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Réforme des pensions: "Son but n'est pas de démanteler le système!"
Luxembourg 5 min. 06.12.2012 Cet article est archivé

Réforme des pensions: "Son but n'est pas de démanteler le système!"

Manifestation anti-réforme des pensions de déi Lénk devant la Chambre des députés.

Réforme des pensions: "Son but n'est pas de démanteler le système!"

Manifestation anti-réforme des pensions de déi Lénk devant la Chambre des députés.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 5 min. 06.12.2012 Cet article est archivé

Réforme des pensions: "Son but n'est pas de démanteler le système!"

Le projet de loi sur la réforme du système de pensions, bien que fort critiqué de toutes parts, a été adopté mercredi après-midi par les députés.

La réforme des pensions aura fait parler d'elle jusqu'au bout. Députés et gouvernement ont été accueillis ce mercredi par les partisans de déi Lénk qui avaient appelé la veille au rassemblement devant la Chambre.

Objectif: marquer une dernière fois leur désaccord avec ce projet de loi "anti-social".

Qu'à cela ne tienne, la réforme a quand même été adoptée par les députés.

Dans son rapport, Lydia Mutsch (LSAP) a rappelé les tenants et aboutissants de cette loi ainsi que son importance.

"Cette réforme est réaliste et équilibrée", explique-t-elle, "elle touche aussi bien les gens actifs que les pensionnés et est supportable pour tout le monde".

Pour rappel, la réforme propose un régime à la carte: soit une personne travaille plus longtemps pour obtenir une pension égale à celle en vigueur actuellement soit 1.661,58 euros par mois en ayant cotisé pendant au moins 40 ans.

Soit le travailleur choisit de prendre sa retraite plus tôt et son revenu se réduit d'1/40e pour chaque année manquante, à condition qu'il ait cotisé pendant au moins 20 ans.

"Le projet de loi a été pensé ainsi pour être en adéquation avec l'augmentation de l'espérance de vie", souligne Lydia Mutsch. 

Aucune augmentation de cotisations n'est prévue pour l'instant et les majorations forfaitaires (Grondrent) augmenteront de 23,5 à 28 % du salaire social minimum sur la période 2013-2052 (au lieu d'une progression de 23,5 à 26 % ).

Pour l'instant les réserves de l'assurance-pensions sont bonnes, mais si le système actuel continue à tourner de la sorte, les réserves seront épuisées d'ici 2030.

"La réforme est esthétique pour ne pas froisser les électeurs"

Sans trop de surprises, la réforme du système de pensions actuelle est considérée comme un pas dans la bonne direction par le CSV.

"Mais, il faut garder en mémoire qu'il faudra encore faire des modifications dans les années à venir pour ne pas foncer dans le mur", prévient Martine Mergen.

"Je crains pour la solidarité inter-générationnelle à la longue", souligne Serge Wilmes (CSV), "cette réforme n'assurera pas la viabilité financière du régime d'assurance-pensions et risque de faire supporter par la génération active actuelle et future des charges excessives".

Ce qui n'a pas empêché le plus jeune député de voter pour le projet, car "il est plus que nécessaire".

Du côté de l'opposition, la réforme fait grincer des dents.

"Le CSV et le LSAP n'avaient pas envie de faire une réforme en profondeur", lance Carlo Wagner (DP), "les changements entrepris ne sont qu'esthétiques pour ne pas froisser les électeurs à la veille des législatives de 2014".

"Des prévisions économiques peu réalistes"

Principale critique du DP, également partagée par Déi Gréng et l'ADR: les prévisions économiques sur lesquelles se basent le projet de loi.

"Le ministre Di Bartolomeo table sur une croissance du PIB de 3% dans les années à venir, mais quand on regarde simplement les prévisions pour 2013, nous sommes loin du compte", souligne Carlo Wagner.

"Sans parler des mécanismes de sécurité qui seront déployés en cas de déséquilibre entre les recettes et les dépenses", poursuit-il, "une fois que les réserves auront commencé à fondre, nous n'aurons pas le temps de mettre en place ces mécanismes, car les réserves fonderont trop vite".

"Soyez honnête M. le Ministre"

"Soyez honnête M. le Ministre et dites-nous que l'ajustement tombera dès que les mécanismes de sécurité seront déclenchés", renchérit Felix Braz (Déi Gréng), "et ce sera pareil pour l'allocation de fin d'année".

Carlo Wagner estime également que "les cotisations augmenteront dès que les élections de 2014 seront passées compte tenu des situations précaires de la Caisse nationale de santé et de l'assurance-dépendance".

Histoire de couper court aux critiques du DP, Mars Di Bartolomeo, ministre de la Sécurité sociale, a souligné qu'au lieu d'attaquer la réforme de toutes parts, il aurait mieux fait de présenter un projet concret.

"Ce projet n'est pas un projet destiné à démanteler le système des pensions, mais plutôt à le renforcer", souligne le ministre.

"On m'a reproché de ne pas avoir agi assez vite, mais ce sont les longues discussions que j'ai pu avoir qui m'ont permis de ratisser large et d'avoir le plus grand consensus possible", poursuit-il.

"La réforme des pensions est un projet dont nous avons besoin maintenant et qui va sécuriser notre système pour les années à venir", conclut Mars Di Bartolomeo.

Charline Lebrun


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