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Réfugiés syriens à Weilerbach: «Nous en avions assez de voir les balles et le sang»
Luxembourg 6 min. 10.06.2015

Réfugiés syriens à Weilerbach: «Nous en avions assez de voir les balles et le sang»

10.6. Osten / Weilerbach / Institut Heliar / Fluechtlingsheim / Familie 1 Foto:Guy Jallay

Réfugiés syriens à Weilerbach: «Nous en avions assez de voir les balles et le sang»

10.6. Osten / Weilerbach / Institut Heliar / Fluechtlingsheim / Familie 1 Foto:Guy Jallay
Luxembourg 6 min. 10.06.2015

Réfugiés syriens à Weilerbach: «Nous en avions assez de voir les balles et le sang»

Trouver une terre d'accueil, un endroit en paix où les enfants pourront aller à l'école. C'est un vœu plein de simplicité et d'humilité et pourtant, ils sont nombreux à prier pour tout ça. On les appelle des «migrants», des «réfugiés». Rencontre avec Zahid* et Yamina*, un couple syrien qui vit à présent au Grand-Duché avec sa famille.

Par - Sophie Wiessler

Trouver une terre d'accueil. Un endroit en paix, où les enfants pourront aller à l'école. C'est un vœu plein de simplicité et d'humilité, et pourtant, ils sont nombreux à prier pour tout cela.

Venant de Syrie, de Bosnie, du Kosovo et bien d'autres pays encore, on les appelle plus communément des «migrants», des «réfugiés». 

Pour mieux comprendre ces personnes, je vous invite à la rencontre de Zahid* et Yamina*, un couple syrien qui vit à présent au Grand-Duché avec sa famille.

C'est au centre Heliar de Weilerbach que Zahid et Yamina vivent depuis le 5 mai dernier. «C'est notre nouvelle date de naissance» glissent-ils en souriant. Ce couple syrien est arrivé au Luxembourg avec ses 4 enfants après un périple de plusieurs années.

Zahid, Yasmina, leur fille et leur nièce.
Zahid, Yasmina, leur fille et leur nièce.
Photo:Guy Jallay


Avocat de profession, Zahid et sa famille coulaient des jours heureux en Syrie. Jusqu'en 2011 où la guerre a frappé leur pays. Eux vivaient à Alep et voyaient les villes de Syrie tomber les unes après les autres. Mais ils ne voulaient pas partir, pas encore.

Le manque de travail se fait rapidement sentir pour l'avocat. Et sans travail, ce sont les ressources qui viennent à manquer également. «On commençait à vivre au jour le jour. Pour avoir au minimum de quoi se nourrir», indique Zahid. Main dans la main avec Yasmina, il revient sur leur histoire, ce périple qui les a marqués à jamais.

«Pourquoi on viendrait me tuer?»

La guerre n'est pas connue pour épargner des personnes. En 2013, leur ville, Alep, est envahie par des troupes, les «barbus» comme ils les appellent. Là encore, Zahid et sa famille pensent naïvement que cela ne les touchera pas. «Pourquoi on viendrait me tuer?», demande Zahid. «Nous n'avions nulle part où aller de toute manière.»

Un matin va radicalement changer sa vision des choses. Alors qu'il boit son café, un cri retentit dehors: «Allah Akbar!» Les balles sifflent dans les airs, le sang coule et sa famille pleure toutes les larmes de son corps. «Je n'arrivais pas à croire que c'était réel. Il fallait partir.»

Ils décident donc de rejoindre un membre de leur famille à la campagne. «Nous avons tout laissé derrière nous. Diplômes, photos, souvenirs... Il fallait que les gens qui nous voient sortir pensent que nous partions en balade.»

Aucun mot, aucune image ne pourrait relater cet enfer 

Ils resteront 4 mois à vivre tous ensemble dans une seule pièce. Zahid va même perdre l'un de ses frères, mort sous un obus, alors qu'il partait récupérer des affaires dans sa maison. C'est alors lui qui devra prendre soin de ses neveux et nièces.

«C'est un sentiment indescriptible, vous savez. De voir tous ces gens fuir, pieds nus, en pyjama, en pleurs... De perdre quelqu'un de votre famille comme ça. Il n'y a aucun mot, aucune image qui pourrait relater ça correctement» raconte-t-il, les larmes aux yeux. 

