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Retour sur deux ans de pandémie aux soins intensifs
Luxembourg 5 min. 13.03.2022 Cet article est archivé
Pandémie au Luxembourg

Retour sur deux ans de pandémie aux soins intensifs

«La deuxième vague était assez agressive avec beaucoup de travail et de personnes en soins intensifs», souligne Alex Meyers.
Pandémie au Luxembourg

Retour sur deux ans de pandémie aux soins intensifs

«La deuxième vague était assez agressive avec beaucoup de travail et de personnes en soins intensifs», souligne Alex Meyers.
Photo: AFP
Luxembourg 5 min. 13.03.2022 Cet article est archivé
Pandémie au Luxembourg

Retour sur deux ans de pandémie aux soins intensifs

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Le 13 mars 2020, le pays recensait le premier décès lié au covid. Alex Meyers, responsable adjoint du service soins intensifs des Hôpitaux Robert Schuman, revient sur les deux ans de pandémie et la prise en charge des patients.

Le 13 mars 2020, le Luxembourg recensait le premier décès lié au covid (une personne âgée de 94 ans), soit deux semaines après le premier cas positif au virus enregistré au Grand-Duché (29 février 2020). Cette semaine, la barre symbolique des 1.000 décès a été franchie. Selon le dernier bilan des décès de la Santé publié vendredi, le pays enregistre 1.004 victimes depuis mars 2020. «C'est l'un des premiers chiffres que je regarde tous les jours», indiquait la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) début mars en annonçant la levée quasi totale des mesures sanitaires.


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Alex Meyers, responsable du service de réanimation des Hôpitaux Robert Schuman, revient sur les deux ans de pandémie de covid et sur comment son service a dû s'adapter au fil des mois. 

Quel souvenir gardez-vous du début de la pandémie au Luxembourg ?

Alex Meyers: - «On ne connaissait pas encore l'envergure de la pandémie, nous n'avions pas encore d'expérience par rapport à une telle situation. Nous ne savions pas encore à quoi il fallait s'attendre, c'était difficile à évaluer.

Comment est-ce que vous vous êtes adapté?

«On s'est préparé avec les connaissances qu'on avait, surtout au niveau technique, du soin et médical aussi. Avec les premiers cas qui arrivaient, nous avons vite remarqué une surcharge de travail et que les patients étaient très difficiles à gérer. 

Alex Meyers, responsable du service réanimation aux Hôpitaux Robert Schuman.
Alex Meyers, responsable du service réanimation aux Hôpitaux Robert Schuman.
Photo: privé

On a donc constaté qu'il n'était plus possible de travailler comme avant. Avec cinq ou dix patients covid, il faut travailler avec des zones covid pour éviter d'enlever et de remettre à chaque fois nos blouses. Des portes techniques ont aussi été installées, on a beaucoup improvisé au début pour trouver le bon chemin pour gérer de la crise.

Vous avez ensuite appris davantage du virus ?

«On a appris qu'il y a des vagues qui arrivent et puis ça devient plus tranquille. Nous étions flexibles avec la taille de la surface des zones covid. Quand la vague était terminée et que nous étions dans la phase 1 ou 2, nous avons réduit la zone en soins intensifs et avec l'arrivée d'une nouvelle vague nous avons agrandi la zone pour l'isolement des personnes. Au fil des semaines et des mois, nous avons essayé de trouver un système assez flexible. On a aussi appris à gérer les pics de surcharge de travail.

Vous considérez avoir eu assez de personnel et de matériel dès le départ ?

«Oui, mais on ne savait pas trop ce qui nous attendait. On a près de 75 infirmiers dans le service et 22 lits de réanimation, dont 14 pour des patients covid. Nous avons remarqué qu'il fallait toujours un minimum d'infirmiers spécialisés. C'est très important de gérer peut-être autrement les ressources en ayant notamment plus de soignants venant du Luxembourg pour être moins dépendant des pays voisins et plus investir ici.

Nous avons vu aussi que ça pouvait vite poser problème si une partie de notre personnel tombe malade, on arrive vite à nos limites, y compris mentales. Il ne faut pas enlever les postes créés pendant la pandémie trop vite, c'est très important! Les personnes sur le terrain ont peur que la pandémie soit un peu trop vite oubliée.


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La deuxième vague était assez agressive avec beaucoup de travail et de patients en soins intensifs. Beaucoup de personnes sont impliquées, il y a les médecins, tous les services techniques comme la radio ou les endoscopies, et toutes ces personnes doivent avoir un matériel de protection. On en avait assez, je dois dire que nous étions bien soutenus par notre ministère et que ça a bien marché.

Après deux ans de pandémie, quel est l’état d'esprit des soignants ? La fatigue ?

«Ils sont vraiment fatigués. Pour l'instant, c'est bien qu'on arrive à se reposer. Il y a toujours la peur que ça recommence, parce qu'on ne sait toujours pas ce qui vient. Ça tourne dans la tête tout le temps. Par rapport au reste de la population, on a vécu la pandémie de l'autre côté, donc ça change. Ici, on n’a vu que les choses graves. 


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Y a-t-il eu de nombreux décès liés au covid dans vos services ?

«On avait beaucoup de décès ici aussi. C'était surtout au moment où le virus circulait dans les maisons de soins. On avait alors naturellement de nombreuses entrées avec des patients très âgés. On savait alors déjà dès le début qu'ils n'avaient pas une grande chance de survie. C'était assez dur, on a tout essayé, mais si on n’arrive plus, on n’arrive plus. C'est clair que le ratio de décès est monté assez vite aussi chez nous.

La vaccination a-t-elle permis de réduire la pression sur vos services ?

«D'abord, c'était bien pour le moral, je trouve. Et s'il n'y avait pas eu de vaccination, la première vague delta aurait pris à mon avis une autre envergure. On a bien remarqué que le passage en soins intensifs a diminué fin 2021.

Vous trouvez que le gouvernement a raison d'alléger les mesures ?

«C'est difficile à dire pour moi. C'est plus tranquille au niveau du virus. La pandémie est très difficile à gérer, car le virus change aussi. Et ça peut changer dans deux, trois semaines s'il y a un nouveau variant qui arrive. Il faut aussi rester flexible avec les mesures à mon avis, c'est-à-dire de pouvoir revenir sur celles-ci.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la population ?

«Il faut peut-être commencer à vivre de nouveau de manière plus normale, si on peut le faire. Pour l'instant, c'est possible avec le variant actuel. On aura plus de liberté, mais qu'on n'oublie pas trop vite que ça peut changer et qu'il ne faut pas rater le moment où il faut freiner de nouveau. On est donc de nouveau sur cette question de ''flexibilité'' pour tout le monde.»  

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