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Qui a tué Diana ? L'histoire derrière le crime

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Qui a tué Diana ? L'histoire derrière le crime

Qui a tué Diana ? L'histoire derrière le crime
Enquête

Qui a tué Diana ? L'histoire derrière le crime


par Tiago RODRIGUES/ 13.10.2022

Diana Santos avait 40 ans et était originaire de Porto. Elle laisse derrière elle un fils de 22 ans.Photo: DR

Un homme a été arrêté pour meurtre avec préméditation. Mais il reste encore de nombreuses questions sans réponse. Le mystère de la mort de Diana Santos n'est toujours pas résolu.

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Mystère
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L'histoire commence par un hasard. C'est pour soulager un besoin pressant qu'un adolescent de 16 ans s'est retrouvé à cet endroit, à cette heure-là. C'était le lundi 19 septembre, à Mont-Saint-Martin, une petite commune française près de la frontière avec le Luxembourg. Il était quasiment une heure de l'après-midi. Le jeune homme se trouvait derrière un bâtiment abandonné, près de la mairie, quand il a vu quelque chose qu'il aurait souhaité ne jamais voir. Au premier regard, il a pensé que c'était une poupée, une partie d'un mannequin. Mais en se rapprochant, il a remarqué qu'il y avait un tatouage et un piercing. C'était une véritable scène de terreur : le corps nu, démembré et décapité d'une femme

Sous le choc, l'adolescent a alerté le propriétaire d'un bar voisin, qui a appelé la police. Vingt officiers et une équipe médico-légale ont été déployés sur les lieux. Les curieux n'ont pas tardé à se presser autour de l'endroit où a été retrouvé le cadavre. Qui est cette femme ? D'où vient-elle ? Que faisait-elle ? Pourquoi a-t-elle été tuée ? Beaucoup de questions pour peu de réponses. Les autorités françaises ont seulement mentionné qu'il s'agissait d'une «femme relativement jeune». Et que c'était «clairement une affaire criminelle». Avec l'autopsie, de nouveaux indices sont apparus. Le cadavre a été retrouvé sans trace de sang, ce qui pourrait indiquer qu'il a été démembré ailleurs et transporté là.


Les premiers éléments de l'enquête du cadavre décapité
Si le travail d'identification du cadavre mutilé de la jeune femme se poursuit, les premiers éléments sont d'ores et déjà acquis. Au même moment, des photos du corps circulent sur les réseaux.

Les détails communiqués à la presse deux jours plus tard ont révélé un crime macabre : les membres inférieurs avaient été coupés au niveau des genoux, il n'y avait pas de bras, pas de tête. Ces morceaux de corps sont toujours manquants. Le corps ne présentait aucune contusion visible, aucun signe de blessure par balle ou par couteau, ni de violence sexuelle. Il n'était pas en état de décomposition profonde, ce qui amène les autorités à penser que la jeune femme aurait été tuée dans les 24 heures précédant la découverte du cadavre. L'identité de la victime n'a pas été révélée. Les seuls indices permettant d'élucider le mystère sont les tatouages trouvés sur son torse.

La psychose s'installe

En France, l'affaire a suscité des inquiétudes. La crainte d'un éventuel «tueur en série» rôdant dans la région a été dissipée par le procureur de Nancy, François Pérain, lors d'une conférence de presse. Aucun lien n'a été établi entre le corps de la femme et le cadavre d'un homme décapité qui avait été retrouvé quelques jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, dans une forêt de Meurthe-et-Moselle. Les hypothèses d'un féminicide ou du meurtre d'une prostituée en Belgique ou au Luxembourg ont été envisagées. A ce stade, l'objectif principal des autorités était de parvenir à déterminer l'identité de la victime.

François Pérain a révélé les deux tatouages retrouvés sur le cadavre : un avec un poignard et une rose et un autre avec le nom «Kiko». Ces éléments étaient «importants» pour identifier la victime. Cependant, il manquait encore un élément «essentiel» : la tête. «En l'absence de celle-ci, nous ne pouvons pas déterminer la cause du décès, car la victime a pu être tuée à la tête», a expliqué le procureur, prévoyant une enquête «de longue haleine». Une ligne d'assistance a été mise en place pour toute personne ayant des informations sur le crime. Pendant ce temps, un nouveau casse-tête pour les autorités émergeait: des vidéos du moment où le corps a été trouvé ont circulé sur les médias sociaux.

