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Rencontre avec l'ambassadeur de Belgique: Jean-Louis Six: «Je suis admiratif du savoir-faire du Luxembourg»
Jean-Louis Six,Ambassadeur de Belgique au Luxembourg. Foto:Gerry Huberty

Rencontre avec l'ambassadeur de Belgique: Jean-Louis Six: «Je suis admiratif du savoir-faire du Luxembourg»

Jean-Louis Six,Ambassadeur de Belgique au Luxembourg. Foto:Gerry Huberty
Luxembourg 6 min. 07.02.2018

Rencontre avec l'ambassadeur de Belgique: Jean-Louis Six: «Je suis admiratif du savoir-faire du Luxembourg»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Cela fait un peu plus de six mois que Jean-Louis Six, ambassadeur de Belgique au Luxembourg est en poste. Mais à quoi sert un ambassadeur belge au Grand-Duché? Quelles sont les qualités essentielles pour ce métier? Comment se passent les relations entre ces deux communautés? Rencontre.

C'est dans un bâtiment résidentiel du quartier de Hollerich que se cache le consulat de Belgique de Luxembourg. Si on ne prête pas attention aux drapeaux européen et belge qui ondulent sous le vent devant l'entrée, il est clair que l'on peut facilement passer à côté sans le voir.

C'est pourtant là que nous avons rendez-vous avec Jean-Louis Six, ambassadeur belge à Luxembourg depuis l'été dernier. Cet ancien inspecteur des Finances possède un florilège d'expériences: l'homme de 62 ans a été diplomate durant de longues années, mais aussi conseiller économique du roi Philippe de Belgique.

Cela fait six mois qu'il occupe désormais le poste d'ambassadeur de Belgique au Luxembourg. S'il connaissait déjà bien le pays pour avoir traité avec le milieu financier de nombreuses années, il découvre toutefois la vie grand-ducale.

«Passer par le Luxembourg pour aller skier, ce n'est pas la même chose que d'y vivre», souligne d'ailleurs avec le sourire et sagesse, Jean-Louis Six.

A quoi sert un ambassadeur belge au Luxembourg?

La capitale belge se trouve à à peine deux heures de route du Luxembourg. A quoi peut donc servir son ambassadeur? Pour Jean-Louis Six, c'est justement parce que les deux pays sont très proches que son rôle prend toute son importance.

«Vu le degré de relation très important entre la Belgique et le Luxembourg, c'est vraiment nécessaire d'avoir quelqu'un ici. Je représente le roi, mais je suis aussi là pour informer les autorités belges de ce qui se passe au Luxembourg et inversement. Les relations entre ces deux pays sont très importantes», explique-t-il.

Les mots d'ordre de l'ambassadeur? Aider, contribuer aux bonnes relations entre les deux pays, «accompagner les ressortissants belges pour que tout se passe au mieux». Il est le porte-parole de son pays au sein du Luxembourg. «C'est une lourde responsabilité. Il faut être présent dans beaucoup de secteurs, bien connaître les dossiers», précise-t-il. Et aussi rapporter ce qu'il se passe au Grand-Duché aux autorités belges.

«Nous suivons beaucoup les débats de société comme par exemple, le port du voile. Je suis là pour observer ce qui se fait au Luxembourg pour ensuite donner des explications aux autorités belges et ainsi comparer comment ce genre de phénomènes sont traités dans chaque pays», explique Jean-Louis Six.

Dans la majorité des cas, la Belgique fera en sorte d'avoir une position commune avec le Luxembourg sur ces dossiers. «L'union fait la force vous savez. Le Benelux compte trois voix et grâce à cela, nous faisons davantage le poids face à d'autres gros pays. Nous n'arrêtons pas de communiquer, de construire, ensemble».

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon ambassadeur?

Un ambassadeur sert avant tout à projeter une certaine image du pays qu'il représente: «Nous avons une obligation de qualité. Il faut être fort à l'écoute, notamment auprès des autorités du pays et des ressortissants. Il faut être 100% disponible pour les Belges du Luxembourg, c'est la première qualité à avoir».

