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"Reech eng Hand": Apprendre le français, un pas vers l'intégration pour les réfugiés
Luxembourg 3 5 min. 21.09.2016 Cet article est archivé

"Reech eng Hand": Apprendre le français, un pas vers l'intégration pour les réfugiés

Luxembourg 3 5 min. 21.09.2016 Cet article est archivé

"Reech eng Hand": Apprendre le français, un pas vers l'intégration pour les réfugiés

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
200 heures de cours de français en six semaines: 25 demandeurs d'asile ont passé un été studieux à apprendre l'une des langues véhiculaires du Luxembourg, grâce au projet "Reech eng Hand". Un certificat leur a été remis mercredi en présence de la ministre Corinne Cahen.

Par Anne Fourney et Laurence Bervard

200 heures de cours de français en six semaines: 25 demandeurs d'asile ont passé un été studieux à apprendre l'une des langues véhiculaires du Luxembourg. Ils ont reçu un certificat mercredi au centre Jean XXIII au Kirchberg, où ils ont suivi cette formation.

Ils sont originaires d'Afghanistan, de Syrie, d'Irak, de Palestine, ils étaient étudiants en médecine, ingénieur en logistique, responsable de marketing, journaliste… Leur vie s'est retrouvée en suspens entre deux bombardements. Ils ont donc tout quitté. Ceux que nous avons rencontrés sont arrivés au Luxembourg il y a moins d'un an.

Une cinquantaine de ces demandeurs d'asile a rapidement manifesté son intérêt à participer à cette formation intensive en français. Pour être retenu, il fallait avoir des bases en français et avoir le bac au minimum. La plupart des inscrits à cette session ont suivi des études supérieures dans leur pays d'origine, ou ont déjà une expérience professionnelle.

Le but, assez ambitieux, était de leur faire atteindre le niveau B2, mais le résultat est plus proche du niveau B1 dans l'ensemble. Un apprentissage dense pour découvrir une langue difficile, dont la forme écrite diffère souvent beaucoup de la forme orale, ont souligné certains.

"La langue, un sujet majeur en ce moment au Grand-Duché"

Le projet "Reech eng Hand" ("Tends la main") a été lancé il y a un an. C'est le fruit d'une collaboration entre l'église catholique et l'Oeuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte.

En attendant patiemment une réponse des services de l'immigration, des demandeurs d'asile ont suivi cette formation intensive de français cet été afin de pouvoir continuer des études universitaires, s'intégrer dans la société luxembourgeoise et trouver un travail. Le français a été proposé, cette langue étant la plus parlée dans le pays.

"La langue est un sujet majeur en ce moment au Grand-Duché", a rappelé la ministre de la Famille et de l'Intégration Corinne Cahen, faisant allusion à la pétition qui souhaite que la langue luxembourgeoise soit la première du pays et qui en est aujourd'hui à près de 12.000 signatures. "Le luxembourgeois est notre langue maternelle, mais le français est la langue parlée dans les hôpitaux, les magasins, les entreprises", a résumé la ministre pour justifier le choix du français comme première langue à apprendre pour les demandeurs d'asile.

"Notre souhait est de vous inclure dans notre société. Pour vous qui avez au minimum le bac, je ne suis pas inquiète. Mais je suis inquiète pour ceux qui arrivent ici et ne parlent pas de langue étrangère, ceux qui n'ont pas fait d'études. Nous aurons besoin de vous pour les aider", a lancé Corinne Cahen.

Quelques mots en français... ou pas

Certains ont accepté de répondre à nos questions en vidéo. Mais l'un d'entre eux, s'il est d'accord pour que son témoignage soit publié, a préféré garder l'anonymat. C'est le seul à porter un regard critique sur cette formation, allant jusqu'à la qualifier d'"échec" (failure).

"Avant d'apprendre une langue, il nous faut apprendre sa culture. Nous sommes au Luxembourg et nous apprenons le français et la culture française. Nous devons apprendre en étant en contact avec les habitants. Or ces cours ne nous ont pas apporté cela. C'est comme une injection de français dans notre corps et notre esprit", dit-il tout en reconnaissant que le professeur était néanmoins très bien. C'est le système qui lui déplaît, le fait de rester enfermé à étudier des livres évoquant "Lyon" ou "Lille", qui sont des lieux abstraits pour lui puisqu'il est au Luxembourg

Travailleur social et originaire d'Iran, il déplore de ne pas apprendre assez vite le modus vivendi du pays, pour savoir comment aborder les gens ici. Cet homme d'une quarantaine d'années a réussi à nouer quelques contacts: "Nous sommes une vingtaine de demandeurs d'asiles hébergés dans un foyer à Rodange. Et tous sont totalement isolés." Il dit être le seul à avoir quelques contacts avec des Luxembourgeois.

Mohamed, très exigeant avec lui-même et motivé pour progresser en français, le parle déjà presque couramment après seulement dix mois passés au Luxembourg. Il veut avancer, apprendre, se reprend lorsqu'il fait une faute. Sa famille arrive dans un mois.

Une fois qu'elle maîtrisera le français, Lamia veut se mettre au luxembourgeois. Son fils va à l'école luxembourgeoise et le parle déjà. Elle veut pouvoir comprendre et s'intégrer. Elle regrette aussi de ne pas avoir plus de contact avec des habitants. Elle est dans un foyer près de la frontière belge, à Rodange, où ne vivent que des femmes, parfois avec des enfants.

Les différences culturelles peuvent causer des situations très gênantes: "Peu après mon arrivée au foyer, quelqu'un des services sociaux est venu nous distribuer des préservatifs", raconte-t-elle. "C'est quelque chose de très très choquant pour nous! Même si nous avons compris qu'il n'y avait pas de mauvaise intention."

Farid vit dans une famille luxembourgeoise depuis deux mois. Il avoue parler plus facilement en anglais qu'en français à la maison, mais veut parvenir à s'exprimer davantage en français:


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