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SOS Détresse, 45 ans d'écoute et d'aide au bout du fil
Luxembourg 6 min. 04.12.2022
Joignable au 45 45 45

SOS Détresse, 45 ans d'écoute et d'aide au bout du fil

Depuis maintenant 45 ans, le 45 45 45 est le numéro contre le chagrin. Depuis peu, il est également possible de prendre contact par e-mail et dans un avenir proche, le chat en ligne sera activé.
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SOS Détresse, 45 ans d'écoute et d'aide au bout du fil

Depuis maintenant 45 ans, le 45 45 45 est le numéro contre le chagrin. Depuis peu, il est également possible de prendre contact par e-mail et dans un avenir proche, le chat en ligne sera activé.
Photo: Lex Kleren/LW-Archiv
Luxembourg 6 min. 04.12.2022
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SOS Détresse, 45 ans d'écoute et d'aide au bout du fil

Jean-Philippe SCHMIT
Jean-Philippe SCHMIT
Depuis 45 ans, SOS Détresse aide les personnes en détresse. La psychologue Nadja Bretz nous parle des préoccupations des appelants.

En 1975, SOS Détresse a été créée au Luxembourg et les premiers bénévoles ont été formés. En 1977, ils ont répondu aux premiers appels. Depuis 45 ans déjà, les collaborateurs de SOS Détresse aident les personnes en souffrance. Le Luxemburger Wort s'est entretenu avec la psychologue Nadja Bretz.

Nadja Bretz, collaboratrice à SOS Détresse.
Nadja Bretz, collaboratrice à SOS Détresse.
Photo: Anouk Antony

Nadja Bretz, quels étaient les problèmes des appelants dans les années 1970 ?

«Les entretiens portent souvent sur les soucis et les difficultés quotidiennes. À l'époque, comme aujourd'hui, de nombreux appels tournaient autour de la solitude et de l'isolement. Sur ce point, les choses n'ont pas trop changé. Mais il y avait et il y a toujours des raisons plus sérieuses pour lesquelles les gens appellent le 45 45 45.»

On dit que la société actuelle mène à la solitude. Est-ce que c'était mieux avant ?

«La solitude dans la société n'a pas augmenté au fil du temps. Pour être seul, il n'est pas nécessaire d'être vraiment seul. Le sentiment de n'avoir personne à qui parler peut aussi survenir lorsqu'on est cinq sur le canapé. Mais il y a aussi des appelants qui sont vraiment seuls. Les personnes âgées, en particulier, vivent souvent isolées et voient rarement d'autres personnes. Parfois, le personnel des services de soins est la seule personne qu'elles ont l'occasion de voir.»

Y a-t-il des moments dans l'année qui sont particulièrement critiques ? Comme par exemple Noël ?

«Aux alentours des fêtes de fin d'année, il y a une légère augmentation des appels. Mais cela n'est pas trop significatif. Ce que nous remarquons plus clairement, c'est que des événements particuliers, même à l'étranger, ont une influence sur le nombre de personnes qui nous appellent. Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, beaucoup ont ressenti le besoin d'en parler. Nous avons également vécu la pandémie de covid de manière très intense. Par ailleurs, des événements nationaux peuvent amener davantage de personnes à nous contacter, par exemple après la tornade qui a ravagé Bascharage et Pétange.»

Nadja Bretz, psychologue à SOS Détresse.
Nadja Bretz, psychologue à SOS Détresse.
Photo: Anouk Antony

Le covid est-il encore un sujet de préoccupation pour les appelants ?

«Je suis convaincue que pendant la pandémie, beaucoup de gens étaient désespérés. Mais cela a nettement diminué. En 2021, il y avait à peine 300 appels qui ne concernaient que le covid. Par exemple, comment faire face à l'isolement ou à la vaccination. Des personnes qui avaient été malades et qui s'inquiétaient pour cette raison ont également appelé. Depuis l'assouplissement, la situation s'est apaisée et le nombre d'appels de ce type a diminué de moitié.»

L'Ukraine et l'inflation sont-elles désormais le sujet principal ?

