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Recruter des non-Luxembourgeois pour étoffer la police
Luxembourg 3 min. 03.05.2019

Recruter des non-Luxembourgeois pour étoffer la police

Recruter des non-Luxembourgeois pour étoffer la police

Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 3 min. 03.05.2019

Recruter des non-Luxembourgeois pour étoffer la police

Dans la police, comme dans l'armée, le recrutement pose problème. Le ministre François Bausch veut se donner de nouveaux moyens et n'exclut pas de recruter des personnels ne possédant pas la nationalité. Sous certaines conditions. La toute première étant de parler la langue nationale.

(MF) – Le ministre de la Sécurité intérieure sait qu'il faut se donner d'autres moyens pour résoudre le problème récurrent du recrutement dans la police grand-ducale. Contactée, la police ne chiffre pas ses besoins en hommes mais explique par la voix du directeur-adjoint de son service communication que «tous ceux qui réussissent l'examen-concours pour accéder à la formation policière sont retenus pour entrer à l'école de police». La condition sine qua non étant, à l'heure actuelle, que les candidats soient nécessairement de nationalité luxembourgeoise. 

Ce qui pourrait changer à l'avenir comme le laisse entendre, sans toutefois l'avoir dit formellement jusqu'ici, François Bausch. Le problème du recrutement des policiers mais aussi de leurs heures de travail, étaient au cœur des discussions de la Commission de la Sécurité intérieure et de la Défense ce jeudi .

Si on avait la possibilité d'intégrer des citoyens étrangers au sein de la police (..) ce ne pourra qu'être un plus, pour nous tous

«Il serait évidemment impensable de ne pas savoir parler le luxembourgeois pour travailler dans la police» mais «plusieurs passerelles devraient permettre de nous aider pour recruter», avait expliqué le ministre de la Défense et de la Sécurité intérieure au micro de RTL, en sortant de la réunion provoquée sur demande de la fraction du CSV.

L'ennui, pour étoffer les effectifs de la police, est que le vivier de personnes sachant parler le luxembourgeois est, en réalité, plutôt maigre. Si pour l'heure la nationalité luxembourgeoise est un impératif pour devenir fonctionnaire de police, «on peut imaginer différentes choses qui ne sont pas aventureuses» a expliqué François Bausch en citant l'exemple de citoyens ressortissants de l'UE qui parlent le luxembourgeois mais qui n'ont pas encore la nationalité luxembourgeoise.  

La présidente de la commission parlementaire, Stéphanie Empain  (déi Gréng) , a apporté de l'eau au moulin du ministre et ne voit pas d'obstacle à un recrutement élargi: «La police est habituée à travailler sur un niveau international avec différentes nationalités ce n'est absolument pas un problème». 

Et cette dernière de préciser qu'«au vu de notre société plurielle, ce serait même très intéressant d'avoir des gens dans la police qui peuvent interagir au sein des différentes communautés». Une manière, selon elle, «d'intégrer des citoyens étrangers (...) pour qu'ils puissent peut-être mieux travailler dans différents domaines». Une approche qui «ne pourra qu'être un plus pour nous tous», juge la députée.

Pourquoi ne pas réfléchir à une option pour les ressortissants de l'UE?

D'autant plus que cette situation existe déjà dans les rangs de l'armée pour les candidats souhaitant devenir soldat volontaire, pas forcément titulaire de la nationalité luxembourgeoise. Seules obligations exigées: être ressortissants d'un pays de l'Union européenne et résider depuis trois ans au moins le jour de l'incorporation.

«Pourquoi ne pas réfléchir à une option pour les ressortissants de l'Union européenne qui auraient par exemple des conditions de résidence d'au moins cinq ans, et qui ont des connaissances du luxembourgeois?», avait déjà suggéré le ministre Bausch dans les colonnes de Paperjam à la mi-décembre 2018. 

  Nous devons rester un pays souverain  

Pour Fernand Kartheiser (ADR), cette idée, réitérée lors de la commission parlementaire de jeudi, prouverait «toute la contradiction dans la position du gouvernement», le député estimant que les candidats répondant aux critères avancés par le ministre «peuvent tout aussi bien prendre la nationalité luxembourgeoise!»

Même approche du côté du syndicat professionnel de l'armée luxembourgeoise (SPAL) - qui représente 90% du personnel - qui reste d'avis que «les officiers et les sous-officiers qui s'engagent dans une carrière professionnelle au sein de l'armée, devront être luxembourgeois», résume Christian Schleck. Le président du SPAL estime que «faire une ouverture, ça va être compliqué pour le fonctionnement de l'armée. Nous devons rester un pays souverain». 

Face à la pénurie de nouvelles recrues, le ministère de la Sécurité intérieure envisage de lancer une grande campagne de publicité cet été. La question qui reste en suspens à ce jour est de savoir si cette dernière ciblera les seuls jeunes Luxembourgeois ou si elle visera un public plus large.



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