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«Que le Kirchberg devienne peu à peu un vrai quartier»
Luxembourg 14 7 min. 24.09.2020

«Que le Kirchberg devienne peu à peu un vrai quartier»

«Que le Kirchberg devienne peu à peu un vrai quartier»

Photo: Chris Karaba
Luxembourg 14 7 min. 24.09.2020

«Que le Kirchberg devienne peu à peu un vrai quartier»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Premier directeur du Fonds Kirchberg en poste depuis la mi-août, Marc Widong souhaite mener à bien la transformation du quartier d'affaires pour en faire notamment «une sorte de village».

Fondé en 1961 afin de permettre l'accueil des institutions européennes au  Grand-Duché, le Fonds Kirchberg possède une réserve foncière de 365 hectares, propriété exclusive de l'Etat. Alors que pendant plus de 55 ans l'institution a été gérée par les différents présidents du conseil d'administration, la donne a changé depuis la fin 2019 et la création d'un poste de directeur. Une mission qui incombe à Marc Widong, ingénieur de formation passé par ArcelorMittal et les CFL, choisi pour mener la transformation du quartier d'affaires. Rencontre.

Vous êtes en poste depuis le 17 août dernier. Quelles ont été les premières décisions que vous avez prises en tant que premier directeur du Fonds Kirchberg? 

Marc Widong - «Outre la rencontre avec le personnel pour comprendre les projets qu'ils ont en charge et la manière dont ils les gèrent, j'ai notamment dû mettre en place des procédures pour permettre la poursuite du travail face au covid. Ce ne sont encore que de petites décisions, bien que nécessaires, mais de plus importantes seront prises un peu plus tard. Et ces dernières ne seront pas de mon seul fait, mais seront celles qui seront décidées par le conseil d'administration.

Tout comme le directeur du Fonds Belval ou du Fonds du Logement, Marc Widong endosse la gestion opérationnelle de l'établissement public.
Tout comme le directeur du Fonds Belval ou du Fonds du Logement, Marc Widong endosse la gestion opérationnelle de l'établissement public.
Photo: Chris Karaba

En conformité donc avec le nouveau mode de fonctionnement du Fonds, instauré par la loi de décembre 2019 qui rompt avec le fonctionnement traditionnel où le président du conseil d'administration gérait l'aspect stratégique et opérationnel...

«Mon rôle consiste effectivement dans la gestion quotidienne, d'être force de proposition auprès du conseil d'administration et d'aider les administrateurs dans les décisions à prendre. Exactement comme cela se passe dans d'autres établissements publics, tels que le Fonds Belval ou le Fonds du logement plus récemment. Ce principe de gouvernance a fait ses preuves.

La nouvelle loi élargit également le conseil d'administration en y intégrant désormais un représentant du ministère du Logement. Cela signifie donc que cette question constitue votre principale priorité...

«C'est effectivement devenu notre principale priorité, conformément à la volonté du gouvernement de créer plus de logements, notamment abordables. De notre côté, nous ne voulons pas juste ajouter des m2 supplémentaires, mais créer des logements de qualité dans un environnement agréable. Nous prévoyons donc des espaces de rencontre, mais aussi des espaces verts, des commerces et des infrastructures sportives et culturelles. Vu que les constructions dédiées aux surfaces administratives ont globalement été construites - que ce soit à destination des banques ou des institutions européennes -, les futures réalisations seront principalement consacrées aux logements.

Comment cette nouvelle approche va-t-elle se traduire concrètement? Par une densification du bâti via la création de nouvelles tours?

«Nous n'allons bien évidemment pas faire des HLM comme en France, mais nous allons notamment construire en hauteur. Ce sera notamment le cas sur le site de Luxexpo qui bénéficiera d'un espace plus réduit au sol, donc une tour qui comprendra un hôtel, comme demandé par le ministère des Classes moyennes, des bureaux, mais aussi des logements. Pour le reste, notamment au Kuebebierg et au Langfuur, l'habitat prévu ne devrait pas dépasser les quatre ou cinq niveaux.

