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Mondorf met son nez dans le covid long
Luxembourg 5 min. 03.08.2021
Santé

Mondorf met son nez dans le covid long

A chaque bâtonnet son odeur. Au patient d'identifier la bonne "flaveur".
Santé

Mondorf met son nez dans le covid long

A chaque bâtonnet son odeur. Au patient d'identifier la bonne "flaveur".
Photo : Chris Karaba
Luxembourg 5 min. 03.08.2021
Santé

Mondorf met son nez dans le covid long

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
A partir du 16 août, le domaine thermal accueillera des patients ayant perdu le goût ou l'odorat après une contamination covid. Une rééducation va leur être proposée pour retrouver le plaisir de déguster et sentir.

Pour certains, cela n'a été qu'une question de jours. Pour d'autres, d'une semaine ou d'un mois au plus. Mais, aujourd'hui, nombre de personnes infectées par le covid-19 peinent encore à retrouver goût et/ou odorat. Deux sens que le virus leur a pris. «Ne plus retrouver le fonctionnement normal de son nez ou de son palais fait désormais partie des symptômes reconnus par la médecine comme signe d'un covid long», témoigne Lis Muller. 


L'amertume d'une vie sans goût ni odeur
La perte d’odorat toucherait «entre 47 et 88%» des personnes atteintes du covid-19. Si elle n'est que passagère dans la grande majorité des cas, cette anosmie perdurerait en revanche plusieurs mois chez certains patients.

C'est elle qui va encadrer, au domaine thermal de Mondorf, le programme de rééducation olfactive conçu pour les patients qui, longtemps après leur contamination, ne savent toujours pas distinguer le parfum des roses ou le goût des haricots. Et déjà les premiers patients sont attendus pour la première session. A partir de la mi-août, en session de groupe ou individuellement à la maison, tous se lanceront pour 21 jours de «re-sensibilisation». 

«Cela ne signifie pas qu'au bout des trois semaines, tout le monde sera guéri. Loin de là», prévient d'avance la responsable du service nutrition du domaine. «Des études du Pr Hummel montrent qu'après un entraînement olfactif de 12 semaines, on voit des améliorations. Si l’entraînement olfactif dure 32 semaines, les effets sont encore plus nets. Jusqu'à 79% d’amélioration.» Retrouver le goût et l'odorat est donc avant tout une question de motivation, de patience... et de persévérance.

«Car il va y avoir des ateliers ici pendant 21 jours, mais surtout toute une série de petites choses à poursuivre chez soi ensuite», note Lis Muller. Pendant le programme, les patients recevront quelques notions de sciences naturelles («pour bien savoir ce qui s'est passé dans leur corps»). Ensuite, entre séances de kiné ou d'hydrothérapie mais aussi entretiens avec un psychologue ou cours sur l'alimentation, le chemin de l'amélioration sensorielle empruntera diverses voies.

Autant de chemins dont Lis Muller a appris les bienfaits à l'occasion d'une formation à la clinique universitaire de Dresde. En Allemagne, elle a pu assister à des consultations, à des séances de rééducation olfactive, appris les pièges à éviter («Non, manger plus, plus gras ou plus sucré n'accélère pas le processus pour retrouver le goût»), a échangé autour des perturbations que peut finir par avoir cette perte brutale et incompréhensible de repères sensoriels qui donnent tout son piment à la vie.

Dans le jardin des saveurs, même l'amertume prend racine. Il suffit de goûter...
Dans le jardin des saveurs, même l'amertume prend racine. Il suffit de goûter...
Photo : Chris Karaba

«A défaut d'apprécier ce qui leur est servi, certains perdent l'appétit. D'autres ont des réactions de peur, car sentir était leur façon d'appréhender des risques. Sans un nez, système d'alarme, comment détecter l'odeur du brûlé, du gaz ou celles des aliments périmés même? Quelques-uns sont comme désorientés en ne retrouvant plus les odeurs familières de leur environnement, de leurs proches.» D'où au-delà de la récupération physique du goût et de l'odorat, tout un travail mené avec un psychologue le long de la rééducation. 

Un goût ou une odeur, c'est aussi une partie de notre mémoire

Lis Muller

«Parce qu'il faut aussi être fort ou réconforté quand un jour vous retrouvez une sensation qui disparaît le lendemain, ou quand vous percevez une saveur mais que vous n'arrivez pas à l'associer au bon ingrédient.» De l'importance d'ailleurs de se retrouver avec autour de soi des personnes qui traversent la même expérience, subissent la même épreuve. 

A chacun, au début des trois semaines in situ, il sera remis un kit. Avec quatre sticks à l'intérieur. A charge pour tout le monde de régulièrement humer l'odeur des stylets et identifier les parfums sur une carte des «flaveurs». Alors plutôt épicée ou florale cette odeur? Sulfurée ou herbacée? Fruitée ou terreuse? Petit à petit, pendant mais surtout après le programme, l'identification doit revenir et les souvenirs associés aussi. «Car un goût ou une odeur, c'est aussi une partie de notre mémoire.»

Sans compter que toute une série de mini-tests à faire chez soi, avec des ingrédients de son quotidien seront aussi proposés. A charge au bout du compte au centre hospitalier de Luxembourg de reprendre contact avec les patients pour noter les améliorations, succès ou déceptions enregistrés. 

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WO fr , Rehazenter , Long Covid , ITV Dr Schütz , Directeur , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
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