Des vidéos de la découverte du corps circulent

La municipalité de Mont-Saint-Martin a alerté la police. Le parquet de Nancy a annoncé l'ouverture d'un dossier. Selon la loi française, la diffusion de telles vidéos est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 15.000 euros. Contacto a confirmé par l'intermédiaire de la police grand-ducale que les images circulaient également au Luxembourg. Au Grand-Duché, toute personne qui les diffuse risque jusqu'à trois ans de prison et une amende pouvant aller jusqu'à 50.000 euros. C'est le premier lien de l'affaire avec le Grand-Duché. La nouvelle en langue portugaise a attiré l'attention de certaines personnes au Portugal. La première grande révélation de l'affaire est venue de là. Un ami de la famille de la victime l'a assuré à Contacto : cette femme est Diana Santos, une Portugaise vivant au Luxembourg.

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Révélations
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Le lundi 3 octobre, quinze jours après la découverte du corps, l'identité de la victime a finalement été confirmée par les autorités. Interrogé par Contacto, le ministère public luxembourgeois a révélé, de visu, que la victime était de nationalité portugaise et vivait au Grand-Duché. La nouvelle s'est rapidement répandue dans les journaux et les chaînes de télévision du Luxembourg, de France et du Portugal. L'affaire est devenue encore plus digne d'intérêt. La question restait sans réponse : qui était Diana Santos ? C'est son père, Horácio Santos, 65 ans, résidant à Porto, qui nous a raconté l'histoire de sa fille.


Imagem ilustrativa.
«Personne ne voudrait être à ma place»
Le père de la Portugaise qui vivait au Luxembourg et a été retrouvée démembrée en France s'est confié en exclusivité à Contacto.

Diana Isabel Gomes dos Santos est née le 17 octobre 1981, à Porto. Elle avait 40 ans. Elle a grandi dans le quartier de São João de Deus, dans la paroisse de Campanhã. Elle a émigré en Andorre alors qu'elle avait un peu plus de 20 ans. Elle a ensuite traversé la France et la Belgique, avant d'arriver au Luxembourg. Selon son père, elle a toujours travaillé comme serveuse ou dans la restauration. Elle avait un fils de 22 ans, le «Kiko» du tatouage, qui a été élevé par sa grand-mère à Vila do Conde. Toute sa famille réside au Portugal. Elle y allait en vacances presque chaque année. Avec son père, elle parlait «de temps en temps, quand cela lui convenait». La dernière fois qu'ils se sont vus, c'était l'année dernière, à un karaoké à Gaia.

Diana s'était fait tatouer le prénom de son fils.
Diana s'était fait tatouer le prénom de son fils.
Crédit: D. R.

Le chant était l'une de ses grandes passions. «Elle chantait très bien. Elle s'amusait beaucoup en chantant. Elle avait une voix extraordinaire. Elle était mon rossignol», se souvient Horácio, affirmant que sa fille était très appréciée. «Elle avait une façon particulière de chanter». Quand il a appris la nouvelle de la mort de Diana, son père ne l'a pas cru dans un premier temps. «J'étais un peu secoué, tout s'est écroulé. Nous n'avons jamais pensé que cela pouvait arriver à l'un de nos enfants», a-t-il déclaré, ému. Avec un mélange de révolte et d'angoisse. «Ma fille a été assassinée et démembrée. Personne ne voudrait être à ma place. Je ne vois aucune raison à une telle barbarie. Je veux la justice, que les coupables paient.»


Diana Santos tinha 40 anos e vivia no Luxemburgo.
«Je veux que la police me parle de toute urgence»
Le frère de Diana Santos affirme avoir des informations importantes à donner aux autorités et se dit prêt à venir au Luxembourg.

Horácio a été informé par son fils, Vítor Santos, 43 ans. C'est le frère aîné de Diana. Ils étaient très proches, ils avaient une relation «exceptionnelle», selon son père. Vítor a appris le décès de sa sœur par un ami et a ensuite été contacté par les consulats français et luxembourgeois. Mais, comme son père, il dit n'avoir reçu aucun contact des autorités. À Contacto, il a déclaré avoir «des choses importantes à dire» à la police : «Décapité, démembré... Ce sont des mots horribles pour moi. Je veux juste que la justice soulage le coeur de notre famille. Elle est morte, mais elle est toujours vivante dans mon cœur», a déclaré son frère.

