Râleurs du TER

«Les politiques français s'en foutent»

Les voyageurs vivent à nouveau un calvaire dans leurs trajets quotidiens en train entre la France et le Luxembourg.
Les voyageurs vivent à nouveau un calvaire dans leurs trajets quotidiens en train entre la France et le Luxembourg.
Photo: Archives LW/Maurice Fick

Par Anne Fourney

Déjeuner des Râleurs du TER, deuxième! Rendez-vous au ministère du Développement durable et des Infrastructures pour une courte présentation de la politique des transports et un déjeuner rencontre avec le ministre François Bausch (Déi Gréng).

Ces frontaliers, usagers désespérés du TER Lorraine, de cette ligne qui traverse Metz et Thionville pour rejoindre le Luxembourg, se sont donné rendez-vous devant le ministère, au Kirchberg. Ils sont une vingtaine. Ce sont des Râleurs souriants qui se font la bise, beaucoup se connaissent. Ceux qui ne se connaissent pas se présentent avec le pseudonyme qu'ils emploient sur Twitter. Une communauté s'est créée sur le réseau social, leur permettant de s'informer sur les conditions de trafic, les places disponibles dans les trains ou les retards, fréquents sur cette ligne 90.

Comme entrée en matière, François Bausch a rappelé qu'il n'avait pas d'autre élément à communiquer sur l'enquête en cours suite à l'accident ferroviaire du 14 février qui a fait un mort. «Je ne comprends pas l'attitude des cheminots français», a-t-il cependant déploré.

En ce qui concerne la polémique autour de la portion de voie barrée pour les besoins de l'enquête, le ministre ne voit pas comment cela a pu être considéré comme une dissimulation par les cheminots français: «C'est quelque chose de tout à fait normal».

«Les frontaliers n'ont plus de vie!»

François Bausch s'était déjà entretenu par téléphone avec son homologue français le secrétaire d'Etat Vidalies. Mais la situation avec la SNCF reste compliquée, d'après les Râleurs et Henry Delescaut, secrétaire général de l'Association des Voyageurs du TER Metz-Luxembourg (AVTERML), pour qui «c'est une affaire d'Etat».

La SNCF doit communiquer sur les vraies raisons qui sont d'après elle inquiétantes pour notre sécurité.

Une affaire «dont on ne parle pas dans les grands médias français alors qu'elle concerne tout de même beaucoup de monde, c'est déplorable».

«Je suis inquiet car si un opérateur ferroviaire européen comme les CFL dit que la sécurité est assurée et que ce n'est pas pris en compte par la SNCF: que doit-on en déduire? La SNCF doit communiquer sur les vraies raisons qui sont d'après elle inquiétantes pour notre sécurité, puisque la grève des cheminots est en accord avec les syndicats et la direction régionale de la SNCF. Les travailleurs frontaliers n'ont plus de vie et ça fait trois semaines que ça dure!», s'indigne Henry Delescaut, qui doit s'entretenir avec François Bausch en privé très prochainement. 

François Bausch a fait une courte présentation de la politique des transports au Luxembourg et des grands projets en cours: tram, P+R, réseau de bus, la nouvelle gare de Howald, etc.
François Bausch a fait une courte présentation de la politique des transports au Luxembourg et des grands projets en cours: tram, P+R, réseau de bus, la nouvelle gare de Howald, etc.
AF

«Côté français, mes contacts sont bloqués par leur propre hiérarchie», confie Henry Delescaut qui avait adressé plusieurs mails au Conseil régional en vue de cette seconde rencontre des Râleurs du TER.

L'association AVTERML s'est constituée partie civile dans la procédure judiciaire en cours suite à l'accident du 14 février, ceci afin de pouvoir accéder au dossier.

«Les politiques français ne se rendent pas compte de ce qu'on vit. Ils devraient prendre le TER aux heures de pointe! Parfois on ne comprend pas pourquoi je râle quand un train a cinq minutes de retard. Oui, c'est vrai que ça paraît peu! Mais à cause de ça, je rate ma correspondance et je suis encore plus en retard!»

Eric, Véronique et David ne se sentent «ni écoutés, ni entendus. Les politiques français s'en foutent».

«Un problème d'ordre public»

La situation chaotique à l'heure de pointe vendredi soir a marqué les esprits. «C'est devenu un problème d'ordre public», estime le secrétaire général de l'AVTERML. L'afflux de voyageurs sur les quais risquait d'entraîner un mouvement de foule et un accident lors de l'arrivée des trains en gare. Les CFL avaient dû réguler l'accès des voyageurs aux trains pour des raisons de sécurité et demandé du renfort à la brigade canine. Une situation qui, en plus de son inconfort, a généré un climat très stressant pour de nombreux usagers.

Debout à 4h30, rentrée à 19h30

Les Râleurs souriants ont apprécié la démarche du ministre de les recevoir en personne en son ministère. Point de politique français cependant. Le déjeuner des Râleurs du TER était sur inscription, pas sur invitation. Pour Thierry, l'initiateur de ce rendez-vous, l'idée est «juste de se rencontrer et partager ce que l'on vit au quotidien», a-t-il précisé avant de déplorer l'absence de réaction du côté des responsables politiques français.

Les Râleurs du TER étaient une vingtaine à répondre à l'invitation de François Bausch pour cette deuxième rencontre.
Les Râleurs du TER étaient une vingtaine à répondre à l'invitation de François Bausch pour cette deuxième rencontre.
AF

Ils échangent sur leurs mésaventures quotidiennes. Trois semaines que ça dure. Ils craignent que la situation s'enlise et à vrai dire, n'en voient pas la fin. En ce moment, Corinne se lève à 4h30 du matin pour aller travailler au Luxembourg. Il est 19h30 lorsqu'elle arrive chez elle, près de Maizières-les-Metz.

Aïchouba vit à Uckange. «En ce moment il n'y a pas de train entre Uckange et Thionville donc la solution c'est le bus ou la voiture. Mais les axes routiers sont souvent tellement surchargés que je préfère m'arranger pour prendre le train. On fait le trajet debout.»

Certains arrivent à décaler leurs horaires, ou à travailler un peu de chez eux avant de se rendre au Luxembourg, pour éviter les heures de pointe.

Le patron de Véronique s'impatiente et lui reproche ses retards répétés. Elle prend quelques vacances. D'autres en profitent aussi pour écluser quelques jours de congés qui leur restaient de 2016. Histoire de se reposer un peu. Et d'espérer que cette situation intenable trouve une solution rapidement. 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.