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Soutenir la digue face à l'antisémitisme
Luxembourg 4 min. 24.01.2020

Soutenir la digue face à l'antisémitisme

Le prochain rapport de Bernard Goettlieb recense 47 actes antisémites pour l'année 2019.

Soutenir la digue face à l'antisémitisme

Le prochain rapport de Bernard Goettlieb recense 47 actes antisémites pour l'année 2019.
Photo: Luxemburger Wort
Luxembourg 4 min. 24.01.2020

Soutenir la digue face à l'antisémitisme

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
L'Asbl RIAL recense chaque année les actes antisémites commis au Luxembourg. Des messages verbaux, des graffitis, des post sur les réseaux sociaux qui persistent alors que le monde se recueille pour les 75 ans de la fin de l'Holocauste juif.

«Le Luxembourg n'est pas antisémite mais comme partout il ne faut surtout pas relâcher la vigilance.» Bernard Gottlieb veille donc. Il écoute, il lit, il recense, analyse. Président de l'asbl Rial (Recherche et information sur l'antisémitisme), il plonge dans cette haine antijuive qui s'exprime toujours ici comme ailleurs. «La Shoah n'a pas éteint la détestation de certains pour cette communauté. Mais qu'est-ce que le monde a tiré comme leçon de l'extermination de 6 millions de Juifs?», interpelle le retraité.

Le Grand-Duché n'échappe pas à cette discrimination.  En 2017, l'association a recensé 12 incidents à caractère antisémite, 26 en 2018 et 47 pour l'année dernière. Un nombre croissant dont Bernard Gottlieb ne tire pas de conclusions alarmistes. Déjà parce qu'il ne s'agit pas là de chiffres officiels (il n'en existe pas). «C'est juste que bien plus d'informations remontent à nous au fil du temps. La société en elle-même ne change pas radicalement. Et puis, il est rassurant de constater que dans le pays aucune attaque physique contre des personnes juives n'est à déplorer.»


Etoile de David lors de l'interview de Claude Marx, president du Consistoire israelite, a la Synagogue de Luxembourg, le 05 Fevrier 2015. Photo Chris Karaba
Hausse «inquiétante» des incidents antisémites
Bien qu'épargné par les actes de violence, le Grand-Duché n'échappe pas à la recrudescence des actes visant la communauté juive. 30 cas ont été recensés depuis le début de l'année par l'ASBL Recherche et information sur l’antisémitisme au Luxembourg, contre 26 sur l'ensemble de 2018.

Dans son rapport annuel 2019, l'association enregistre encore des étoiles de David taguées devant tel magasin, cet autocollant hostile collé sur la boite aux lettres du rabbin d'Esch-sur-Alzette, ces propos négationnistes apparaissant au détour d'une conversation sur Facebook ou telle remarque tenue dans une réunion.

«La dernière fois, c'était même sur Ebay pour une simple vente de disques. Parce qu'il ne trouvait pas d'arrangement sur le prix, l'acheteur s'est montré injurieux avec le vendeur lui souhaitant les mêmes atrocités que celles faites par les Nazis. Le type n'était même pas juif…» 

 En 2018, le pays avait été scandalisé par ce tag antisémite sur les affiches électorales. A ce jour, aucun coupable n'a été identifié.
En 2018, le pays avait été scandalisé par ce tag antisémite sur les affiches électorales. A ce jour, aucun coupable n'a été identifié.
Photo: Facebook Camille Betz

Remis à la Chambre l'été dernier, le rapport de RIAL a sans doute été étudié par quelques députés. Les suites? Difficile à dire. «Le Luxembourg punit déjà le négationnisme, le révisionnisme et tout discours de haine, il n'y a donc pas à vouloir une loi spécifique sur l'antisémitisme», plaide le président de l'asbl.

Par contre, Bernard Gottlieb incite le gouvernement à mettre en place un Observatoire des discriminations. Toutes les discriminations. De couleurs, de physiques, d'handicaps, de sexualités, de religions, d'origines. «Racistes, homophobes ou antisémites: le combat est le même.» Real a aussi pesé pour que le gouvernement de Xavier Bettel adopte la définition de l'antisémitisme telle que rédigée par l'IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). C'est chose faite depuis ce 24 janvier 2020, à l'occasion du conseil de gouvernement.

Définition controversée

Une vingtaine de pays avaient déjà adopté ce texte, l'Eglise d'Angleterre aussi et même le club de foot de Chelsea. L'Etat luxembourgeois a tardé, alors même qu'en juillet 2019 les députés avaient très largement voté en faveur de cette mesure. Un détail? Pas aux yeux de l'asbl qui apprécie les cas concrets qu'évoque cette définition. «Symboliquement, il est bien de ratifier ce texte maintenant, du temps que l'ambassadeur luxembourgeois Georges Santer assure la présidence de l'IHRA...»

Dans cette définition, l'antisémitisme peut aussi se traduire par l'établissement de comparaison entre la politique nazie et l'attitude contemporaine d'Israël, ou le reproche fait au peuple juif d'être à l'origine collectivement de faits imaginaires, etc. Un catalogue que d'aucuns récusent pour son caractère limitatif à la liberté d'expression. 

Pour que la vigilance se transmette encore et encore

«Mais la plupart du temps, l'antisémitisme que nous rencontrons au Luxembourg est de trois types. La bêtise pure d'abord. Le complotisme ensuite, comme depuis 2000 ans. Et les attitudes extrêmes en lien avec le conflit israélo-palestinien», estime ainsi Bernard Gottlieb. Aujourd'hui, la lutte contre ce fléau de l'antisémitisme se poursuit donc. Mais pour Rial, il est temps que d'autres prennent le relais. Les survivants de la Shoah disparaissant, «les Juifs des 2e et 3e générations post-Holocauste ne peuvent plus assumer seuls ce rôle de digue».

Pour maintenir le barrage face aux théories nauséabondes, Bernard Gottlieb et les siens comptent donc sur la collectivité dans son ensemble, l'éducation via les professeurs, mais aussi les historiens. «Le travail d'explication que peut faire un groupe comme MémoShoah, avec des membres sans caractère religieux, est essentiel pour que la vigilance se transmette encore et encore.» Car malheureusement le slogan «Plus jamais ça» n'est qu'une vaine parole, si la phrase n'est pas accompagnée d'action de veille et d'information.



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