivent pas être seuls à profiter des gains de la productivité, les salariés doivent en bénéficier aussi: les nouveaux défis du parti socialiste sont là. Comment préserver les acquis sociaux et défendre les droits des salariés dans un monde du travail qui se renouvelle.


Sur le même sujet

Georges Engel: «Je parle plutôt belge que français»
Infirmier et assistant d'hygiène sociale de formation, le terrain, Georges Engel connaît bien. D'ailleurs, c'est ce qu'il préfère en politique. Alors, pas étonnant que pour évoquer l'un des défis majeurs du Luxembourg, la cohésion sociale, il nous parle rugby!
Interview Georges Engel, photo : Caroline Martin
Marcel Oberweis: «Faire de la politique, c'est être toujours à la disposition des gens»
Il pense que la voiture électrique est «la» solution en ville. Il est convaincu que «les femmes sont la solution» en Afrique. Il adore lire en français et il ne veut surtout pas «coller» à son siège de député. Eternel boy-scout, c'est un chrétien-social de terrain. A 69 ans, Marcel Oberweis se retire du jeu politique et repart«bousculer le monde». Avec son sourire. Rencontre.
23.1.WO fr / ITV Marcel Oberweis ,Depute CSV / Foto:Guy Jallay