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Sexualité: un podcast pour répondre aux questions des ados
Luxembourg 6 min. 11.10.2018 Cet article est archivé

Sexualité: un podcast pour répondre aux questions des ados

Le podcast s'adresse aux jeunes de langue luxembourgeoise pour parler de sexualité librement, répondre aux questions qu'ils n'oseraient pas poser à leurs parents.

Sexualité: un podcast pour répondre aux questions des ados

Le podcast s'adresse aux jeunes de langue luxembourgeoise pour parler de sexualité librement, répondre aux questions qu'ils n'oseraient pas poser à leurs parents.
Illustration: Shutterstock
Luxembourg 6 min. 11.10.2018 Cet article est archivé

Sexualité: un podcast pour répondre aux questions des ados

«Mei Wei Sex», le podcast en luxembourgeois à l'intention des plus de 16 ans, a pour objectif de guider les jeunes du Grand-Duché dans la période parfois difficile qu'est l'adolescence. Le but: montrer que la sexualité va plus loin que le sexe et aborder des sujets parfois trop intimes pour être évoqués.

Par Jean Vayssières

Pilosité, identité de genre, érection, menstruations... autant de thèmes, parfois tabous, qui font pourtant partie de la vie de tous. Surtout, ils occupent une place prépondérante au sein de la période de grandes mutations qu'est l'adolescence.

Depuis mi-septembre, le Centre National de Référence pour la Promotion de la Santé Affective et Sexuelle (Cesas) diffuse un podcast - une émission de radio librement téléchargeable- sur le thème de la «santé affective et sexuelle» avec l'aide de Radio ARA, qui met à disposition ses locaux et son matériel.

Répondre à des questions «qu'on ne poserait pas à ses parents» 

Issue d'un programme national lancé en 2013, cette sous-branche du Planning Familial du Grand- Duché, fondée en mai dernier, a pour objectif de «promouvoir la santé affective et sexuelle à travers l’information, la sensibilisation et la formation». Cette fameuse santé, «aspect central de l'être humain» selon la responsable du Cesas, Isabel Scott, «concerne tout le monde, tout le temps, pas uniquement pendant la période reproductive: elle s'étend d'avant la puberté jusqu'à la vieillesse. Nous voulons montrer qu'elle existe et est liée à des aspects culturels et psychologiques».

«En matière de sexualité, on peut faire quasiment tout ce que l'on veut tant que tout le monde est consentant», explique Ainhoa Achutegui, présidente du Planning Familial.
«En matière de sexualité, on peut faire quasiment tout ce que l'on veut tant que tout le monde est consentant», explique Ainhoa Achutegui, présidente du Planning Familial.
Photo: Jean Vayssières

À l'heure actuelle, trois épisodes du podcast, intitulé «Mei Wei Sex», sont déjà consultables et téléchargeables sur le site web du Cesas. Pas moins de 42 épisodes d'une vingtaine de minutes chacun sont prévus. Chacun abordera l'un des aspects de la santé sexuelle et affective, de la masturbation aux menstruations en passant par d'autres sujets, parfois particulièrement précis.

«L'objectif c'est de guider les jeunes, leur parler de sujets qui les intéressent, répondre à des questions qu'ils n'oseraient pas poser à leurs parents ou leurs professeurs», explique Isabel Scott.

«Ça pourra être quelque chose comme “comment faire quand on a une érection involontaire dans la rue” par exemple. Des thèmes qui intéressent les jeunes d'aujourd'hui, comme les poils: on n'en parlait pas il y a 40 ans, mais notre époque est différente».

Montrer que la sexualité est plus que l'acte en lui-même

Chaque épisode sera divisé en deux parties: la première, une conversation entre différents intervenants, précédera différentes rubriques comme «Sex Mythos», qui s'attellera à déconstruire les légendes urbaines qui circulent sur certains aspects de la sexualité. Le titre du podcast, qui pourrait se traduire par «Plus que le sexe», est explicite: il s'agit d'aller plus loin, de montrer que la sexualité est plus que l'acte en lui-même et englobe «un aspect affectif, culturel, social et psychologique».

Pour Ainhoa Achutegui, présidente du Planning Familial, la sensibilisation et l'information sont également un moyen de promouvoir le respect de l'autre et de lutter contre les violences sexuelles. «Le thème du consentement revient dans chaque émission», souligne-t-elle. «L'important, c'est de savoir qu'en matière de sexualité, on peut faire quasiment tout ce que l'on veut tant que tout le monde est consentant. Vous remarquerez également que nous ne parlons jamais d'hommes ou de femmes, mais de “personnes avec un pénis ou une vulve”».

