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Sectes à la Commission européenne : Un contrôle défaillant des dérives sectaires
D'après le gouvernement, "le ministère de la Justice ne dispose pas d'une base de données répertoriant des sectes et n'a pas d’information à l'heure actuelle sur des dérives sectaires".

Sectes à la Commission européenne : Un contrôle défaillant des dérives sectaires

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D'après le gouvernement, "le ministère de la Justice ne dispose pas d'une base de données répertoriant des sectes et n'a pas d’information à l'heure actuelle sur des dérives sectaires".
Luxembourg 4 min. 21.11.2017

Sectes à la Commission européenne : Un contrôle défaillant des dérives sectaires

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Commission européenne, syndicat et gouvernement se renvoient la balle concernant la présence d'une secte dans des formations de fonctionnaires européens. Qui surveille les dérives sectaires au Luxembourg? Comment est-il possible que l'attention de la Commission ait été déjouée par "Méditation transcendantale - Maharishi Mahesh Yogi"?

Par Virginie Orlandi

Commission européenne, syndicat et gouvernement se renvoient la balle concernant la présence d'une secte dans des formations de fonctionnaires européens. Qui surveille les dérives sectaires au Luxembourg? Comment est-il possible que l'attention de la Commission ait été déjouée par "Méditation transcendantale - Maharishi Mahesh Yogi"?

La formation de gestion du stress organisée durant le mois d'octobre à la Commission européenne par le syndicat "Solidarité européenne" a fait réagir plusieurs fonctionnaires interpellés par la méthode scientifique présentée alors et qui s'apparente aux préceptes de la "Méditation transcendantale - Maharishi Mahesh Yogi", une secte référencée en France et en Belgique et identifiée au Luxembourg.

D'après le gouvernement, "le ministère de la Justice ne dispose pas d'une base de données répertoriant des sectes et n'a pas d’information à l'heure actuelle sur des dérives sectaires. De plus, il n'a pas non plus été saisi de plaintes ou doléances de la part de citoyens concernant des sectes", explique Marie-Anne Ketter, premier Conseiller de gouvernement.

En 1993, une commission diocésaine a été créée au sein de l'Eglise catholique par Mgr Franck afin de recenser et d'étudier les nouvelles croyances et les nouveaux mouvements religieux. "Nouvelles religiosités et Evangélisation" bien que n'étant pas un "chasseur de sectes" serait donc la seule  à surveiller et étudier les possibles dérives sectaires dans le pays.

L'organisme a d'ailleurs repéré "Méditation transcendantale - Maharishi Mahesh Yogi" depuis longtemps.

"En 1993, la question des "sectes" était davantage à l'ordre du jour", explique Paul Goerens, responsable de la commission diocésaine, "Certains groupes arrivés au Luxembourg au cours des années 60 et 70 étaient plus en vue qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les associations se rattachant à la Méditation transcendantale ont été ensuite dissoutes mais il y a quelques années, un nouveau groupe a été constitué par d'autres personnes. Je n'ai pas d'informations au sujet de leurs activités. Cependant, je sais que les Témoins de Jéhovah sont toujours importants dans le pays", conclut l'homme d'Eglise.

"Le portail national public n'est pas une secte"

La société qui a presté la formation à la Commission européenne est-elle directement liée à la secte? L'opacité autour des activités de "Méditation transcendantale - Maharishi Mahesh Yogi" demeure et le syndicat "Solidarité européenne" estime avoir été berné.

"Nous sommes également victimes dans cette histoire", débute le président du syndicat, Emilio Di Meglio , "nous avons proposé ce cycle de conférences en toute bonne foi et à aucun moment nous n'avons fait le rapprochement avec une quelconque secte. A l'avenir, nous redoublerons de prudence dans le choix de nos thèmes".

Depuis plusieurs années, ce syndicat organise des conférences de midi afin de promouvoir le bien-être au travail et choisit les thèmes abordés en fonction des besoins des adhérents.

"C'est dans ce cadre-là que nous avons organisé une conférence sur la méditation en tant que technique de gestion du stress", poursuit-il, "La séance était animée par un orateur appartenant à une société légalement reconnue au Luxembourg et inscrite sur le portail lifelong learning de l'Institut national pour le développement de la formation professionnelle continue.  Nous ne disposons pas d'information comme quoi cette société ou ce portail national public soient une secte".

Emilio Di Meglio ignorait cependant que durant le cycle de conférences, des plaquettes faisant l'apologie de Maharishi Mahesh Yogi et de sa méthode scientifique ont été distribuées.

Du côté de l'Institut national pour le développement de la formation professionnelle continue, la formation qui a été proposée à la Commission européenne n'apparaît pas dans le catalogue de lifelong learning.

"Parmi nos 9.300 formations, 34 sont offertes par la société qui est intervenue à la Commission européenne. Cependant, le contenu qui a été présenté là-bas et portant sur la méditation transcendentale ne figure pas sur notre portail", note le directeur de l'institut, Dominique Matera, "Nous allons néanmoins nous intéresser de plus près aux formations proposées par cette entreprise de sorte que ce qui s'est passé à la Commission européenne ne se produise pas sur notre portail de formations".

"Ce n'est pas à nous d'informer le public"

Pour "Nouvelles Religiosités et Evangélisation", recenser les nouveaux mouvements religieux est compliqué car il n'est pas toujours aisé de les repérer.

"Le cas le plus facile est celui des groupes qui se constituent en associations", poursuit l'abbé Goerens, "De plus, il y a des groupes qui se créent et d'autres qui disparaissent. Pour ce qui est des groupes organisés chrétiens, on en recense une quarantaine. Quant aux nouvelles croyances, il est nettement plus difficile sinon impossible de les quantifier. La frontière entre une offre de bien-être et un aspect proprement religieux est souvent floue. Pour nous, il n'est pas aisé d'informer le public sur les dérives sectaires. Il faut rappeler que ce n'est pas notre mission première", rappelle Paul Goerens.

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