Une relation compliquée

Pour la famille, l'un des premiers qu'ils ont soupçonnés était l'ancien partenaire de Diana. Selon le père et le frère, il y avait une histoire de violence domestique et il s'était même retrouvé en prison. A Contacto, João Oliveira, 43 ans, raconte sa version de l'histoire. Ils se sont rencontrés en 2019, dans un café d'Athus, en Belgique, où elle travaillait et chantait. Diana vivait depuis quelques mois dans une chambre de la maison de ses patrons, après avoir vécu à Longwy, en France. Lorsqu'elle s'est retrouvée sans travail dans ce café et sans logement, elle a demandé à João de rester chez lui, dans la même ville. Ils ont commencé à se fréquenter en août de la même année et ont emménagé ensemble.


Diana tinha 40 anos e era natural do Porto.
L'ex-petit ami de Diana Santos: «C'était la femme de ma vie»
C'est l'ex-compagnon qui a permis l’identification du corps retrouvé démembré à Mont-Saint-Martin. Il a reconnu Diana Santos grâce à ses tatouages.

Le couple a eu une relation compliquée. Marquée, selon l'ancien partenaire, par des problèmes d'alcool et d'agressivité mutuelle. «Nous nous disputons souvent. Chacun tire sur l'élastique et il arrive un moment où l'élastique éclate. En août de l'année dernière, j'ai été arrêté parce que Diana a porté plainte auprès de la police en m'accusant de l'avoir agressée», se souvient-il. João a été emprisonné en Belgique pendant dix mois. Pendant cette période, il a appelé Diana presque tous les jours. Le jour où il est sorti de prison, début juin de cette année, la première chose qu'il a faite a été de la retrouver au café où elle travaillait depuis quelques semaines à Ettelbruck. «Je me suis assis là en tant que client, mais elle ne voulait pas me servir et a commencé à m'insulter. Elle a fait un scandale et a été virée».

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Suspicion
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Jusqu'ici, on savait que Diana avait séjourné en France avant de s'installer en Belgique, où elle a vécu pendant trois ans entre 2019 et 2022. En avril de cette année, elle a déménagé à Ettelbruck. Elle dormait dans une chambre au-dessus du café où elle travaillait, bien qu'elle eût toujours une clé de la maison qu'elle partageait auparavant avec João à Athus. Dans les cafés où elle a travaillé, tant en Belgique qu'au Luxembourg, collègues et employeurs se souviennent de Diana comme d'une «femme gaie et amusante» qui aimait chanter. Mais ils n'ont pas voulu témoigner à visage découvert ni faire de commentaires sur sa vie privée. Dans les endroits que nous avons traversés, il y avait une psychose autour de ce crime.


Diana avait 40 ans et était originaire de Porto.
«Diana avait de mauvaises fréquentations»
Paula affirme que la jeune femme d'origine portugaise avait changé depuis qu'elle avait commencé à fréquenter un autre groupe de personnes.

Paula, qui prétend être la meilleure amie de Diana, affirme qu'elle s'est éloignée d'elle lorsqu'elle «a eu de mauvaises fréquentations». Elles se sont rencontrées dans des «karaokés» à Athus il y a trois ans, mais ne se sont pas parlé depuis l'année dernière. «J'étais sa meilleure amie, mais je me suis éloignée à cause de la situation dans laquelle elle vivait. Je ne voulais pas être impliquée dans ce monde. Pour me protéger. Ce n'était plus notre Diana», a-t-elle confié, en faisant référence à un groupe de personnes avec lequel son amie s'était engagée. Selon Paula et d'anciens collègues de travail, Diana a été vue avec deux hommes à plusieurs reprises. Ils étaient marocains et parlaient espagnol entre eux.

En détention provisoire à Schrassig

Sa famille et son ancien partenaire étaient également au courant de ces personnes avec lesquelles Diana s'entendait. João raconte qu'elle lui a parlé d'eux lorsqu'elle était en prison. «Elle m'a dit qu'elle avait rencontré un Marocain à la fin de l'année dernière et qu'il lui avait trouvé un emploi à Diekirch pour s'occuper de sa femme, qui était malade. Il s'agit de Said Banhakeia, le suspect de 48 ans qui a été arrêté jeudi dernier par la police judiciaire luxembourgeoise. Il est en détention provisoire à la prison de Schrassig, accusé de meurtre «avec préméditation». Il est considéré par les autorités comme le principal suspect du crime, a appris Contacto.


