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La participation citoyenne, une «arme contre le populisme»
Luxembourg 1 4 min. 21.06.2021
Renouveau démocratique

La participation citoyenne, une «arme contre le populisme»

Pour Raphaël Kies, chercheur à l'Uni, les efforts entrepris à Dudelange s'inscrivent dans une tendance lourde, vouée notamment à contrebalancer la tendance «à la simplification et à la diffusion de fake news».
Renouveau démocratique

La participation citoyenne, une «arme contre le populisme»

Pour Raphaël Kies, chercheur à l'Uni, les efforts entrepris à Dudelange s'inscrivent dans une tendance lourde, vouée notamment à contrebalancer la tendance «à la simplification et à la diffusion de fake news».
Photo: Claude Piscitelli
Luxembourg 1 4 min. 21.06.2021
Renouveau démocratique

La participation citoyenne, une «arme contre le populisme»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Tendance lourde observée un peu partout en Europe, le développement des processus visant à engager les résidents dans la prise de décision politique débute au Luxembourg. Pour Raphaël Kies, chercheur à l'Uni, ce phénomène répond à une «vraie demande» des citoyens et des politiques.

Quasi inexistante au Luxembourg jusqu'à récemment, l'implication directe des citoyens dans le processus de décision se développe de plus en plus. Dans quelle logique ce mouvement s'intègre-t-il?

Raphael Kies, chercheur à l'Uni - «Il existe à l'heure actuelle une vraie demande d'une plus grande participation, aussi bien de la part des citoyens que des responsables politiques. D'un côté, ces derniers se rendent compte que les choses évoluent et qu'ils ne peuvent plus se contenter d'uniquement accomplir leur mandat mais qu'ils doivent impliquer la population. Et de l'autre, les citoyens ne cachent plus leur volonté d'agir davantage pour faire évoluer leur quotidien. 

Si cette tendance est une tendance généralisée en Europe, elle prend un sens particulier au Luxembourg où la moitié de la population résidente ne peut pas voter. De plus en plus de voix s'élèvent donc pour trouver des canaux d'expression autres que les élections, facilités en cela par l'utilisation des nouvelles technologies qui facilitent le recours à des processus participatifs.

Quelles motivations poussent désormais les citoyens à vouloir s'engager davantage? A quel mouvement cette tendance vient-elle s'opposer?

«C'est peut-être une réponse à des formes de populisme parce que les bons processus participatifs visent à engager les citoyens de manière informée, réfléchie et de les confronter à une diversité d'opinions. Et c'est peut-être la meilleure réponse et l'arme la plus efficace contre l'autre grande tendance rencontrée actuellement, à savoir la simplification et la diffusion de fake news via les réseaux sociaux.

Raphaël Kies, chercheur à l'Uni.
Raphaël Kies, chercheur à l'Uni.
Photo: Claude Piscitelli

Comment éviter que seuls quelques-uns n'accaparent cet outil et qu'une majorité silencieuse n'apparaisse?

«C'est la grande question pour permettre la mise en place d'un processus inclusif qui implique aussi des citoyens qui, d'habitude, ne s'intéressent pas à la politique. Pour moi, il est important de mettre en place des modes de sélection qui permettent de représenter la diversité socio-démographique du pays mais aussi des opinions pour entendre des voix qu'on n'entend généralement pas. Et donc, cela peut passer notamment par des invitations personnelles ou un tirage au sort. Je peux aussi m'imaginer que les volontaires soient rémunérés pour leur action, en forme de reconnaissance de leur travail.


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A 50 ans, Didier Lejeune, ouvrier du bâtiment, appartient depuis septembre 2019 au Conseil citoyen instauré au sein de la communauté germanophone de Belgique. Une instance composée de citoyens chargée de proposer des idées concrètes pour lutter contre «le désenchantement de la politique».

Si vous indiquiez que les responsables politiques sont aussi demandeurs de ce type de processus, quelles sont les motivations profondes?

«Il y a bien sûr le besoin de légitimer les décisions prises en tentant d'inclure le plus possible les citoyens. Mais il ne faut pas oublier que les élus sont aussi dépendants des administrations dans lesquelles ils évoluent. Des visions politiques peuvent être présentées, mais si les membres de l'administration ne suivent pas et font de la résistance, ça peut être très difficile. 

S'engager sur la création d'un bon processus participatif prend du temps, de l'énergie et des ressources en personnel. Et à ce jour, aucune commune au Luxembourg ne dispose d'un responsable à la participation politique, cette mission étant réalisée par des fonctionnaires qui ont d'autres responsabilités. 


Bereits bei der Diskussion um die Zukunft der Nei Schmelz hatte die Stadt Erfahrungen mit Bürgerbe-
teiligung gesammelt. Damals in Workshops. Nun will man einen Schritt weiter gehen.
Dudelange ose la participation citoyenne
Le conseil des bourgmestre et échevins dudelangeois sera bientôt assisté de deux panels de citoyens pour l'accompagner dans certaines décisions ou fixer le budget. Le premier groupe sera formé dès cet automne 2019.

Ces difficultés n'ont pas empêché Dudelange de se lancer dans un projet-pilote auquel vous êtes associé. Quels en sont les aspects concrets?

«Pour le moment, trois processus originaux, complémentaires et très innovants pour le Luxembourg ont vu le jour. A savoir le Biergerrot, où certains citoyens peuvent débattre de n'importe quel sujet avec des responsables communaux, mais aussi le panel de citoyens qui concerne 250 citoyens qui sont invités à intervalle régulier à se prononcer sur différentes politiques de la commune. 

Et enfin, à partir de l'année prochaine, le budget participatif qui est un processus encore plus créatif puisque que ce sont les habitants qui vont proposer et décider des projets à mettre en place. Notre objectif, en tant qu'université, c'est de voir comment les citoyens perçoivent ces processus et comment les améliorer à l'avenir car tout ne sera pas parfait.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

D'autres communes se sont-elles d'ores et déjà manifestées pour adopter une approche similaire?

«A mon avis, si Dudelange parvient à obtenir de bons résultats tant sur le plan de la satisfaction des citoyens que sur le plan politique, d'autres communes suivront cet exemple. D'ailleurs, l'un de nos projets consiste à faire une évaluation de tout ce que font les communes du pays et donc de créer une sorte d'index de la démocratie participative pour mettre en avant celles qui agissent dans ce sens. L'objectif étant de créer une saine compétition et favoriser la complémentarité entre élus et citoyens.

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