C'est un véritable périple qu'ils ont vécu jusqu'au Luxembourg.
C'est un véritable périple qu'ils ont vécu jusqu'au Luxembourg.
Photo: Guy Jallay

Ils ont tenté de trouver refuge en Turquie, mais ont bien vite décidé de ne pas rester là-bas. En effet, le regard des Turcs devient pesant sur la petite famille syrienne. «Vous aviez des vêtements en Syrie? Le Coca-Cola, vous connaissez?» entendent-ils de part et d'autre. Les moqueries, ou l'ignorance de leur hôte, deviennent vite agaçantes.

Leurs enfants ne sont pas acceptés dans les écoles turques, ils doivent les garder chez eux. Une vie difficile pour cette famille jusqu'ici plutôt aisée. 

C'est illégalement qu'ils ont rejoint la Turquie, après que Zahid a travaillé dans un restaurant durant un mois, pour pouvoir faire venir sa famille. «J'étais comme prisonnier là-dedans mais je n'avais pas le choix, il fallait gagner de l'argent pour aider ma famille». C'est en traversant des champs, à pied, sous les fusils de l'armée turque qu'ils ont rejoint ce pays. 

«Tout ceci est trop beau pour être vrai»

Après un an et demi de vie en Turquie, la famille de Zahid et Yasmina voit enfin une lueur d'espoir se profiler. Des agents de la Commission européenne et du Luxembourg viennent les voir en personne et leur expliquent la vie au Grand Duché, comment tout va se passer. «C'est là qu'on s'est dit, mon Dieu c'est sérieux», souligne Yasmina.

Tout ce temps, Zahid a lutté pour le bien-être de sa famille. Il a entamé de nombreuses démarches afin de leur permettre des jours meilleurs, ailleurs. Et finalement cela a payé.

La famille commence donc à se préparer pour son nouveau départ. Zahid connaissait le Luxembourg, mais pensait que c'était une simple ville, pas un pays qui, un jour, accueillerait sa famille. «J'ai fait des recherches sur Internet pour tout connaître de ce pays.» indique-t-il en souriant. 

Les plus heureux sont les enfants. Leur petite fille de 4 ans a pris la peine d'apprendre l'alphabet français avant de venir. Leur fils aîné lui n'en revient pas. «Pince-moi, pince-moi» demandait-il à son père dans l'avion en partance pour le Luxembourg. Aujourd'hui, ils semblent profiter pleinement: «Ces temps-ci ils se permettent quelques écarts de conduite même. Mais on ne dit rien, on laisse couler pour le moment, ils sont tellement heureux!», souligne Yasmina en riant.

La vie à Weilerbach 

C'est dans un «pays de paix et de calme», comme ils l'appellent, que la famille de Zahid et Yasmina coulent des jours heureux. «Le Luxembourg est mieux que ce que nous imaginions. Nous sommes vraiment très heureux» souligne la jeune mère.

Dans le centre Heliar, - foyer d'hébergement pour demandeurs de protection internationale - ils sont 9 familles de Syriens à être arrivées le 5 mai dernier. 46 réfugiés qui s'ajoutent aux 28 déjà présents dans ce centre.

«Nous avons 4 chambres pour notre famille. Une pour nous, une pour nos deux filles, une troisième pour notre fils et enfin une pour notre nièce. Nous partageons l'étage, les douches et les sanitaires avec une autre famille syrienne» explique Zahid. 

Des enfants courent partout, une multitude de langages emplissent l'atmosphère mais ce centre semble respirer le bonheur. «Nous remercions de tout notre cœur le Luxembourg et son peuple pour cette aide», tient à souligner Zahid. 

Les familles suivent chaque jour des cours de français et sont aidées administrativement et médicalement. Les enfants vont à l'école, - dans le centre pour les plus jeunes, au lycée de Luxembourg pour d'autres,- et la vie semble enfin sourire à ces familles meurtries. Même si le statut de réfugiés les protègent ici, au Luxembourg, ils sont tout de même prudents. Le stress et la peur sont toujours présents et ils craignent qu'on les découvre.

Bientôt un nouveau départ

Cet été, chaque famille sera transférée vers un logement privatif dans une commune luxembourgeoise, pour une période maximale de 3 ans, permettant ainsi aux enfants de commencer l'année scolaire en septembre dans leur nouvelle commune de résidence. 

«Tout ceci est vraiment surréaliste pour nous. Nous allons nous promener à Echternach, près du lac, les enfants peuvent sortir, courir, aller à l'école. Bien sûr, c'est un peu frustrant de ne pas pouvoir voler de nos propres ailes, nous sommes reconnaissants mais en même temps, on se sent en minorité... mais nous sommes très heureux.»

Bientôt un nouveau départ pour cette famille.
Bientôt un nouveau départ pour cette famille.
Photo: Guy Jallay

* Prénoms d'emprunt.


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