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Restaurants sociaux: «Le nombre de repas servis explose !»
Luxembourg 5 min. 31.01.2019

Restaurants sociaux: «Le nombre de repas servis explose !»

Restaurants sociaux: «Le nombre de repas servis explose !»

Photo: Photo: Alain Piron
Luxembourg 5 min. 31.01.2019

Restaurants sociaux: «Le nombre de repas servis explose !»

Maurice FICK
Maurice FICK
Les files s'allongent devant les restaurants sociaux de la Stëmm vun der Strooss. «On a servi 50 repas de plus par jour en janvier», assure le chef du restaurant social de Hollerich. A Luxembourg comme à Esch-sur-Alzette «le nombre de repas servis a explosé de 66% en trois ans», alarme la directrice. La Stëmm veut recruter un cuisinier grâce... à des dons.

Chômeurs de longue durée, sans-abri, jeunes en difficulté, demandeurs d'asile, toxicomanes ou momentanément dans une impasse. Ils sont près de 4.000 à Luxembourg et près de 1.170 à Esch-sur-Alzette à avoir passé, régulièrement ou de temps en temps, la porte du restaurant social de la Stëmm vun der Strooss, en 2018. Au total, 510 personnes de plus qu'un an auparavant sont venues demander de l'aide pour pouvoir manger un repas chaud.

En réalité, les personnes en détresse sont bien plus nombreuses à venir manger dans les deux restaurants sociaux de la Stëmm. Car la soupe et le sandwich, tout comme l'eau et le café, y sont servis gracieusement. Le repas, servi chaud, coûte 50 cents. La caisse du jour permet de les compter.

Dès 11h30, le restaurant social de la Stëmm à Luxembourg-Hollerich est pris d'assaut. L'assiette chaude y est servie pour 50 cents.«Mais tout le monde ne les a pas», commente Thilo Umbach, le chef cuisinier.
Dès 11h30, le restaurant social de la Stëmm à Luxembourg-Hollerich est pris d'assaut. L'assiette chaude y est servie pour 50 cents.«Mais tout le monde ne les a pas», commente Thilo Umbach, le chef cuisinier.
Photo: Alain Piron

Alors qu'ils sont déjà une vingtaine à faire la queue sur le pas de la porte enneigé de la rue de la Fonderie à Luxembourg-Hollerich ce jeudi vers 10h30 -soit une heure avant l'ouverture des portes- Thilo Umbach, 52 ans, cuisinier en chef du restaurant social, témoigne: «Normalement à cette période de l'année, on sert entre 180 et 200 repas par jour. Là, on est à 50 repas de plus par jour depuis le début de l'année!»

«Il y a urgence!»

«Nous sommes toujours plein. Il y a rarement des tables de libre. Aujourd'hui on arrive à faire manger tout le monde. Mais il n'en faudrait pas beaucoup plus...», glisse Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm vun der Strooss, en voyant la file qui enfle devant la vitrine de la cantine embuée. S'il est inexpliqué pour ce début 2019, cet engouement inattendu prend des proportions dont elle-même est surprise et lui font dire qu'«il y a urgence!»

«Le nombre de repas servis dans nos restaurants sociaux d'Esch-sur-Alzette et de Hollerich a explosé de 66% en trois ans! De 64.996 repas servis en 2015, on est passé à 107.918 repas l'an passé», pose Alexandra Oxacelay en soulevant ses sourcils pour appuyer son propos.

Ils ont attendu dehors dans la neige et ont hâte d'ingurgiter une assiette équilibrée. Ce sera, pour la plupart d'entre eux, le seul repas chaud de la journée.
Ils ont attendu dehors dans la neige et ont hâte d'ingurgiter une assiette équilibrée. Ce sera, pour la plupart d'entre eux, le seul repas chaud de la journée.
Photo: Alain Piron

L'augmentation est encore plus nette dans le seul restaurant de Hollerich: «Entre 2015 et 2018, la progression est de 72%, puisque de 45.722 repas préparés, nous sommes passés à 78.704 repas» a calculé la directrice. Un triste record pour l'institution qui a fêté ses vingt ans d'existence en 2016. Mais une véritable prouesse quotidienne pour les équipes en cuisine.

