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Sécurité routière: les séquelles des accidentés
Luxembourg 1 5 min. 27.09.2018 Cet article est archivé

Sécurité routière: les séquelles des accidentés

La campagne de prévention commence le 27 septembre, avec l'aide de Carine Nickels, de l'Association des Victimes de la Route.

Sécurité routière: les séquelles des accidentés

La campagne de prévention commence le 27 septembre, avec l'aide de Carine Nickels, de l'Association des Victimes de la Route.
Photo: Ministère du Développement durable et des Infrastructures
Luxembourg 1 5 min. 27.09.2018 Cet article est archivé

Sécurité routière: les séquelles des accidentés

Avec l'aide de Carine Nickels, accidentée de la route et membre de l'Association des Victimes de la Route, le gouvernement entamera fin septembre une nouvelle campagne de prévention en sécurité routière axée sur les séquelles, physiques et psychiques, engendrées par les accidents.

Par Jean Vayssières

«Ça paraît tellement naturel de marcher, de prendre une douche, d'avoir un travail qu'on aime... de prendre le volant», entonne une voix de femme. «Tout paraît naturel oui, mais depuis mon accident de la route, tout paraît compliqué». Ainsi commence le spot de 45 secondes qui sera diffusé dans les cinémas du Luxembourg à partir du 27 septembre. 

Sensibiliser sur les séquelles des accidents de la route

«Soyez responsable sur la route», conclut-il. Il s'inscrit dans une campagne de prévention pour la sécurité routière, qui entend sensibiliser le public sur les «séquelles irréversibles, qu'elles soient physiques, psychiques ou sociales des accidents de la route». Le moyen utilisé: insister sur ces gestes quotidiens, que nous faisons machinalement sans même les remarquer, mais qui deviennent des épreuves lorsqu'un handicap limite nos mouvements. 

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Carine Nickels participe à cette campagne. Membre de l'Association des Victimes de la Route (AVR), elle est tétraplégique depuis six ans. «J'étais assise à l'arrière de la voiture», se souvient-elle. «Le conducteur a pris un virage à gauche en allant beaucoup trop vite, à 100 km/h au lieu de 50». Voilà un an que, grâce à des opérations chirurgicales, elle a retrouvé l'usage de ses mains.

«Le pire, ce n'est pas de ne plus pouvoir marcher, mais tout ce qu'il y a autour», raconte Carine Nickels. «Mon fauteuil, il m'amène là où je veux aller. Mais tous les matins il y a quelqu'un qui me lève, me lave, m'habille. Sans même pouvoir m'y habituer, puisque le personnel change constamment. Le soir c'est la même chose. C'est de cela que je parle dans le clip de prévention: la perte d'autonomie et d'intimité». 

Son conseil aux automobilistes: «faire ce que dit le slogan de la campagne. Être responsable sur la route. Se tenir aux règles, ne pas utiliser son téléphone, prendre garde aux personnes qui prennent le volant, respecter les limites de vitesse... C'est comme un récipient: dans un verre de 50ml, on ne fait pas rentrer 100ml. Ça ne fonctionne pas». 

Une campagne choc pour marquer les esprits

La campagne à venir joue sur le choc des images et fait vibrer la corde de l'émotion, pour choquer et marquer tous les usagers de la route: résidents et frontaliers, quatre roues, deux roues et piétons. Une stratégie justifiée ? «Très clairement», estime Carine Nickels. «Elle est choquante: moi-même, elle me choque un peu, malgré le fait que je sois dedans. Mais par rapport à la violence qu'on voit partout, dans les films, les journaux télévisés... je pense qu'elle pourrait même être encore plus cash». 

François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures, raconte avoir assisté à de nombreuses réunions en présence de membres de l'AVR, qui lui ont toujours expliqué qu'il fallait sensibiliser les gens à propos des blessés graves. «On parle souvent des morts sur la route, mais trop peu de ces gens, de leurs séquelles et de leurs traumatismes», explique-t-il.

De ce constat est née cette campagne, qui durera trois semaines et inclura, en plus du spot cinéma, des spots TV, des panneaux routiers et publicitaires, des affichages sur les autobus ou encore une diffusion sur les écrans des trams. 

«L'humain n'est pas parfait», rappelle François Bausch. «Il est toujours susceptible de faire une erreur et, quand on est dans sa voiture, on n'est pas toujours conscient des risques que cela implique. C'est normal: l'humain est aussi le champion pour effacer les choses négatives de son esprit». 

Lui aussi estime qu'une campagne choc fonctionne mieux que d'autres stratégies. «À titre personnel, je suis plus touché par quelque chose qui joue sur l'émotion que par une bête liste des dangers de la route», confie-t-il. 

Bausch défavorable à une baisse de la limitation 

Entre 2016 et 2017, au Luxembourg, les victimes tuées sur la route ont diminué de 22%, passant de 32 à 25 personnes. En parallèle, les blessés graves ont augmenté de 3%, augmentant de 249 à 256 personnes. Tout cela s'inscrit toutefois au sein d'une baisse généralisée, orchestrée par «l'instauration du permis à point, mais aussi la mise en place des radars automatiques», selon le ministre, qui précise que «l'évolution de la technologie automobile joue également». 

De 70 tués et 352 blessés graves en l'an 2000, le Luxembourg a enregistré, en 2017, 25 tués et 256 blessés graves. En route pour l'objectif de 2020: descendre jusqu'à 16 tués et 133 blessés graves, avant de poursuivre année par année vers le zéro. 

Avec quelles mesures supplémentaires? François Bausch n'est pas très favorable au modèle français, qui a instauré la limitation à 80 km/h depuis le 1er juillet 2018. «Je ne sais pas si c'est une bonne idée de généraliser les 80 km/h», doute-t-il. «Il est plus important de se concentrer sur les points noirs plutôt que de mettre ça en place sur des routes qui ne posent pas trop de problèmes: baisser la vitesse et mettre en place un radar, pour sécuriser une portion particulièrement dangereuse». 

Carine Nickels a également eu vent de cette réforme impopulaire de l'autre côté de la frontière et, bien qu'elle n'y soit pas forcément favorable, son avis est moins nuancé. «Dix kilomètres par heure, ça ne vous fera pas même perdre 5 minutes» conclut-elle. «Et peut-être que si on tapait un peu plus fort dans le portefeuille des gens, ils réagiraient».

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