«Les 150 appels en moins concernant le covid ne se sont guère répercutés sur les chiffres globaux. En 2021, il y a eu au total 3.740 appels, cette année 3.200 à la fin octobre. Pour certains, les conversations tournent autour de la guerre, mais pas de manière excessive. Il en va de même pour l'inflation. Il y a des appelants qui ne savent plus comment payer leur loyer ou faire le plein de leur voiture, mais la flambée des prix ne domine pas l'actualité.»


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Quels sont alors les thèmes dominants ?

«Ce sont clairement les problèmes mentaux et psychiques. En 2021, c'était le cas de 2.263 appels. La solitude est également un thème qui revient régulièrement. Nous entendons souvent ce genre de phrases: «Je me sens vide, je suis triste et déprimé». Il y a aussi des appelants qui se sentent dépassés et qui veulent s'informer sur le burn-out.»

Y a-t-il des personnes qui souffrent du fait que les thérapies ne sont pas remboursées par la caisse maladie ?

«C'est certainement un sujet de préoccupation. Au Luxembourg, il existe certes un excellent réseau d'aide, mais il n'y a pas de remboursement des frais. Nous entendons souvent au téléphone des phrases comme : «Je ne peux pas me permettre de suivre une thérapie», ou : «Je ne vois mon psychologue qu'une fois par mois, c'est trop peu pour moi». Souvent, il faut aussi trop de temps avant que la thérapie ne commence. Je viens de l'espace allemand, où la situation est différente. Les cinq premières séances ne servent qu'à déterminer ce que la personne a. Elles sont directement remboursées. Il en va de même pour les séances suivantes.»


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L'offre de SOS Détresse est gratuite, mais elle ne remplace pas une thérapie ?

«Nous ne proposons pas de consultation psychologique, nous ne pouvons pas et ne voulons pas le faire.»

Que faites-vous alors ?

«Si quelqu'un nous appelle pour nous dire qu'il pense au suicide, cela fait du bien à la personne de pouvoir en parler. Celui qui nous appelle peut être sûr que tout restera anonyme. La personne peut dire tout ce qui la touche et être sûre qu'elle ne sera pas jugée. Cela peut être un grand soulagement. Nous écoutons et prenons la personne au sérieux dans sa souffrance.»

Un entretien peut être le point de départ pour changer les choses.

Lorsqu'on parle de ses problèmes, on se sent mieux, même si les problèmes persistent. Pourquoi en est-il ainsi ?

«Quand je parle de moi, je me comprends mieux. Je comprends comment j'ai pu en arriver là. Je me souviens peut-être aussi de ce qui m'a aidé à gérer de telles situations dans le passé. C'est une chose, mais l'autre est que dans chaque conversation, il y a un échange, de nouvelles idées et d'autres pensées. Cela peut être très utile pour sortir de son propre engrenage. Celui-ci est justement né du fait que rien n'a changé. Un entretien peut être le point de départ pour changer quelque chose. Surtout si l'on en parle avec une personne totalement neutre et sans préjugés.»

"La solitude dans la société n'a pas augmenté au fil du temps", estime Nadja Bretz.
"La solitude dans la société n'a pas augmenté au fil du temps", estime Nadja Bretz.
Photo: Anouk Antony

Lorsqu'une connaissance ou un membre de la famille déverse son cœur sur vous, que faut-il faire ?

«Dans tous les cas, il faut apprécier le fait que la personne le fasse, c'est très important. C'est super si la personne ose parler ouvertement de ses problèmes. Avant tout, il faut reconnaître ce que la personne dit et ne pas la juger. Il faut aussi laisser transparaître la volonté d'aborder le problème ensemble. Le «je suis là pour toi» donne beaucoup de force et d'énergie. Si on le signale, l'ami ou le membre de la famille est entre de très bonnes mains, je n'ai pas besoin d'être professionnel pour cela.»

Comment les collaborateurs gèrent-ils les cas où l'aide n'a pas eu les effets escomptés ?

«Nos bénévoles suivent une formation de base de 18 mois. Pour un poste de bénévole, c'est déjà une formation longue et approfondie. Le programme comprend notamment la prévention du suicide et des troubles anxieux. Les collaborateurs apprennent également à gérer les cas aigus et à se protéger eux-mêmes. Outre cette formation de base, nous proposons également une supervision toutes les trois semaines, où nos collaborateurs peuvent trouver un soutien de leur côté si nécessaire.»

Cet article est paru une première fois sur wort.lu/de

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