Pour Jean-Louis Six, il faut aussi savoir faire preuve de dynamisme. «Je suis et je présente tous les dossiers. Personnellement, j'ai un background financier, vu mon parcours. Donc je suis d'un peu plus près ce qui se passe sur la place financière luxembourgeoise. Après, chaque ambassadeur a sa sensibilité!»

Enfin, la troisième qualité à avoir pour être un bon ambassadeur, c'est de représenter les caractéristiques de son pays. Et pour ce qui est de la Belgique, Jean-Louis Six tient à trois principes simples. «Il faut être sérieux, professionnel, c'est la base. Les Belges ont aussi pour vocation d'être européens, c'est très important pour nous. Et nous partageons beaucoup de valeurs communes avec le Luxembourg, on se retrouve sur beaucoup de dossiers et c'est clairement dans ma fonction de faire en sorte que cela perdure».

«On fonctionne comme une petite mairie»

25.000 Belges sont actuellement inscrits à l'ambassade de Luxembourg. Parmi eux, 3.000 sont germanophones. Les demandes de ces citoyens peuvent être très diverses mais sont surtout liées à leur statut: «Nous avons un travail consulaire énorme vu la communauté présente au Grand-Duché. On fonctionne comme une petite mairie en fait». 

L'ambassade sert également aux résidents belges à demander de l'aide, en cas de graves accidents. «Nous sommes les premiers à être là pour aider. Nous faisons le lien avec la famille restée en Belgique par exemple. Notre présence ici facilite beaucoup les choses pour les ressortissants belges. On essaie le plus possible de leur faciliter la vie», souligne l'ambassadeur.

Mais est-ce que le fédéralisme belge - qui fête ses 25 ans - a changé quelque chose à sa fonction? «Oui, totalement», nous répond Jean-Louis Six. Il faut «veiller à la répartition des compétences», explique-t-il. «On est là comme agent facilitateur. Plusieurs instances sont désormais dirigées en dehors de l'ambassade, comme le commerce, ou tout ce qui touche au culturel. Mais la coopération est bien huilée donc ça fonctionne bien. Il faut juste demeurer attentif et respectueux de toutes ces diversités».

Sur les questions transfrontalières, Jean-Louis Six est optimiste. Oui, il y a du monde sur les routes, oui il y a des problèmes mais il ne «faut pas aller plus vite que la musique» selon lui. 

«Il faut donner du temps aux solutions de se mettre en place et de faire leurs preuves. Le problème de mobilité entre la Belgique et le Luxembourg est bien connu et traité. Mais la réponse est difficile à trouver: ça passe par l'amélioration du flux ferroviaire, la création de P+R... Nous sommes en train de tout créer. Personne n'a d'intérêt à avoir deux heures d'embouteillage, ni du côté luxembourgeois, ni du côté belge», explique-t-il.

L'ambassadeur va même plus loin et admet être «assez admiratif du Luxembourg et de son savoir-faire». «Le pays se remet constamment en question, personne ne s'endort sur ses lauriers! Il y a vraiment une volonté de se projeter dans l'avenir qui je trouve, est très intelligente. Les politiques essaient toujours de voir ce qui est bon pour le futur du Grand-Duché: les choses doivent être "tip-top" comme on dit ici!»

«Mon travail va bien au-delà du protocolaire»

Pour lui, le bilan de ces six derniers mois est très positif. «Je suis un ambassadeur heureux. J'ai été très bien accueilli au Luxembourg et nous faisons beaucoup de choses. Je n'ai pas le temps de m'ennuyer, j'ai un vrai job, qui va bien au-delà du protocolaire. Nous avons des échanges naturels avec les Luxembourgeois, on s'intègre naturellement aussi. Nous avons des racines communes, ça se voit», explique-t-il avec le sourire.

A tel point que Jean-Louis Six va débuter des cours de luxembourgeois à l'Institut des Langues. «Je trouve ça normal d'apprendre la langue du pays dans lequel je réside. D'ailleurs, je n'ai pas du tout le mal du pays. Au début je pensais que l'on rentrerait les weekends en Belgique mais au final, pas du tout! On se sent bien ici».

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