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Six morts, 16 blessés graves: Zoufftgen: ce qui s'est passé le 11 octobre 2006
Luxembourg 10 6 min. 11.10.2016

Six morts, 16 blessés graves: Zoufftgen: ce qui s'est passé le 11 octobre 2006

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Un train de marchandises venant de France percute un train express régional en provenance de Luxembourg. Une collision frontale qui fait six mort le 11 octobre 2006. Dix ans après l'accident ferroviaire de Zoufftgen, nous revenons pour vous sur ce tragique évènement.

(VO / str) -  Un train de marchandises venant de France percute un train express régional en provenance de Luxembourg. Une collision frontale qui fait six mort le 11 octobre 2006. Dix ans après l'accident ferroviaire de Zoufftgen, nous revenons pour vous sur ce tragique évènement.

Vers 11 heures 45, un train CFL reliant Luxembourg à Nancy percute de plein fouet un train de marchandises SNCF venant en sens inverse sur la même voie. La collision frontale se produit à hauteur de Zoufftgen, elle est très violente.

Les deux engins se percutent et le train luxembourgeois s'encastre sous le train français. Les wagons du train de fret sont projetés hors des rails dans la forêt et se couchent sur le flanc.

Un des wagons du train de marchandises arrête sa course en travers des voies: l'avant au sol et l'arrière sur le toit du wagon transportant les voyageurs.

Ce jour-là, six personnes trouvent la mort et 16 personnes sont gravement blessées.  Les secours mettent plus de sept heures pour désincarcérer les victimes et travaillent d'arrache-pied tout au long de la nuit.

Ce qui s'est passé

Que s'est-il passé ce 11 octobre 2006 pour que deux trains se retrouvent sur la même voie?

Un chantier SNCF est en cours et la circulation des trains se fait en alternance sur la seule voie qui reste disponible. Le train luxembourgeois se retrouve face à celui de la SNCF et la collision est fatale.

Ce jour-là, le premier chef de circulation termine son service à 11 heures 30 et n'attend pas son remplaçant qui est en retard pour l'informer qu'un train de marchandises se dirige vers le Luxembourg. Il lui écrit un mot mais omet de mettre à jour le registre et informe l'annonceur de trains de faire la commission au deuxième chef de circulation.

Lors du procès, le deuxième chef de circulation niera avoir vu un quelconque papier l'informant de l'arrivée du train français. L'annonceur de trains affirmera lui avoir dit à deux reprises.

Il s'en suit un imbroglio au niveau technique mais il n'en reste pas moins que le deuxième chef de circulation ne procède pas à différents contrôles. Le signal indique donc que la route est libre.

Six minutes et 43 secondes avant la collision entre les deux trains, le centre de contrôle de la capitale remarque que quelque chose cloche à Bettembourg et les contacte. Lors du procès, le deuxième chef de circulation et l'annonceur de trains seront sur ce point encore en désaccord.

Différents coups de fil sont passés entre les postes de Luxembourg-Ville, Thionville et Bettembourg. Il n'en reste pas moins que les deux trains roulent l'un vers l'autre à grande vitesse.

C'est seulement 104 secondes avant l'accident que le danger est détecté: le deuxième chef de circulation s'aperçoit alors qu'il a commis une erreur en autorisant le train de voyageurs à s'engager sur la voie.

Il appelle la "Permanence" qui surveille l'ensemble du réseau pour obtenir une connexion sans fil avec les conducteurs de trains mais la ligne est occupée.

Il ordonne alors à l'aiguilleur de donner l'alarme et de couper l'électricité, ce qui sera fait plus d'une minute après.

A 11 heures 44 minutes et 30 secondes, les trains entrent en collision.

Cinq personnes inculpées en 2007

Un an après l'accident, le procureur d'Etat Robert Biever annonce l'inculpation de cinq personnes.

L'enquête menée conjointement par les CFL et la SNCF indique très vite que la responsabilité de l'accident incombe aux chemins de fer luxembourgeois: suite à une erreur commise au poste de commande de Bettembourg, le train de voyageurs a été autorisé à circuler alors que le tronçon de cette ligne était déjà occupé par le train de fret.

Suite aux différents rapports d'expertise, le juge d'instruction inculpe cinq agents des CFL du chef d'"homicide involontaire et de coups et blessures involontaires".

Prison ferme pour deux cheminots

C'est en 2008 que le procès en première instance a lieu et ce sont quatre cheminots luxembourgeois qui se retrouvent à la barre des accusés: le premier chef de circulation, le deuxième chef de circulation, l'aiguilleur et l'annonceur de trains. Les charges contre le cinquième cheminot n'ayant pas été retenues.

L'aiguilleur accepte sa peine de 12 mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende mais les trois autres contestent la décision de la justice et font appel.

Le premier chef de circulation encourait alors six mois avec sursis et 5.000 euros d'amende. Le deuxième chef de circulation et l'annonceur de trains s'étaient vu condamnés à 48 mois et 46 mois fermes et des amendes allant de 5.000 à 6.000 euros.

Trois ans plus tard, la sentence tombe

C'est le 19 janvier 2011 que le jugement de la deuxième instance est rendu. Les peines de prison sont plus clémentes. L'annonceur de trains et le deuxième chef de circulation écopent de 30 mois de prison ferme et la peine du premier chef de circulation est annulée.

Le procès aura montré une succession d'erreurs de la part des agents des CFL qui auront été fatales à six personnes. La défaillance humaine n'est plus à démontrer, ni l'ambiance déplorable qui régnait alors dans le poste de travail des CFL de Bettembourg.

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