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Reconversion coaching: "Vas-y, go!"
Luxembourg 9 min. 22.03.2018 Cet article est archivé

Reconversion coaching: "Vas-y, go!"

Elles sont quatre et ont monté leur propre entreprise de coaching. Des reconversions professionnelles qu'elles ont menées ensemble en appliquant ce qu'elles enseignent à leurs coachés: "Vas-y, go!"

Reconversion coaching: "Vas-y, go!"

Elles sont quatre et ont monté leur propre entreprise de coaching. Des reconversions professionnelles qu'elles ont menées ensemble en appliquant ce qu'elles enseignent à leurs coachés: "Vas-y, go!"
Christophe Olinger
Luxembourg 9 min. 22.03.2018 Cet article est archivé

Reconversion coaching: "Vas-y, go!"

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Elles sont quatre et ont monté leur propre entreprise de coaching. Une reconversion professionnelle qu'elles ont menée ensemble en appliquant ce qu'elles enseignent à leurs coachés: "Vas-y, go!" Rencontre avec quatre coachs de vie.

"Nous ne sommes pas des psys", la phrase concise, prononcée par Valérie Blanco-Polge, suscite l'approbation de l'ensemble du groupe de coachs de vie qui se réunit régulièrement pour "débriefer" leurs cas et s'entraider dans le cadre de leurs coachings.

"On serait plutôt comme des philosophes", poursuit Valérie de Saintignon, "Comme Socrate qui, par la pertinence de ses questions permettait à ses interlocuteurs d'accoucher de la vérité... nous entreprenons un dialogue qui permet au coaché de voir naître son objectif".

Le coaching est une approche pragmatique qui se fonde sur "l'ici et le maintenant" et se préoccupe davantage du "Comment" que du "Pourquoi". Nos coachs sont d'ailleurs toutes d'accord sur un point: elles ne cherchent pas à explorer les relations de leurs coachés avec leurs parents et encore moins leurs pulsions archaïques mais à les mener vers un objectif en s'interrogeant avec eux sur la stratégie à mettre en place pour y parvenir.

"Et si en cours de parcours, la personne montre le besoin d'un suivi chez un psychothérapeute, il est de notre devoir de l'orienter dans cette voie", poursuit Valérie Blanco-Polge. Juriste de formation, elle est arrivée au coaching au fur et à mesure de sa carrière professionnelle, "le métier connaît ces dernières années un vrai succès et fait l'objet de nombreuses reconversions professionnelles, ce qui pose la question de son organisation et de sa déontologie".

Il existe des organismes agréés où il est possible de bénéficier de formations mais aussi de s'affilier en tant que coach: l'European Mentoring and Coaching (EMMCC) et l'International Coach Association (ICF) sont des gages de qualité et de déontologie.

Au Luxembourg, il existe une formation qui se tient à la House of Training depuis 2012 et qui a de plus en plus de succès. La formation certifiante en coaching se fait en collaboration avec l'ICN, Business School Nancy, et a pour objectif de permettre aux participants de devenir un professionnel du coaching au travers de l'acquisition d'outils, de méthodes et de techniques mais aussi de développer le comportement déontologique propre au coach.

"La formation est onéreuse et comporte 126 heures de cours", explique Muriel Morbé en charge du programme "Management" à la House of Training, "les participants sont triés sur le volet et passent des entretiens et des tests avant d'intégrer le cursus. Une démarche devenue nécessaire au regard du nombre grandissant de personnes qui veulent suivre la formation. Le coaching est devenu ces dernières années une reconversion à la mode".

Nos quatre coachs ont d'ailleurs exercé des métiers différents avant d'être ce qu'elles sont aujourd'hui et de monter leur propre entreprise: Valérie de Saintignon travaillait dans l'immobilier, tout comme Alexandra de Beauregard. Olivia Ullens était professeur agrégée d'économie et Valérie Blanco-Polge, juriste.

Les bons coachs se plient à une supervision de leur travail par d'autres coachs mais notre profession n'est pas réglementée, contrairement à celle de psychothérapeute et cela peut être opaque pour les personnes qui cherchent un coach certifié,

poursuit Valérie de Saintignon qui suit elle-même, la formation certifiante en coaching de la House of Training.

"Le cursus est fréquenté par des personnes qui travaillent déjà dans les ressources humaines et qui veulent parfaire leur formation et il y a aussi des personnes comme moi qui veulent apprendre ce métier et en faire le leur".

Former les cadres des ressources humaines au métier de manager, les entreprises sont de plus en plus demandeuses de ce type de profil. Et comme elles ne peuvent pas envoyer tous leurs salariés dans ce type de formation, elles font appel aux coachs qui travaillent en indépendant.

"Les entreprises font appel à moi pour former au management des personnes qui ne sont pas dans le top cinq ni dans le comité de direction", explique Valérie Blanco-Polge, "néanmoins, ces personnes sont amenées à diriger des équipes et ont besoin d'être formées".

Le plafond de verre

Un des intérêts de la coach pour ce métier était de comprendre le phénomène du "plafond de verre" et d'y remédier par son approche de coach.