Vous héritez d’une situation enviée par d’autres responsables en charge de l’aménagement du territoire puisque le Fonds agit sur des terrains propriété de l’Etat. Estimez-vous que cette donne a, jusqu’à présent, été bien exploitée?

«Il ne faut pas perdre de vue que l'aménagement du Kirchberg s'est fait en fonction des demandes qui avaient été émises au fil des années. En premier lieu, dans les années 1960, pour héberger les institutions européennes, puis les choses se sont mises peu à peu en place. Le constat est qu'effectivement, à l'heure actuelle, nous avons trop de bureaux et pas assez de vie le soir. Pour que le Kirchberg devienne peu à peu un vrai quartier, il nous faut des logements. 

D’ici 2030, le plateau devrait connaître d’importants chantiers, avec des projets d’ampleur prévus au Kuebebierg, au Langfuur ou au Kiem. Quelle philosophie sous-tend tous ces travaux?  

«La qualité de vie doit être un aspect primordial. Cela passera notamment par la mobilité, raison pour laquelle la largeur du boulevard Kennedy devra être réduite et la vitesse de circulation réduite. Le tram jouera un rôle central, puisqu'en plus de la ligne actuelle qui relie directement les deux extrémités du plateau et bientôt directement la gare puis l'aéroport, une autre ligne doit voir le jour. Elle devrait passer par le boulevard Frieden, pour traverser le Kuebebierg, puis Langfuur avant de rejoindre le boulevard Konrad Adenauer. Dans un horizon pas si éloigné, tout pourra se faire sans voiture. Car l'idée est que les gens qui travaillent ici, vivent ici aussi. 

Vos projections à l'horizon 2040 tablent sur la présence de quelque 66.700 salariés et de 27.500 habitants. Est-ce toujours crédible au vu de l’impact attendu du télétravail sur l’immobilier de bureau? 

«Ces chiffres datent effectivement d'avant la pandémie de covid-19 et des changements vont forcément intervenir puisque le télétravail fonctionne. Si des espaces vont se libérer du fait d'une présence moins dense dans les bureaux, ils vont être occupés par d'autres sociétés, car la demande pour s'implanter au Kirchberg reste et restera importante. L'autre réflexion associée à ce constat tient dans le fait que les personnes qui souhaiteraient vivre sur le plateau souhaiteraient bénéficier d'une pièce supplémentaire pour pouvoir télétravailler. Ce qui nous pousse à réfléchir à la taille des logements qui seront proposés à la vente.

Pour tenter de juguler la flambée des prix, le Fonds ne propose plus que des terrains sous emphytéose. Mais est-ce que les promoteurs devront toujours être des bailleurs sociaux, comme c'est le cas au Kiem?

«Non. Nous travaillons avec la SNHBM dans le cadre de ce projet et cela fonctionne très bien et nous pourrions parfaitement reproduire ce schéma ailleurs. Mais pour le moment, nous vendons aussi des terrains à d'autres promoteurs, mais toujours sur le régime du bail emphytéotique de 99 ans et non plus en pleine propriété. Car ceci a permis à certains propriétaires de faire de belles opérations immobilières. Ce n'est pas ce que souhaite l'Etat pour enrayer la spéculation. Notre choix du promoteur se fait projet par projet. Pour les projets actuellement en cours, la répartition est de moitié moitié. Pour les logements, les décisions ne sont pas encore prises.

Enfin, comment imaginez-vous le Kirchberg dans 25 ans, quand vous prendrez votre retraite?

Tous les projets envisagés aujourd'hui devraient donc être construits, ce qui devrait changer la physionomie générale du plateau. D'autant plus que d'ici là, certains baux auront expiré, ce qui signifie que certains sites seront reconstruits avec des réalisations plus modernes, plus denses probablement. On parle ici du plateau, mais il faut aussi penser que les alentours immédiats vont aussi évoluer, à l'image de Weimershof. J'imagine donc une certaine diversité dans les activités, avec l'arrivée du lycée Michel-Lucius, la création d'une école communale ou bien encore l'arrivée de nouveaux commerces de proximité qui donneront une sorte de village.


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