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Soirée ratée au CSV... pour un siège
Claude Wiseler, tête de liste du CSV (de dos), et Marc Spautz, président du parti, au sortir de la tribune.

Soirée ratée au CSV... pour un siège

Photo: Gerry Huberty
Claude Wiseler, tête de liste du CSV (de dos), et Marc Spautz, président du parti, au sortir de la tribune.
Luxembourg 26 2 4 min. 15.10.2018

Soirée ratée au CSV... pour un siège

Au fil de la soirée électorale, les sympathisants du CSV devenaient «verts». Le siège perdu dans le Centre, circonscription de Claude Wiseler, a balayé d'un seul coup tous les espoirs de retour au pouvoir. Les ténors du CSV ont eu beau se rassurer, le pire est arrivé. Arithmétiquement, la coalition sortante a conservé d'un siège sa majorité.

Par Maurice Fick et Sophie Wiessler

«Le CSV, et de loin, est le plus grand parti du pays!», scande Claude Wiseler à la tribune du QG des chrétiens-sociaux. Le CSV a obtenu 21 des 60 sièges au parlement mais en a perdu deux dans la soirée électorale de ce dimanche 14 octobre 2018. Il est autour de 22h30 et les centaines de sympathisants qui ont fait la route jusqu'aux Rotondes de Bonnevoie, le savent bien: le CSV fait partie des battus de ces élections et les chances de revenir aux affaires -après en avoir été évincé suite aux législatives de 2013- sont quasi nulles.

Pas besoin de dessin, ni de déclaration, les jeux sont faits. Depuis une demi-heure. Depuis que la perte du 8e siège du CSV dans la circonscription du Centre - précisément celle de la tête de liste, Claude Wiseler - est effective. L'ambiance est tendue, sympathisants et députés ont les yeux rivés sur l'écran géant suspendu au-dessus des trois lettres géantes du parti, sur fond noir. Suit le coup de bambou. Selon des résultats provisoires, le CSV perdrait aussi son 8e siège dans le Sud, la plus grande circonscription électorale.

Les sympathisants osant à peine croire à une «chance» de reformer un gouvernement, n'ont pas caché leur déception face à la caméra:

Lorsque les images du QG des Verts à l'Atelier explosent sur l'écran, le contraste d'ambiance avec ce que sont en train de vivre les sympathisants du CSV, est saisissant. Aux Rotondes tout n'est que tension. Chez Déi Gréng, qui ont remporté 3 sièges au parlement (où ils ont désormais 9 députés), des rayons lasers verts balayent la tribune sur laquelle la bande à Bausch n'arrête plus de faire la ola après que le président du parti, Christian Kmiotek, eut lancé à se rompre une corde vocale un évident: «Personne ne peut passer à côté des Verts!». Sous-entendu, pour former le futur gouvernement.

Des meneurs «pas assez agressifs, c'est ça le grand problème»

«Vraiment déçu que le parti n'ait pas réussi à garder au moins les 23 sièges», Pierre Wilmes, 68 ans, sympathisant du CSV, regrette surtout le positionnement des ténors du parti dans l'opposition durant les cinq années écoulées: «Ils n'ont pas réussi à faire une opposition plus forte durant toute la législature, c'est ça le grand problème. Et ils n'ont pas réussi à mettre en évidence les fautes qu'a faites le gouvernement. Ils n'étaient pas assez agressifs, ça c'est le grand problème à mon avis». Et Pierre Wilmes dit tout haut ce que beaucoup ne disent que tout bas à propos de leur leader: «la campagne électorale était trop modérée», côté CSV.

«Le problème est qu'on est à un mandat près! Celui qui permet à l'actuelle coalition de continuer. Ce seul mandat empêche d'entamer des négociations de coalition», note Tiago Fernandes, 31 ans. En décrochant 9 sièges à la Chambre des députés, les Verts parviennent à pallier les 3 voix perdues par les socialistes d'Etienne Schneider et la voix perdue par le DP de Xavier Bettel. Même si la coalition gouvernementale sortante (DP-LSAP-Les Verts) perd un siège, ses trois partis parviennent à garder 31 sièges. Ça suffit pour former à nouveau une majorité. D'un seul siège.

«Malheureusement l'actuel gouvernement va continuer même si nous restons ouverts», craint bien Tiago qui cherche une note positive dans toute cette débâcle alors que la salle se vide rapidement après un discours peu convaincant de Claude Wiseler à la tribune. Nous avons tendu le micro au leader du CSV à sa descente de l'estrade:

Une défaite au goût de déjà-vu

«Nous sommes déçus» a lancé Claude Wiseler à ses partisans, abattus face à la nouvelle réalité. Celle d'un «nouveau paysage des partis au Luxembourg avec un plus grand morcellement que ces dernières années. Les trois grands partis (CSV, LSAP, DP, ndlr) ont perdu des voix. Les Verts et les Pirates ont gagné des voix» a conclu Claude Wiseler sous les feux de la rampe. Il quitte l'estrade en levant les deux bras pour saluer tout ce monde et les laisser retomber dans un geste mou qui en dit long sur son désespoir. Celui de ne pas avoir été à la hauteur des attentes d'un parti qui cherche à reprendre pied depuis le départ de Jean-Claude Juncker.

De retour à l'ombre, Marc Spautz, le président du parti reconnaît la défaite: «Malheureusement on n'y est pas arrivé», sous-entendu à conserver les 23 sièges au parlement qui auraient permis d'être à l'initiative d'un nouveau gouvernement avec Les Verts, le DP ou le LSAP. Dans les calculs du CSV, «on a pensé que, même sans Jean-Claude Juncker, ce serait difficile de garder les 8 sièges (dans le Centre) mais on a toujours espéré y arriver avec une bonne liste».

Aux Rotondes, les sympathisants du CSV ont eu comme une impression de tourner en rond. Les bancs de l'opposition, frottés depuis cinq ans, n'étaient finalement pas qu'un passage de tunnel. La défaite a un goût de déjà-vu.


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