«Le format audio est idéal: il instaure une forme d'intimité» 

«Le podcast est un médium relativement récent» précise Isabel Scott. «Il en existe très peu en langue luxembourgeoise, c'est là qu'est notre plus-value. Pour un jeune qui se pose des questions sur la sexualité, le format audio est idéal: il instaure une forme d'intimité. Le jeune peut mettre ses écouteurs et écouter ces gens qui lui parlent, tranquillement. C'est un format attrayant pour les jeunes, surtout que les intervenants y parlent leur langage: ce n'est pas un livre ou une brochure qui leur tomberait des mains avant qu'ils ne l'aient terminé».

L'utilisation du format audio, en plus de cibler directement un public jeune, renoue avec le passé du Planning Familial qui, comme le précise Ainhoa Achutegui, «est arrivé aux gens grâce à la radio dans les années 60. À l'époque, le docteur M.-P. Molitor-Peffer - l'une des premières présidentes du Planning Familial - abordait dans son émission des sujets très tabous, comme l'éjaculation précoce, et s'adressait aux adultes».

Pour découvrir le podcast «Mei Wei Sex», renouveau moderne de l'émission du docteur Molitor, rendez-vous sur le site du Cesas ou sur le site officiel du podcast. Chaque émission est également diffusée sur Radio ARA, à un rythme hebdomadaire, tous les vendredis à 15h, avant une rediffusion tous les mardis à 18h.

«Nous vivons dans une société porno-pudique» 

«Le Planning Familial, dont dépend le Cesas, se fonde sur plusieurs piliers: la santé, les questions psychosociales et l'éducation sexuelle et affective», rappelle Ainhoa Achutegui. Financée à 100% par le ministère de la Santé, elle mène de nombreuses missions au quotidien.

Son centre de santé permet d'effectuer des interruptions volontaires de grossesse (IVG) et distribue gratuitement des méthodes de contraception, comme le préservatif ou la pilule du lendemain. On y trouve des consultants pour les couples mais aussi des psychologues, sexologues et assistants sociaux accessibles pour parler des tracas de la sexualité, des infections sexuellement transmissibles (IST) ou encore des violences domestiques.

Pour mener à bien ses objectifs d'information et de sensibilisation, l'association intervient régulièrement dans des écoles. Un éventail de missions diverses et nécessaires pour Ainhoa Achutegui, pour qui le pays souffre d'une certaine forme d'hypocrisie concernant la sexualité.

«Nous vivons dans une société porno-pudique», assène-t-elle. «Nous faisons semblant d'être avancés partout, mais les IST reviennent et le préservatif est peu utilisé. Au Luxembourg, le taux de nouvelles infections au VIH explose et des maladies comme la chlamydia reviennent en force. On pensait la gonorrhée éradiquée, mais plusieurs cas ont été récemment diagnostiqués».

«Nous avons l'une des lois les plus libérales d'Europe concernant l'IVG» 


101 nouveaux cas de VIH en 2017
Le nombre de personnes nouvellement infectées par le virus d'immunodéficience humaine (VIH) a doublé en 10 ans. Un nouveau plan sida 2018-2022 a été validé par le ministère de la Santé.

Selon le rapport d'activité du Comité de Surveillance du SIDA, mené par le ministère de la Santé, le nombre de nouveaux cas d'infection au VIH au Luxembourg a explosé en 2016, avec 98 nouveaux patients. Si cette hausse est en partie due à la popularisation, chez les consommateurs de drogue, de l'injection de cocaïne et du partage des aiguilles, les chiffres montrent également une hausse significative des infections par rapport sexuel, qui demeure le mode de contamination principal.

Si les contaminations au VIH par injection de drogue explosent depuis 2013, les rapports sexuels demeurent le mode de contamination le plus répandu.
Si les contaminations au VIH par injection de drogue explosent depuis 2013, les rapports sexuels demeurent le mode de contamination le plus répandu.
Photo: Comité de Surveillance du SIDA

Sur d'autres plans, pour Ainhoa Achutegui, le Luxembourg fait figure de bon élève sur les questions de sexualité. «Nous avons l'une des lois les plus libérales d'Europe concernant l'IVG», rappelle-t-elle.

«L'avortement n'est plus inscrit dans le droit pénal et il n'est plus nécessaire d'apporter des preuves psychologiques: aujourd'hui, il est devenu un réel droit de la femme».

Après une première loi en décembre 2012, qui facilitait les conditions d'accès à l'IVG, une seconde est venue réformer à nouveau les modalités de l'avortement au Grand-Duché en décembre 2014: elle a fait sortir l'IVG du code pénal et fait disparaître la notion de «situation de détresse» auparavant nécessaire à l'intervention.


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