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Qui est monté au front en plein covid?
Luxembourg 3 min. 15.10.2020

Qui est monté au front en plein covid?

Les personnels de santé et d'action sociale ont représenté 26% des salariés les plus exposés au travail, durant la première vague.

Qui est monté au front en plein covid?

Les personnels de santé et d'action sociale ont représenté 26% des salariés les plus exposés au travail, durant la première vague.
Photo : Guy Wolff
Luxembourg 3 min. 15.10.2020

Qui est monté au front en plein covid?

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le Statec vient de dresser le portait robot des 150.000 salariés qui, au Luxembourg, se sont retrouvés en première ligne quand l'épidémie a débuté. Des femmes principalement, aux contrats précaires le plus souvent.

La première vague de covid venait de déferler sur le pays, que le Luxembourg réorganisait toute l'organisation du travail. Mars, avril, mai : si le printemps 2020 a été marqué par le boom du télétravail (52% des actifs lors du confinement), il a aussi vu nombre de salariés devoir assurer en présentiel leur activité. Pour les chercheurs du Statec, cette part de «frontline workers» représenterait même un tiers du salarié en activité dans le pays.

L'organisme de statistiques luxembourgeois a poussé l'analyse pour mieux connaître ceux qui ont assuré une mission essentielle pour l'activité du pays. Et le constat est sans appel : ces salariés «en première ligne» appartiennent plutôt à des métiers moins bien rémunérés que la plupart des autres employés du Grand-Duché. De l'ordre de 10% de moins que le salaire moyen, soit 23,90€/heure (contre 25,60€). «Et encore, explique Jérôme Dury, chef de division au Statec, si l'on retirait de la moyenne les revenus des enseignants, le différentiel serait encore plus prononcé...»

Selon Jérôme Hury, du Statec, les "frontline workers" étaient plus souvent sous contrat en temps partiel ou CDD.
Selon Jérôme Hury, du Statec, les "frontline workers" étaient plus souvent sous contrat en temps partiel ou CDD.
Photo : Chris Karaba

A y regarder de près, le Statec a également mis en lumière les professions qui ont dû répondre présent. Il s'agit aussi bien d'employés dans l'aide sociale, de gardes d'enfants, de vendeurs-ses, caissiers/caissières, personnels de maintenance, agents de nettoyage, de gestion des déchets, salariés de la branche transport (routiers, conducteurs de bus) à qui on a demandé de rester en poste et travailler alors que le virus circulait. Sans oublier certains enseignants, mais surtout les personnels de soins et santé.

Et si les analyses démontrent que les secteurs les plus mobilisés ne correspondent pas forcément aux domaines économiques les plus fournis au Grand-Duché, force est de constater que la première ligne a été largement plus ouverte aux cols bleus qu'aux cols blancs. Autrement dit aux employés plutôt qu'aux cadres. Ainsi, la mobilisation a «surtout concerné des métiers peu qualifiés», selon l'étude. 

Autre particularité relevée : les salariés qui ont été le plus souvent projetés dans le contexte sanitaire menaçant correspondent le plus souvent à des profils au niveau d'éducation sommaire. Parmi les «frontline workers», on ne retrouve ainsi que 26% de titulaires d'un bachelor ou plus. Cela quand 74% ont plutôt un niveau proche du secondaire (achevé ou non).

Pour le Statec, un autre facteur remarquable sur la période a été la mise en avant de personnels disposant de contrats précaires. Proportionnellement, bien plus qu'en temps normal, ces titulaires de CDD (14% des «frontliners») ou en temps partiel (26%) ont participé à l'activité d'un pays tournant certes au ralenti, mais qui sans ces salariés se serait retrouvé bloqué.

«Dans une économie de services comme celle du Luxembourg, leur rôle a été incontestable, analyse d'ailleurs Serge Allegrezza, directeur du Statec. Mais ce qui explique que le pays échappe plus à la récession que ses voisins tient aussi du fait que le reste de la population active a pu tout de même pratiquer son activité, grâce au télétravail.» A l'heure où syndicats et patronat s'apprêtent justement à mettre au goût du jour la convention sur le télétravail, le service de statistique estime à 52% la part des actifs occupés ayant pu travailler à distance pendant la crise sanitaire.

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