Changer d'édition

Quatre condamnations dans le scandale des «lasagnes au cheval»
Luxembourg 4 min. 17.04.2019

Quatre condamnations dans le scandale des «lasagnes au cheval»

L'ancien directeur général de Spanghero, Jacques Poujol, a été condamné à 2 ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis pour tromperies sur l'origine et l'espèce de la viande.

Quatre condamnations dans le scandale des «lasagnes au cheval»

L'ancien directeur général de Spanghero, Jacques Poujol, a été condamné à 2 ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis pour tromperies sur l'origine et l'espèce de la viande.
Photo: AFP
Luxembourg 4 min. 17.04.2019

Quatre condamnations dans le scandale des «lasagnes au cheval»

Six ans après le scandale de la viande de cheval vendue comme du bœuf en Europe, 2 anciens dirigeants de l'entreprise française Spanghero et 2 négociants néerlandais ont été condamnés pour une succession de «tromperies».

(AFP) – Les faits commis par ces quatre hommes «ont durablement déstabilisé les filières viande et plats cuisinés en France et ont eu des conséquences sur la réglementation française mais aussi européenne», a observé le tribunal correctionnel dans son jugement. Ils constituent une négation des «principes de confiance et de loyauté», fondamentaux s'agissant d'alimentation, ont insisté les juges.

Le scandale, qui avait éclaté au Royaume-Uni et impliqué l'usine Tavola de Capellen début 2013 et s'était propagé à toute l'Europe, n'avait eu aucune conséquence sanitaire mais avait abouti à une grave crise de confiance des consommateurs. La société productrice de surgelés de Capellen avait finalement succombé à la crise de la viande de cheval en octobre 2018.

Etiquetée comme du bœuf à son arrivée au Luxembourg


Le scandale de la viande de cheval
De la viande de cheval dans des lasagnes au boeuf: cette affaire révèle une chaîne de production pour le moins complexe à travers l'Union européenne, au détriment de l'information au consommateur.

Dans le volet «Spanghero», le principal, deux ex-dirigeants de l'entreprise et deux intermédiaires néerlandais étaient poursuivis pour avoir trompé le fabricant de plats cuisinés Tavola -et les consommateurs- en lui vendant entre 2012 et début 2013 plus de 500 tonnes de cheval présenté comme du bœuf, plus cher.

Des marques comme Findus et Picard avaient ainsi découvert que leurs lasagnes, hachis parmentier et autres moussakas «pur boeuf» contenaient, pour des milliers d'entre eux, du cheval. A l'époque, Spanghero, société de transformation de viandes implantée à Castelnaudary (Aude), commandait de la viande congelée à un négociant néerlandais, Johannes Fasen, spécialiste du cheval.

Patrice Monguillon, ex-directeur du site de Spanghera à Castelnaudary a été condamné à un an de prison avec sursis pour une tromperie liée à l'«origine française ou étrangère» du cheval vendu à Tavola.
Patrice Monguillon, ex-directeur du site de Spanghera à Castelnaudary a été condamné à un an de prison avec sursis pour une tromperie liée à l'«origine française ou étrangère» du cheval vendu à Tavola.
Photo: AFP

La marchandise, roumaine ou canadienne, passait par les entrepôts néerlandais de son bras droit Hendricus Windmeijer, où les étiquettes perdaient toute référence à l'espèce «cheval», sauf un code douanier. Arrivée chez Spanghero, elle était étiquetée comme européenne et transformée sur place, puis réexpédiée vers Tavola, au Luxembourg, étiquetée comme du bœuf.

Viande de mouton

Lors du procès qui s'est ouvert le 21 janvier, les prévenus s'étaient rejeté la faute. L'ancien directeur général de Spanghero, Jacques Poujol, avait assuré qu'il ne savait pas que Johannes Fasen lui vendait du cheval, concédant seulement des «négligences» sur l'étiquetage.


Tavola opère à Capellen sous le sigle de Cookup solutions, autrefois Comigel.
Fin de parcours pour Tavola
La société productrice de surgelés de Capellen succombe à la crise de la viande de cheval.

Le Néerlandais avait rétorqué qu'il lui avait vendu du cheval en toute transparence. Pour tromperies sur l'origine et l'espèce de la viande, les juges ont condamné Jacques Poujol à deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Ils ont également ordonné la confiscation de 100.000 des quelque 800.000 euros saisis et lui ont interdit d'exercer dans la viande pendant deux ans.

Le tribunal a considéré que M. Poujol, qui a déjà passé quatre mois en détention provisoire, savait qu'il recevait du cheval. En l'absence de ses avocats au délibéré, il n'a pas souhaité s'exprimer.

Son ancien bras droit, l'ancien directeur de l'usine Patrice Monguillon, a été condamné à un an de prison avec sursis pour une tromperie liée à l'«origine française ou étrangère» du cheval vendu à Tavola. Mais les juges ont estimé que rien ne permet d'établir qu'il savait qu'il s'agissait de viande chevaline.


Viande de cheval: la réalité des contrôles au Luxembourg
Comment est contrôlée la filière au Luxembourg et que révèlent ces contrôles ? Le ministre de l'Agriculture répond aux questions du député Fernand Etgen.

Pas d'escroquerie en bande organisée

Le négociant Johannes Fasen, déjà condamné aux Pays-Bas dans une affaire similaire et menacé par deux autres procédures concernant également la viande de cheval, a été condamné à deux ans de prison pour tromperies, assortis d'un mandat d'arrêt. Il lui est définitivement interdit d'exercer dans la viande en France.

Hendricus Windmeijer a lui été condamné à un an de prison avec sursis pour les mêmes tromperies. Le parquet avait requis des peines plus lourdes. Les prévenus ont également été condamnés à publier cette décision dans plusieurs journaux et à payer des milliers d'euros de dommages et intérêts aux différentes parties civiles, fabricants ou distributeurs de plats préparés notamment.


Des lasagnes produites au Luxembourg faussement étiquetées en Hongrie
La Hongrie est à son tour frappée par le scandale de la viande de cheval faussement étiquetée en viande de bœuf avec l'annonce mardi par les autorités sanitaires hongroises de l'identification de lasagnes étiquetées bœuf mais contenant en fait de la viande de cheval non-déclarée.

Les Français et Johannes Fasen ont aussi été condamnés pour l'importation de 65 tonnes de viande de mouton séparée mécaniquement, méthode interdite depuis la crise de la vache folle. Et les deux Français pour altération de preuves.

Les quatre prévenus ont en revanche été relaxés des poursuites pour escroquerie en bande organisée. Jugeant les poursuites pour escroquerie redondantes avec celles pour «tromperie», le tribunal ne s'est donc pas prononcé sur une éventuelle «bande organisée».


Sur le même sujet

Scandale de la viande de cheval: le procès Spanghero s'ouvre à Paris
Le procès de l'affaire Spanghero, le volet le plus connu du retentissant scandale de la viande de cheval vendue comme du boeuf qui avait éclaté en Europe en 2013 s'est ouvert lundi après-midi à Paris. Parmi les parties civiles, on trouve notamment la société luxembourgeoise Tavola.