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Simone Asselborn-Bintz: "En politique, je continue ce que ma mère a commencé"
Luxembourg 6 min. 15.06.2018

Simone Asselborn-Bintz: "En politique, je continue ce que ma mère a commencé"

Simone Asselborn-Bintz: "En politique, je continue ce que ma mère a commencé"

Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 15.06.2018

Simone Asselborn-Bintz: "En politique, je continue ce que ma mère a commencé"

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Pas facile pour la jeune Simone d'accepter l'absence d'une maman ultra-moderne pour son époque, à la fois politicienne, comédienne, chanteuse et speakerine sur RTL. Ainsi a-t-elle toujours fui l'engagement politique. Ce n'est qu'au moment du décès de sa mère qu'elle a ressenti le besoin de suivre ses pas.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publions régulièrement jusqu’à l’été.

Aujourd'hui, rencontre avec la dernière à rejoindre les bancs du Parlement aux côtés des députés socialistes: Simone Asselborn-Bintz occupe le siège laissé vacant par Roger Négri depuis avril dernier.

  • Vous avez grandi dans le sud du pays, à Esch/Alzette. Y avait-il une place pour la langue française dans votre vie de petite fille?

Oui, même une très grande! Ma mère a toujours insisté pour qu'on regarde la télévision en français ma sœur et moi. Elle disait que, comme ça, on étudiait la langue "parlée" et pas seulement la théorie apprise à l'école. Moi je regardais La petite maison dans la prairie en français, j'adorais ce programme, et aussi l'émission de clips vidéos Super Juke-Box de André Torrent qui passait le samedi matin.

Ma mère regardait la télé française, surtout le journal, et elle nous poussait aussi à lire des livres en français, donc on peut dire que j'ai grandi dans un environnement assez francophile. J'ai lu beaucoup Le petit Nicolas, La gloire de mon père de Marcel Pagnol ou encore La peste d'Albert Camus.


Face aux députés
Avant les élections législatives d’octobre, nous avons rencontré les 60 députés du pays et leur avons posé des questions sur leur rapport à la langue française et la francophonie en général.

Est-ce que ça vous a aidé à parler le français?

Oui, j'ai toujours adoré les langues, au lycée j'étais dans une classe de langues, j'ai aussi joué au théâtre, j'ai fait de la diction française, de la diction allemande, au Conservatoire de Esch/Alzette quand j'étais ado...

Je parle beaucoup plus français aujourd'hui qu'avant, en faisant des fautes, oui mais peu importe! Je crois que c'est en pratiquant une langue qu'on s'améliore, il faut vivre la langue, sinon on la perd un peu.

Ça m'a servi pour écrire correctement en français. 

  • Trouvez-vous le temps de faire du théâtre encore aujourd'hui?

Non, depuis que je fais de la politique au niveau communal, je n'ai plus le temps de jouer au théâtre comme je le faisais avant. Ça me manque un peu! Mais je suis sur une autre scène aujourd'hui (rires). Le théâtre m'aide beaucoup pour m'exprimer devant des gens, on est plus fort, on sait comment se tenir, etc.

  • Esch/Alzette est une ville limitrophe avec la France. La frontière, c'était une barrière? 

Oui, une barrière. A l'époque, quand j'étais jeune, il y avait encore des douaniers qui contrôlaient les passages, il fallait montrer sa carte d'identité. On y allait quand même car mes parents nous faisaient visiter plein de choses en France, et une partie de ma famille maternelle vivait à Paris.

C'est devenu plus simple par la suite avec la suppression de la douane: on passait la frontière même pour aller acheter une baguette de pain. 

Anouk Antony
  • Vous vous présentez aux élections communales de Sanem en 2005, vous avez alors 39 ans, et vous êtes élue conseillère: comment la politique arrive-t-elle dans votre parcours?

La politique était présente dans mon environnement depuis toujours en fait, à travers ma mère, Micky Bintz-Erpelding, qui était une figure bien connue au Luxembourg et particulièrement dans la politique à Esch/Alzette.

Je n'avais jamais voulu m'engager en politique car j'avais souffert plus jeune d'être toujours "la fille de" et d'avoir eu une maman peu présente. 

Jusqu'à la mort de ma mère en 2000: quand elle est partie, je me suis rendu compte de certaines choses, j'ai eu le sentiment qu'elle n'avait pas pu finir ce qu'elle avait commencé et j'ai eu envie de poursuivre son chemin. 

  • Quel regard vous portiez sur cette maman politicienne? Une femme au poste d'échevin, ce n'était pas chose courante à l'époque...

C'est vrai, c'était une femme très moderne. Elle a toujours travaillé, même quand on était petites. Elle était comédienne et speakerine sur RTL. C'était mon père qui faisait la cuisine à la maison, qui nous donnait le bain, qui s'occupait de nous. C'était atypique, c'est clair. 

D'ailleurs, ça m'énervait que ma mère soit si occupée. J'enviais mes copines qui avaient leur maman à la maison. D'un autre côté, je bénéficiais d'une grande liberté et j'ai développé très vite mon autonomie.

Elle fut un modèle incroyable et cela me fait chaud au cœur aujourd'hui. Elle m'a beaucoup marquée et me marque encore. Mes deux parents font ma fierté. 

Anouk Antony
  • Qu'avez-vous ressenti quand le téléphone a sonné pour vous annoncer que vous alliez intégrer la Chambre des députés?

J'étais dans une réunion à Belvaux et je vois le nom de Roger Négri s'afficher sur mon téléphone. Là, il me dit qu'il a pris sa décision et qu'il met fin à son mandat de député. J'ai ressenti... (soupir) une émotion très forte... que j'ai dû cacher car rien n'était officiel!

J'étais heureuse et peureuse à la fois. 

  • Que peut faire un député au Luxembourg en 2018 en faveur des étrangers qui représentent presque la moitié de la population?

Il peut aider à l'inclusion, à l'acceptation, il peut impulser les collaborations, le travail en commun. Il peut pousser des choses, aider à changer les mentalités. Je suis une femme très optimiste et je vois tout le positif dans les échanges avec les étrangers, mais je vois aussi qu'il y a des peurs et des angoisses parmi les citoyens. 

Quand on voit les commentaires haineux qui se déversent sur les réseaux sociaux, ça fait peur. 

Il faut faire en sorte que les gens n'aient pas peur des étrangers, et là, le député peut agir. Il y a une place pour chacun.

  • Quels sont les leviers à activer concrètement pour mettre en oeuvre la cohésion sociale?

Le sport, la culture, la musique. Ce sont des disciplines universelles, qui vont au-delà des nationalités, des langues. On peut les mobiliser pour l'inclusion. A Sanem, on a beaucoup de réfugiés par exemple, donc on organise des activités où on cuisine ensemble, les enfants peuvent prendre part aux activités des maisons-relais, faire du football, etc. 

A travers ça, on apprend à se connaître, on met un visage sur un nom et les peurs s'effacent.

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