"Pourquoi les femmes ne montent-elles pas dans les conseils d'administration?", poursuit-elle," Je connais beaucoup de femmes bardées de diplômes qui ne sont pas montées. On ne paie pas de coaching à des gens qui ne sont pas à des postes de direction car c'est un service considéré comme assez cher. Je me suis rendu compte que lorsqu'une femme atteint ce type de poste, elle ne veut pas être stigmatisée en recevant une formation en coaching comme si elle n'était pas capable d'aller à ce poste toute seule. Alors, il faut leur offrir d'autres types de formations fondées sur l'intelligence émotionnelle. Au Luxembourg, les entreprises ne sont pas vraiment ouvertes aux formations pour faire éclater le plafond de verre, c'est surtout à Paris que je les donne".

Au Grand-Duché, les formations en coaching au sein des entreprises sont davantage orientées vers les personnes pressenties pour intégrer les conseils d'administration ou alors pour des gens qui ont des compétences de manager mais pas forcément le comportement adéquat. Ces profils demandent à être peaufinés sur des compétences managériales.

Les coachs font aussi des interventions de groupe pour apprendre aux salariés à fluidifier leur communication, les accompagner dans un changement lors d'une restructuration, par exemple.

Les besoins des entreprises

Le grand enjeu des entreprises est l'arrivée du numérique et l'adaptation que celle-ci nécessite parmi les effectifs et la culture d'entreprise. Selon une étude ICF, plus de 80 % des entreprises ayant fait appel au coaching professionnel ont pu résoudre les problématiques auxquelles elles étaient confrontées.

"Lorsque l'on acquiert de nouvelles technologies, il faut se soucier de la culture d'entreprise nécessaire pour faire de ces innovations un véritable levier créateur de valeurs. C'est grâce à des collaborateurs aptes à comprendre et à s'approprier les nouveaux outils que le numérique devient une opportunité forte. Le rôle du coaching est de former les managers à l'accompagnement des collaborateurs dans cette transformation qui est plus humaine que digitale", poursuit Olivia Ullens.

L'autre enjeu, c'est le bien-être. De nombreuses entreprises sont soucieuses du burn-out et prévoient des accompagnements et de la prévention. Des tâches dont nos coachs s'occupent aussi.

"Si quelqu'un est bien dans son travail, il sera plus performant", précise l'ancien professeur d'économie, "de plus en plus d'entreprises considèrent le salarié comme un élément de leur réussite et conscientisent l'importance du bien-être. On voit émerger au Luxembourg, une véritable envie des entreprises de faire mieux avec leurs équipes".

Il existe des sociétés qui ont leur propre coach en interne, c'est-à-dire une personne dédiée à la société et salariée. "Un Big Four pourrait avoir ce type de personne en interne, comme le Chief Happiness Officer", reprend Alexandra de Beauregard avant de déplorer, "Mais au sein des banques, rien n'a encore été mis en place".

Le concept est né aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley, ce métier, que l'on peut traduire par Directeur Général du Bonheur intervient aussi bien au niveau des ressources humaines que de la communication interne de l'entreprise et de l'événementiel. Son but est de tout mettre en œuvre pour que les salariés d'une société soient plus heureux au travail. "On pourrait aussi l'appeler "communication interne", note Valérie Blanco-Polge en souriant, "Mais depuis cinq ans, la mode est à ce type de postes même s'il n'existe pas de profil type pour ce métier tout neuf mais je n'en ai jamais rencontré au Luxembourg".

Quid du management dit "toxique"?

Comment une entreprise de coaching intervenant en entreprise comme prestataire de service externe peut-elle se positionner si elle décèle un problème de management au sein de l'entreprise qui l'embauche?

Pour nos quatre coachs, elles se retrouvent à ce moment -là face au choix de n'importe quel salarié: se demander s'il accepte d'être payé par une société dont il ne reconnait pas les valeurs.

"C'est une question très personnelle car il ne faut pas oublier que notre employeur est l'entreprise elle-même et que nous n'avons aucun pouvoir", poursuit Alexandra de Beauregard, "La question est de savoir si les interventions menées dans l'entreprise auprès des salariés apportent un soutien, une prise de conscience, un élément du changement ou pas".

"Dans notre code de déontologie, on a également la possibilité de refuser la mission", reprend Valérie de Saintignon, "la base de notre travail est d'interroger les gens sur leurs valeurs et dans nos interventions, il n'est pas rare que certaines personnes soient bousculées et que par la suite certains salariés se mettent en action car une prise de conscience par rapport à leur propre responsabilité s'est opérée".

La mise en action

"L'ADEM ne propose pas de formation pour devenir coach et les conseillers que l'on rencontre au sein de l'agence pour l'emploi présentent des profils comme, par exemple, éducateur ou psychologue, et sont souvent issus de métiers où ils ont beaucoup d'expérience", explique Julie Ransquin du service communication, "Se faire coacher pour trouver du travail ou un projet de professionnel n'est pas possible sous forme de coaching individuel au sein de l'ADEM".

Il existe deux formes principales de coaching: celui mené en entreprise et le coaching de vie qui inclut les techniques de recherche d'emploi. Dans le cadre du monde professionnel, on peut faire appel à un coach en privé pour apprendre à se mettre en valeur.

Une séance type dure environ une heure et il faut compter entre six et douze séances à raison d'une séance par semaine pour un coût de 70 euros.

"Définir ses talents, faire le point sur ses valeurs à travers des exercices pratiques et concrets, voici ce qu'un coaching propose", souligne Valérie de Saintignon, "Le mise en place d'une action enclenche un processus qui permet au coaché de baliser son chemin et d'ouvrir de nouvelles perspectives. Certains projets verront le jour, d'autres non mais le plus important est que la personne se soit dit: "Vas-y, Go!"





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