Sur deux roues à Luxembourg

Bausch face aux twittos à vélo

Texte et vidéo par Maurice Fick

Ils forment une petite communauté de cyclistes branchés sur les réseaux sociaux et s'adressent directement au ministre des Infrastructures quand ça coince sur les pistes cyclables de Luxembourg-Ville. Face aux «twittos à vélo», François Bausch a pédalé dans le bon sens cette semaine. Il a reconnu que l'infrastructure était lacunaire et promis une «piste cyclable séparée du rond-point Serra à la Cloche d'Or d'ici fin 2019».

Ils n'ont pas d'étiquette commune, ni de slogan mais en connaissent un rayon sur le vélo en ville. Agissant sous des pseudonymes comme «redtomato»,  «tzeeet»,  «drakewla» ou «malgravajhoj», ils dialoguent virtuellement mais régulièrement avec le ministre et l'échevine de Luxembourg en charge de la mobilité, Sam Tanson -très réactive sur Twitter- pour dénoncer dysfonctionnements et incohérences.

La longueur des échanges étant très limitée sur Twitter (140 signes au maximum par tweet), «je les ai invités à faire un tour en ville pour faire une petite balade et discuter sur place des problèmes qui existent actuellement pour les vélos au niveau des grands axes à travers la ville», résume François Bausch. Une petite quinzaine de twittos ont répondu à son invitation et ont sillonné la ville à vélo pour découvrir en avant-première la future passerelle cyclable sous le Pont Adolphe. Dans leur sillage, Roland Fox, le directeur des Ponts et Chaussées, n'en a pas manqué une miette.

«Un trait de peinture c'est pas une piste!»

«Je suis venu lui dire qu'un trait de peinture sur la route n'est pas une infrastructure cyclable!» balance Nicolas, la trentaine, qui vit depuis trois ans à Strassen et a «troqué son scooter 125 cm3 pour un vélo électrique il y a un an». Pour se rendre quotidiennement à son travail, Place de Paris, il va aussi vite à vélo qu'à scooter. «La seule infrastructure cycliste que je connaisse à Luxembourg, c'est le viaduc où les vélos sont séparés des piétons et des voitures».

Nicolas: «Un piéton marche à 5km/h, un vélo à 25 km/h et c'est dangereux sur une piste partagée».
Nicolas: «Un piéton marche à 5km/h, un vélo à 25 km/h et c'est dangereux sur une piste partagée».
Photo: Maurice Fick

Comme beaucoup de salariés qui se déplacent en ville, le principal écueil du réseau cyclable de la capitale ce sont les pistes cyclables partagées avec les piétons sur les trottoirs: «Un piéton marche à 5 km/h, un vélo à 25 km/h et c'est dangereux», sait bien Nicolas.

L'autre grand problème, ce sont les portions de piste manquantes. A Luxembourg mais aussi dans sa banlieue. «Il y a un très beau réseau qui pourrait être utilisé pour la mobilité douce mais souvent ce n'est pas documenté et il manque 100 ou 150 mètres pour faire le lien entre deux chemins asphaltés», a eu le temps de constater Tristan. Il quitte la capitale tous les matins «dans le sens inverse du trafic» pour se rendre sur son lieu de travail à Capellen. Soit «12 km, plus les détours!», sourit-il. Tristan a pris congé pour ne pas manquer le rendez-vous ministériel.

«Je ne râle pas pour moi»

Un panneau renversé, un débris dangereux qui traîne sur la piste (comme du verre cassé sur le Pont Rouge par exemple), des voitures garées sur la piste réservée aux vélos, une barrière dangereuse pour les cyclistes, l'absence d'emplacement vélos à Utopolis... la liste des dysfonctionnements mais aussi des suggestions directement signalés par Philippe à la Ville de Luxembourg via l'appli interactive «report-it» est longue.

Depuis 2007, Philippe utilise son deux-roues lumineux «tous les jours pour aller au travail quels que soient le temps ou la saison». Deux fois par semaine, il trace de Kirchberg-Luxexpo jusqu'à Howald et trois fois par semaine il s'arrête au boulevard Royal. Au passage, il dépose ses deux enfants à la crèche et à l'école.

«Je ne râle pas pour moi mais en faveur des autres», glisse le cycliste en cravate qui n'a pas de peine à «se mettre à la place d'une maman qui doit amener ses deux enfants à l'école. J'en rencontre tellement des hommes et des femmes qui me disent qu'ils ne se sentent pas en sécurité sur un vélo en ville...». Devenu expert du coup de pédale urbain et n'évitant pas la polémique sur les réseaux sociaux, Philippe estime que c'est son «devoir de citoyen de signaler au moins les choses qui peuvent être améliorées. C'est un minimum».

Le problème majeur reconnaît François Bausch est que «sur les grands boulevards qui sont quand même importants pour traverser la ville, une bonne infrastructure cycliste fait encore défaut ou est seulement partiellement présente».

«Les lacunes du quotidien»

Le ministre a assuré aux cyclistes qui ont répondu à son invitation que leur «impatience prendra fin à la fin 2019». Il explique: «On va profiter de l'arrivée du tram pour créer en même temps un grand axe pour les vélos en ville qui va du rond-point Serra (au Kirchberg) jusqu'à la Cloche d'Or à travers la ville. Il s'agira d'une piste cyclable séparée bidirectionnelle très confortable.»

Accessible à compter du 17 septembre, la passerelle sous le Pont Adoplphe apparaît comme un maillon important de cette future infrastructure cycliste à laquelle s'ajoutera dès ce mercredi 26 juillet au soir le nouveau raccourci à l'arrière du Parc Pescatore qui permettra aux cyclistes venant du Kirchberg de se rendre en ville sans passer par le nœud redouté que forme le rond-point Schuman.

«Avec François Bausch en tant que ministre et Sam Tanson à la Ville, on ne peut pas rêver mieux!», glisse Philippe.

Mais les préoccupations ministérielles ne sont pas nécessairement celles des pédaleurs qui vivent le concept de la «mobilité douce» sur leur selle de vélo au quotidien: «Les grands projets comme la passerelle suspendue sous le Pont Adolphe c'est évidemment génial mais il y a pas mal de lacunes sur les petites choses du quotidien», fait-il remarquer.

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