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Sophrologie au lycée: plus de confiance, moins de stress
Sophrologue au Lycée Vauban, Valérie Santos invite Juliette, 12 ans (à gauche) à prendre une grande inspiration. La séance commence.

Sophrologie au lycée: plus de confiance, moins de stress

Photo: Maurice Fick
Sophrologue au Lycée Vauban, Valérie Santos invite Juliette, 12 ans (à gauche) à prendre une grande inspiration. La séance commence.
Luxembourg 1 6 min. 15.01.2019

Sophrologie au lycée: plus de confiance, moins de stress

Maurice FICK
Maurice FICK
Qui n'a jamais été stressé avant une interrogation? Pour mieux gérer leur stress, faire face à leurs soucis de concentration ou relationnels ou pour avoir davantage confiance en soi, les élèves du Lycée Vauban à Gasperich peuvent se tourner vers une sophrologue. C'est une première au Luxembourg. Comment et est-ce que ça marche?

C'est nouveau au Luxembourg. Après une phase expérimentale l'année dernière, la sophrologie fait clairement partie des murs au Collège et Lycée Vauban à Luxembourg-Gasperich. «Le dispositif s'est structuré en 2018-2019 et prend appui sur deux professeurs, formés en tant que sophrologues (Valérie Santos et Emeline Masserand), qui interviennent auprès des élèves pour une partie de leur service», explique Evelyne Régniez, madame la proviseure.

«Le but de la démarche est de considérer les élèves en tant qu'individus qui ont besoin de se sentir bien à l'école pour que leur apprentissage se passe bien et qu'ils puissent s'épanouir», résume Valérie Santos, sophrologue et, par ailleurs, professeur d'anglais dans l'établissement.

Dans la salle R045, plantée à mi-chemin entre les halls du collège et du lycée, au rez-de-chaussée de l'établissement flambant neuf, la sophrologue reçoit Juliette, élève de 5e, pour une séance justement. Valérie Santos prend sa voix de velours et l'invite, pour commencer, à inspirer profondément:

Juliette, 12 ans, vient voir la sophrologue car, explique-t-elle, «je n'arrivais pas bien à me concentrer en classe, ou quand je faisais des interrogations. Souvent je perdais mes moyens. J'apprenais mes leçons, je travaillais, mais je stressais tellement pendant l'interrogation que j'oubliais tout!»

Pour remédier à cette pénible situation que vivent bien d'autres élèves, Juliette a suivi une poignée de séances de sophrologie dans son collège et a «appris des méthodes pour se concentrer et pour essayer de mettre le stress de côté pendant l'interrogation».

Une technique consiste à bien se concentrer «sur un objet, quelque chose qui me vient à l'esprit. Je me concentre dessus et après un retour à la réalité je parviens à me focaliser davantage sur l'interrogation». Elle se dit satisfaite du résultat. Ses notes sont en progression sourit-elle.

Photo: Christophe Olinger

Tout comme Bastien (prénom d'emprunt), 18 ans. L'élève de terminale est venu parce qu'il avait lui aussi «du stress et des problèmes de concentration». Un stress dont l'origine sont des événements externes à l'école mais qui provoquaient ses problèmes de concentration. Bastien s'est longtemps senti pénalisé: «J'apprenais mais je n'arrivais pas à avoir les notes que je méritais».

Il dévoile sa technique, apprise en sophrologie: «Face au test, je me prends 2 ou 3 minutes, je me concentre d'abord et je me déstresse en expirant et en inspirant très doucement. Ça me calme. Comme je ne suis plus stressé, je n'ai plus peur d'oublier ce que j'ai appris et, au final, je peux faire mon test tranquillement». Depuis Bastien considère qu'il a de bonnes notes.

Comment ça marche?

La sophrologie caycédienne «c'est un ensemble de techniques qui vont s'appuyer sur le lien très fort existant entre le corps et l'esprit. On va activer le corps et l'esprit. Et faire en sorte que les personnes réussissent à exprimer tout leur potentiel. Toujours en se basant sur le positif et rien que sur du positif», explique Valérie Santos.

