Changer d'édition

Le harcèlement de rue trouve écho sur Insta'
Luxembourg 3 4 min. 10.06.2021
Société

Le harcèlement de rue trouve écho sur Insta'

Dans l'espace public, trop de femmes et filles entendent des propos déplacés. Et cela par des hommes de tous âges...
Société

Le harcèlement de rue trouve écho sur Insta'

Dans l'espace public, trop de femmes et filles entendent des propos déplacés. Et cela par des hommes de tous âges...
Photo : AFP
Luxembourg 3 4 min. 10.06.2021
Société

Le harcèlement de rue trouve écho sur Insta'

Anne Maria Schmitz, Luxembourgeoise de 23 ans, vient de lancer un compte où les filles peuvent pointer du doigt tels insulte ou commentaire désobligeant faits à leur encontre dans l'espace public.

(pj avec Paula SANTOS FERREIRA) «T'es toujours vierge?», «Whaou, les seins que tu as!», «Viens, je vais te faire hurler»... Voilà le genre de phrases que certaines femmes ou filles entendent, juste en se promenant ici, au Grand-Duché. Des propos agressifs balancés par des inconnus, dans la rue. Et qui maintenant trouvent écho sur Instagram à l'initiative d'Anne Maria Schmitz, qui vient d'ouvrir le compte Cat Calls of Luxembourg.


17 cas de harcèlement sexuel officiellement recensés
Les chiffres concernant des signalements pour des propos ou des comportements inappropriés dans le monde du travail apparaissent rares selon les données du ministère du Travail. Toutefois, cette base de données fait ressortir une augmentation depuis 2016.

Le catcall consiste à aborder une personne (de genre féminin la plupart du temps) dans l'espace public et de manière non sollicitée avec des commentaires à charge sexuelle. Un harcèlement de rue qui se développe de façon préoccupante, selon l'initiatrice du projet. Pour le ministère de la Justice, l'heure n'est pas encore venue d'adopter une loi pour sanctionner ce genre de comportement déplacé. Interrogée par la rédaction de Contacto, l'administration dirigée par Sam Tanson (Déi Gréng) dit étudier une autre voie, avec le ministère de l'Egalité entre les femmes et les hommes

 Anne Maria Schmitz
Anne Maria Schmitz
Photo: DR

Pourtant, il s'agit là d'une forme de violence qu'il convient de combattre. «Car se faire ainsi interpeller n'a rien d'un compliment, rappelle Anne Maria Schmitz. C'est au contraire inconfortable et très désagréable pour les femmes.» D'où ce compte Instagram où les victimes peuvent dénoncer les propos tenus. 

Membre de la plateforme féministe JIF, Jessica Lopes salue l'initiative. Et de témoigner : «Souvent, on choisit un chemin plus long pour éviter de passer par des lieux avec beaucoup d'hommes, où l'on sait que l'on va entendre ce type de commentaires offensants». Une solution d'évitement qui ne saurait perdurer. Ainsi, la plateforme a-t-elle pour but de «montrer aux victimes qu'elles ne sont pas seules et que les insultes sont un problème grave et à grande échelle».

Copié sur le modèle du Cat Calls of New York, le compte luxembourgeois a déjà collecté plus d'une centaine de témoignages. Un succès autant réjouissant que troublant pour celle qui en est à l'origine et poursuit actuellement des études en psychologie à Amsterdam. «Chaque semaine, je reçois de plus en plus de messages. Ils sont envoyés de manière anonyme la plupart du temps, mais de nombreuses victimes me racontent toute l'histoire. Je résume ce qui s'est passé et écris à la craie sur un trottoir le commentaire reçu.» La gifle verbale se transformant ainsi en claque visuelle pour le piéton qui passe. 

«S'il y a déjà une certaine prise de conscience chez les jeunes du problème, certains garçons/adolescents ont encore du mal à se taire et éviter ce genre de propos», commente Jessica Lopes. Mais les «attaques inappropriées» peuvent tout aussi bien provenir d'hommes plus âgés, avec cette particularité remarquée par Anne Maria Schmitz : «Les jeunes le font généralement lorsqu'ils sont en groupe, tandis que les adultes lancent souvent leurs vilaines phrases quand ils sont seuls».

Reste que pour Daniel Cotrim, psychologue de l'association portugaise des victimes, certaines de ces agressions verbales peuvent déclencher «des problèmes psychologiques pouvant conduire à des pensées suicidaires». Et de poursuivre sur la «mauvaise culpabilité» que peuvent ressentir les victimes. «Elles se culpabilisent, pensant ''J'ai fait quelque chose de mal pour que cela m'arrive''. Et puis autour d'elles, la société peut leur rétorquer des phrases blessantes comme ''Avec cette jupe, vous vous attendiez à quoi?''. C'est le résultat d'une mentalité machiste qui prévaut encore.»

Un délit sur le lieu de travail

En Belgique ou en France, le harcèlement de rue est maintenant reconnu comme un délit. Pas encore au Luxembourg. Mais Anne Maria Schmitz encourage les députés à adopter une telle disposition. «Les victimes se sentiraient plus en sécurité et les agresseurs craindraient les sanctions. Autant moi que la JIF sommes conscients que ce n'est pas une loi qui changera les comportements, mais elle envoie un message très fort comme quoi ce type de harcèlement est interdit dans l'espace public».

Car, il est bon de le préciser, dans le cadre professionnel, le harcèlement sexuel (verbal ou comportemental) constitue déjà un délit

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Si la question du harcèlement au travail revient sur le devant de la scène, les mentalités peinent à évoluer, assure la Mobbing asbl qui a vu ses prises de contact s'envoler ces derniers mois. Un phénomène qui devrait se poursuivre avec le vote, «avant l'été», de la première loi sur le sujet.