Changer d'édition

Quand Maria Teresa décharge un camion
Luxembourg 1 4 min. 30.10.2018

Quand Maria Teresa décharge un camion

La Grande-Duchesse dans un camp de réfugiés au Liban.

Quand Maria Teresa décharge un camion

La Grande-Duchesse dans un camp de réfugiés au Liban.
Gaston Carré
Luxembourg 1 4 min. 30.10.2018

Quand Maria Teresa décharge un camion

Gaston CARRE
Gaston CARRE
En mission humanitaire au Liban, la Grande-Duchesse Maria Teresa n'a pas hésité à retrousser ses manches pour mettre la main à la pâte.

Par Gaston Carré à Beyrouth

La légende de l'action humanitaire possédait une première image archétypale: l'image de Bernard Kouchner, ministre en ce temps-là de François Mitterrand, portant sur ses épaules un sac de riz pour les victimes de la famine en Somalie. Voici que cette légende se voit dotée d'une seconde scène d'anthologie, et c'est la Grande-Duchesse Maria Teresa qui ce mardi au Liban la fournit, pour une image qui sans doute fera le tour du monde humanitaire mais que le Wort vous livre ici en avant-première.

C'est un camp de réfugiés à quelques dizaines de kilomètres de Beyrouth, l'énorme camp de Bar Elias. Derrière la montagne, un peu plus loin, se trouve la Syrie. De là viennent les centaines de réfugiés qui après avoir échappé à la guerre survivent dans ce dense enchevêtrement de briques et de toiles, portés à bout de bras par la communauté internationale, les Nations unies et des organisations associées comme Arc-en-Ciel, qui lors de cette visite fait l'objet de l'intérêt particulier de la Grande-Duchesse.

Les rescapées du pire

Arc-en-Ciel est une organisation phare dans l'aide humanitaire au Liban, par la diversité de ses actions, par leur caractère intégré et pour sa détermination à offrir aux réfugiés une assistance durable, au-delà de l'aide immédiate et dans la perspective d'une existence fondée sur la prise en charge par les réfugiés de leur propre subsistance économique et sociale.

On nous a dit qu'une princesse va arriver...
On nous a dit qu'une princesse va arriver...
Gaston Carré

Les bénéficiaires de son action sont des hommes, des femmes et des enfants qui ont survécu au pire, et dans le cas des femmes, dans le cas de très jeunes filles souvent, le pire a pu prendre la forme du viol, d'où une assistance conçue, dans un premier temps, comme un véritable travail de «reconstruction de la personne», grâce à un réseau de médecins mais aussi de psychologues et de psychiatres. Rappelons que c'est précisément dans le cadre d'une vaste campagne contre le viol de guerre que la Grande-Duchesse se trouve actuellement au pays des Cèdres.

Une «princesse» est attendue

Dans le camp de Bar Elias cependant l'heure est venue de la distribution de l'aide alimentaire. Un camion se fraie un chemin parmi les tentes, une file de personnes déjà s'est constituée, détentrices d'un ticket faisant valoir leur droit à un colis de première nécessité. L'affaire est menée tambour battant, dans la cohue et la poussière mais au terme d'une organisation bien rodée – un ticket, un paquet, au suivant. Et c'est là qu'intervient Maria Teresa.

On savait dans le camp qu'une «princesse» était attendue. Un comité d'accueil s'est constitué, la «princesse» est reçue par des vivats et des you-yous, on la guide à travers le dédale des toiles et des masures d'argile, on visite une famille dans sa tente, on écoute le drame qu'elle a vécu, l'attention de la visiteuse est sincère et soutenue, la famille en prend acte et donne libre cours à son émotion, la visiteuse aussi est émue, elle salue quelques enfants et arrache un sourire à des bambins quand on la convie à assister à une distribution d'aide alimentaire.

Une femme à poigne

La «princesse» observe la scène, salue les agents à l'oeuvre et les réfugiés qui attendent leurs paquets, des paquets qui semblent bien lourds, et dont on va décharger un camion entier.

Un paquet puis un autre. Il fait près de trente degrés.
Un paquet puis un autre. Il fait près de trente degrés.
Gaston Carré

Et c'est là donc que Son Altesse royale la Grande-Duchesse Maria Teresa prend place dans la mêlée et saisit de ses propres mains les paquets délivrés par deux costauds sur le plateau du véhicule, un colis puis un autre, un autre encore qu'elle remet à ses destinataires, l'affaire dure un moment, la prouesse physique est réelle au Liban où la température en cette fin de matinée frise les trente degrés, la foule est ébahie, les agents humanitaires aussi, seule Maria Teresa semble convaincue du naturel de son «intervention», quand bien même elle en pèse le poids symbolique et la portée médiatique, dans une science de la télégénie qui n'exclut ni la sincérité de l'intention ni l'authenticité du geste.


La main à la pâte.
La main à la pâte.
Gaston Carré

Alors que le Luxembourg se livre à un laborieux «nation branding», la Grande-Duchesse vient de réaliser, dans un camp de réfugiés au Liban, une retentissante «mise en scène» de sa présence dans le concert des nations.

Äddi et merci!
Äddi et merci!
Gaston Carré



Sur le même sujet

La lutte contre le viol de guerre s'invite au Kirchberg
Initié par la grande-duchesse Maria Teresa et intitulé «Stand Speak Rise Up!», le forum international contre le viol de guerre se déroule ces mardi et mercredi en présence de plusieurs témoins «survivantes» et de trois prix Nobel de la paix.
Nadia Murad, ex-esclave des jihadistes devenue porte-drapeau de sa minorité et le Dr Denis Mukwege, «l'homme qui répare les femmes», au moment de recevoir le Prix Nobel de la paix. Ils seront tous deux au Luxembourg aujourd'hui.