Changer d'édition

Revers juridique pour la préservation du patrimoine
Luxembourg 3 min. 13.08.2020 Cet article est archivé

Revers juridique pour la préservation du patrimoine

La loi sur la protection des bâtis remarquables de Sam Tanson tarde à faire ses preuves. La ministre de la Culture l'a pourtant déposée voilà un an.

Revers juridique pour la préservation du patrimoine

La loi sur la protection des bâtis remarquables de Sam Tanson tarde à faire ses preuves. La ministre de la Culture l'a pourtant déposée voilà un an.
Luxembourg 3 min. 13.08.2020 Cet article est archivé

Revers juridique pour la préservation du patrimoine

Le ministère de la Culture vient de perdre son bras de fer contre une propriétaire de Beckerich qui souhaitait abattre une ferme témoin de l'architecture rurale du XIXème siècle. Si le Luxembourg construit beaucoup, il peine toujours à protéger ses immeubles anciens.

(pj avec Yannick Lambert) La préservation du patrimoine bâti est une cause qui fait parler d'elle ces derniers temps. Ainsi, une récente pétition publique à ce sujet a-t-elle obtenu plus de 5.300 soutiens, de quoi lui permettre de faire l'objet d'un prochain débat public à la Chambre. Mais aussi juste soit la cause, elle connaît parfois des revers. Comme celui que vient d'enregistrer le ministère de la Culture. 

Ainsi, les services de Sam Tanson, viennent-ils de perdre une bataille juridique sur un bâtiment de caractère que sa propriétaire souhaitait détruire. Il s'agissait d'une vieille ferme, à Beckerich, inoccupée depuis longtemps, ne disposant ni de chauffage, ni d'électricité et dont l'état devenait préoccupant. La demande du permis de démolition remonte à juillet 2018. Un choix que le ministère de la Culture contestait. Car même si l'édifice était bien à l'état d'abandon, sa valeur historique méritait que le bâti soit conservé. Le 22 juillet, la cour de justice a finalement donné raison à la propriétaire, rejetant les arguments des services de l'Etat.


Lokales, Häuser unter Denkmalschutz, Abriss, rue Mühlenbach, place d'Eich Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Conserver le patrimoine architectural à tout prix
Alors que l'urbanisation bat son plein, les défenseurs du bâti ancien tirent la sonnette d'alarme afin d'éviter toute démolition massive et irrémédiable. Si la pétition remporte un franc succès, cet engouement n'est pas au goût de tous, y voyant un autre aspect : celui des coûts engendrés.

Voilà un nouvel exemple que la loi actuelle sur la préservation du patrimoine, datant de 1983, est loin d'être efficace. Le mois dernier encore, près de Steinsel, une grange du XVIIe siècle avec des éléments de la Renaissance a été démolie. Et les protestations locales n'y ont rien changé... Pourtant, voilà bientôt un an, Sam Tanson a présenté un projet de loi visant à préserver les sites à valeur de témoignage historique du Luxembourg. 

Les uns ont salué le texte, quand d'autres l'ont trouvé trop restrictif en matière de possibilité de raser des anciens bâtiments pour en construire de nouveaux. Un avis partagé notamment par le Syndicat des communes, le Syvicol. La loi prévoit aussi la mise en oeuvre d'un inventaire national complet, par exemple. Un référencement du bâti méritant conservation qui serait établi par des architectes et des historiens de l'art. Outil dont bien des pays européens sont déjà dotés soit dit en passant. 


Les archéologues sur le terrain des promoteurs
Faire intervenir plus systématiquement des chercheurs avant que les terrains ne se muent en constructions: telle est la volonté d'un projet de loi porté par le ministère de la Culture. Aux aménageurs immobiliers de s'adapter.

Aujourd'hui, les conseils communaux établissent leurs propres inventaires, ce qui leur donne beaucoup de pouvoir en matière de protection des bâtiments historiques. Mais à la vérité, nombre d'entre eux n'ont pas montré beaucoup d'intérêt pour cette activité ou n'ont tout simplement pas les moyens d'assumer ce rôle. 

Pour le cas de Beckerich qui vient d'être jugé, les élus avaient d'abord refusé la démolition de la vieille ferme. Ils avaient contacté à ce sujet le Service des sites et monuments.

L'affaire de Beckerich était même remontée jusqu'à Xavier Bettel, alors ministre de la Culture. Il avait alors déclaré à la propriétaire que son bien figurait sur une liste de bâtiments protégés. Pas de quoi faire changer d'avis à l'intéressée, qui un peu plus tard, a donc contesté le décret ministériel signé par Sam Tanson qui réclamait de stopper la démolition. Le bâtiment «témoigne du passé rural» de Beckerich,  déclarait alors la ministre vantant l'architecture «caractéristique du style rural relativement sobre de la fin du XIXème siècle».

Des arguments qui n'ont pas convaincu les magistrats, le tribunal déclarant que le gouvernement n'avait fait que «répéter des déclarations générales», et annulant le décret ministériel en faveur de la propriétaire.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Prenez cinq tours d'une usine sidérurgique, confiez-les à Alain Welter, attendez deux mois et vous verrez... Le grapheur a ainsi été invité à signer une création XXL au-dessus des installations d'ArcelorMittal.
Mit seinen Illustrationen, die die Geschichte des Minettes erzählen, möchte Alain Welter die Einwohner direkt ansprechen. Anhand des „Minettsdapp“ ist ihm das bereits gelungen.
D'ici 2023, le siège historique du groupe Post au cœur de la capitale abritera boutiques, hôtel, restaurant, salle de fitness et espaces de coworking. Le projet sera cofinancé puis exploité par Artea. Mais pour les aménagement pas question de nuire à ce fleuron du patrimoine.
Surtout, il ne sera pas question de toucher à la façade style Renaissance dont les pierres proviennent de deux carrières luxembourgeoises.
Le site de Moselle croit en ses chances alors que son vestige de la sidérurgie a été choisi pour représenter le Grand Est dans l'émission de France 3, "Le Monument préféré des Français"
L'îlot gastronomique abritant le «Chiche!» s'est évanoui au creux de la route d'Esch. Cinq maisons vont être arrachées d '«ici la fin de l'année» pour laisser place à un immeuble de cinq étages. C'est l'un des nombreux chantiers qui vont repeupler la porte de Hollerich.