Diana Santos tinha 40 anos e vivia no Luxemburgo.
L'oncle du compagnon de Diana arrêté
Le suspect, un homme âgé de 48 ans a été arrêté jeudi par la police judiciaire puis placé en détention.

Avec l'arrestation d'un suspect, près de trois semaines après la découverte du corps de la quadragénaire portugaise, d'autres questions se posent : Qui est Said Banhakeia ? Quelle était sa relation avec Diana ? Selon João, ils étaient amis, mais son ex-partenaire les soupçonnait d'avoir une relation amoureuse. En juillet, Saïd et Diana sont partis ensemble en vacances au Portugal pendant une semaine. La famille confirme qu'ils étaient à Porto et que Said a été présenté comme un ami. À ce moment-là, Diana aurait annoncé qu'elle s'était mariée quelques jours plus tôt, le 14 juillet, à un autre homme. Il s'agirait de Gibran Banhakeia, le neveu de Said, qui aurait entre 35 et 40 ans. Contacto n'a pas obtenu la confirmation, par les autorités compétentes, que ce mariage avait bien eu lieu.

La maison où vivait Diana à Diekirch a été fouillée. Sur la porte, on peut voir un sceau de la police.
La maison où vivait Diana à Diekirch a été fouillée. Sur la porte, on peut voir un sceau de la police.
Photo: DR

João est au courant de ce possible mariage depuis le début de l'année. «Quand j'étais en prison, elle m'a dit qu'elle allait se marier. Elle m'a dit que Saïd avait un neveu à Paris qui venait au Luxembourg et qu'il avait besoin de papiers de résidence. Ils lui ont fait une proposition de 30.000 euros et elle a accepté», se souvient son ancien partenaire, précisant qu'il a toujours été contre les mariages arrangés. Le Marocain serait arrivé au Grand-Duché dans les premiers mois de cette année.

Fin juillet, après le prétendu mariage, Gibran et Diana ont loué une maison à Diekirch, qu'ils voulaient rénover pour ensuite y mettre plusieurs chambres à louer. Après l'identification du corps, la maison a été fouillée et la porte, qui porte leurs deux noms, a été scellée par la police, qui n'a pas confirmé s'il pouvait s'agir de la scène du crime.

Il a aidé à identifier le corps

La dernière fois que João a vu Diana, c'était à la fin du mois d'août, alors qu'il était hospitalisé à la suite d'un accident de moto survenu en juillet. Il a été hospitalisé jusqu'au 9 septembre. La nuit du 18, dimanche, quelques heures avant la découverte du corps, João a manqué deux appels de Diana. Après cinq minutes, il a rappelé, mais l'appel a été rejeté. «Je savais qu'elle était chez elle à Diekirch ce jour-là», dit-il. Il ne l'a rappelée qu'une semaine plus tard, le 26. Son téléphone portable était éteint. Elle a envoyé un SMS à Saïd pour lui demander si elle savait où était Diana et il a répondu qu'il ne savait pas non plus où elle était. Ce jour-là, Said se serait rendu à la police de Diekirch. La police a appelé João en lui demandant s'il était le petit ami de Diana et en lui demandant des informations.


Entre effroi et incompréhension, ils sont aujourd'hui nombreux à pleurer la disparition tragique de Diana.
Une marche blanche pour rendre hommage à Diana
Celle-ci sera organisée dans la ville frontalière d'Athus (Belgique), là où Diana a vécu pendant plus d'un an.

Intrigué par la disparition de son ex-partenaire,  João se rappelle avoir vu aux informations qu'un corps avait été retrouvé une semaine plus tôt à Mont-Saint-Martin. Il décide de vérifier les images qui ont été diffusées et remarque le tatouage portant le nom de son fils. «C'est Diana», a-t-il réalisé. «J'ai commencé à pleurer. J'ai appelé la police française qui a confirmé que c'était bien elle. Le jeudi 29, je me suis rendu à la police judiciaire de Luxembourg pour apporter mon témoignage», déclare João, garantissant qu'il n'a jamais été traité comme un suspect. 

Une semaine plus tard, Said a été arrêté. Son neveu Gibran est toujours porté disparu. Les autorités ne confirment pas s'il est considéré comme un suspect et s'il est recherché. Qui a tué Diana ? Et pourquoi ? Où sont les autres parties du corps ? Quels secrets ces hommes cachent-ils ?  Le mystère reste entier.

Cet article a été publié pour la première fois sur Contacto.

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