Dans la petite salle à l'immense vitrage ouvert sur la cour et au triptyque qui ouvre sur un océan de nouvelles perspectives, la sophrologue est d'abord assise, puis debout, face à l'élève. Elle l'invite à s'installer confortablement et à fermer les yeux pour mieux se concentrer sur sa propre «respiration par le ventre». Rien ne perturbe plus le duo. Les inspirations et expirations forment des vagues musicales. La sophrologue invite par sa voix, à ne penser à rien mais juste à «accueillir les sensations positives». Sur le visage de Juliette se dessine un sourire.

Photo: Maurice Fick

Les tensions physiques, mentales et émotionnelles écartées, le corps détendu, «on va choisir une capacité à renforcer et on va chercher dans le passé, un moment où on a fait preuve de cette capacité», explique la sophrologue. Une personne, un endroit, une odeur, une musique... vont permettre de se souvenir: «C'est comme si la capacité de confiance en soi était imprimée en nous-même», explique Valérie Santos.

Plus étonnant: «On peut même travailler dans le futur parce qu'on va pouvoir imaginer des situations futures. Comme des examens par exemple. Pour des élèves qui sont stressés face aux examens, on va pouvoir déjà imaginer comment va se passer l'examen. Il s'agit de créer des souvenirs dans le futur. De sorte que lorsque la personne sera vraiment en situation d'examen, elle aura déjà vécu cette situation, donc le stress sera parti».

«Toujours en plein accord avec les parents»

Les capacités à renforcer ne manquent pas. Les élèves viennent voir les sophrologues pour des problèmes de concentration, de manque de confiance en soi -c'est monnaie courante- ou gestion des émotions. Mais aussi pour gérer leur stress face à un examen, face à l'orientation scolaire, voire pour du harcèlement ou des problèmes relationnels avec leurs camarades. Ils viennent de leur plein gré mais aussi sur le conseil d'un professeur, des parents, de la Vie scolaire ou sur recommandation du conseil de classe.

La sophrologie est «un des dispositifs que nous mobilisons dans l'accompagnement personnalisé des élèves du collège et du lycée. A côté de l'aide individualisée en français et en mathématiques, du tutorat pour apprendre à s'organiser et à travailler régulièrement, la sophrologie permet aux élèves d'apprendre à maîtriser leurs émotions, réduire leur stress, renforcer leur concentration et par là même accroître leur confiance en eux. Nous sommes convaincus que pour bien apprendre, il faut se sentir en confiance et en sécurité et en pleine maîtrise de ses capacités», explique Evelyne Régniez. La proviseure précise: «Dans le cas de suivi individuel, c'est toujours en plein accord avec les parents que des séances sont proposées aux élèves».

En salle de cours

La sophrologie est aussi proposée en groupe, aux professeurs et aux classes qui préparent des examens. Mais aussi tout simplement en début de cours. C'est en observant les élèves qui se rendent d'une matière à l'autre en courant avec leurs sacs et en étant attentive à leur fatigue, que Valérie Santos s'est «rendu compte qu'il était important pour eux d'avoir comme une petite parenthèse, en début de cours».

L'aventure ne dure alors que quelques minutes mais «ça leur permet de se reconcentrer sur le moment présent, de laisser à l'extérieur tout ce qui s'est passé avant et de libérer leur esprit pour pouvoir se concentrer pleinement sur les apprentissages qu'on va faire ensemble».

«Les chercheurs en neuroscience cognitive recommandent cette phase de mise au repos des esprits pour bien commencer une nouvelle phase d'apprentissage. Après la courte séance, je sens comme un apaisement dans la salle. Ils sont beaucoup plus calmes et plus concentrés.»

Dans les lycées et écoles luxembourgeoises il n'existe pas, pour l'heure, de sophrologue, assure le ministère de l'Education nationale. En revanche, le Centre psycho-social et d'accompagnement scolaire (CePAS), dont la mission est d'œuvrer au bien-être de l'élève à l'école, «propose des interventions auprès d'élèves qui sont plutôt axées sur des techniques de relaxation anti-stress en classe», explique la responsable de la communication du ministère.