Si les sandwiches sont préparés par les petites mains du «Stëmm Caddy», l'atelier de réinsertion professionnelle de l'asbl à Bonnevoie luttant activement contre le gaspillage alimentaire, les repas chauds sont tous élaborés, en cuisine à Hollerich.

Des dons pour avoir un 5e cuisinier

Dès 8h30, on s'active en cuisine. «Près de 250 kg de nourriture sortent d'ici par jour. Les repas sont toujours préparés pour le lendemain et en fonction de ce qu'on nous donne. Aujourd'hui, par exemple, nous servirons trois sortes de viande», explique Thilo Umbach. Les kilos de fromage blanc offert hier par Auchan, sont déjà en cours de malaxage avec les œufs. Romain, pâtissier volontaire à la retraite, prépare des tartes au fromage pour demain.

Thilo Umbach, chef-cuisinier au restaurant social de Hollerich: «16 personnes font partie de l'équipe en cuisine et nous devons au moins être 9 pour que tout fonctionne. Le but est de permettre à ces personnes de revenir sur le premier marché de l'emploi».
Thilo Umbach, chef-cuisinier au restaurant social de Hollerich: «16 personnes font partie de l'équipe en cuisine et nous devons au moins être 9 pour que tout fonctionne. Le but est de permettre à ces personnes de revenir sur le premier marché de l'emploi».
Photo: Alain Piron

Pour l'ensemble de ses ateliers d'aide et de réinsertion, où elle tente de remettre le pied à l'étrier du premier marché de l'emploi aux personnes moins bien loties, la Stëmm emploie quatre cuisiniers professionnels. Elle vient de lancer une collecte de dons via la plateforme de crowdgiving Gingo pour financer le salaire à mi-temps d'un 5e cuisinier devenu indispensable.

«On espère collecter 30.000 euros pour financer le salaire d'un cuisinier qui puisse travailler pendant 20 heures par semaine durant un an», résume la directrice de la Stëmm, plutôt déçue du peu d'écho que l'opération déclenchée le 24 décembre, a eu jusqu'ici au Luxembourg.

En 39 jours et avec le soutien du tennisman Gilles Muller (sa vidéo a été vue 124.000 fois!) et du basketteur Rocky, la collecte se monte à 4.675 euros. C'est peu en comparaison des 35.000 euros que Gingo était parvenu à mobiliser en sept semaines au printemps 2018 pour financer un four professionnel pour le même restaurant social. L'opération court jusqu'au 16 février 2019.

«L'Etat ne peut pas tout payer»

Mais pourquoi, la directrice ne fait-elle pas appel à son ministère de tutelle -le ministère de la Santé- pour financer un 5e cuisinier à mi-temps? «Parce que l'Etat ne peut pas tout payer, il y a beaucoup de besoins dans le social», répond Alexandra Oxacelay qui connaît bien son chantier.

Sans faire de «marketing agressif» et en se refusant clairement de faire du porte-à-porte, la directrice de la Stëmm «veut prouver qu'il y a moyen de faire plus avec d'autres moyens que le budget de l'Etat. C'est comme cela que nous avons développé la Stëmm ces vingt dernières années», pose-t-elle sur la table, un brin de fierté, à peine perceptible, dans sa voix de fonceuse.

Une grande question reste ouverte cependant. Alors que d'ordinaire l'«Action Hiver» gouvernementale a pour effet de faire baisser la fréquentation des restaurants sociaux de la Stëmm vun der Strooss, il n'en est rien en ce début 2019. Qu'en sera-t-il le 1er avril, lorsque l'Action Hiver sera pliée? «Allons-nous crever le plafond?», s'interroge Thilo Umbach en cuisine.


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