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Quand l'entreprise coache ses expatriés et leur famille
Luxembourg 6 min. 08.02.2019

Quand l'entreprise coache ses expatriés et leur famille

Le métier de coach pour les expatriations réussies est de plus en plus plébiscité par les entreprises.

Quand l'entreprise coache ses expatriés et leur famille

Le métier de coach pour les expatriations réussies est de plus en plus plébiscité par les entreprises.
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Luxembourg 6 min. 08.02.2019

Quand l'entreprise coache ses expatriés et leur famille

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Quatre salariés sur dix sont des résidents de nationalité étrangère. La recherche de talents et de main-d'oeuvre qualifiée pousse les entreprises implantées au Luxembourg à faire venir leurs employés de plus en plus loin et à faire appel à des coachs spécialisés dans l'expatriation.

En 2018, la plupart des titres de séjour ont été accordés à des personnes venant d'Asie et des États-Unis pour les secteurs de l'informatique, la recherche, la médecine et pour des postes de cadre supérieur dans les banques et les compagnies d'assurance.

Quand le salarié arrive au Luxembourg, c'est souvent avec sa famille qu'il fait le déplacement et certaines expatriations échouent à cause du choc culturel que l'entourage subit. Karla Jacinto vient de lancer son entreprise de coaching pour les expatriés et leur famille. Un métier qui a le vent en poupe.

«Trois critères permettent de définir l'échec d'une expatriation», débute la coach, «Premièrement, lorsqu'elle ne dure pas le temps qui avait été défini au départ entre l'employeur et l'employé, il faut savoir qu'en général les contrats durent entre quatre et cinq ans. Deuxièmement, lorsque la performance de l'employé n'est pas à la hauteur des attentes de la société et enfin lorsqu'après la mission à l'étranger, l'employé donne sa démission dans l'année qui suit son retour dans son pays d'origine». 

Pour Karla Jacindo, avoir une langue ou une culture en commun n'est pas la garantie d'une expatriation réussie:

«Il faut travailler en amont sur le lien qui va se tisser entre l'employé et son pays d'accueil ainsi qu'avec la filiale de son entreprise. Cette préparation passe par un questionnement sur les attentes et les désirs de l'expatrié mais aussi de sa famille» .

«Les familles ne sont pas la préoccupation des entreprises»

En 2018, 1.848 personnes considérées comme des  «membres de famille» par le ministère des Affaires étrangères ont reçu leur premier titre de séjour pour une validité supérieure à trois mois. En parallèle, 2.475 personnes bénéficiaient d'un renouvellement. Un phénomène qui est en expansion depuis 2016.

«Les expatriés célibataires sont plutôt rares», reprend Karla Jacinto, «Cependant, les familles ne sont pas la préoccupation des entreprises et c'est souvent le choc culturel et l'isolement qui fait échouer l'expatriation».

C'est par un travail de coaching en trois temps qu'elle va préparer le futur expatrié et sa famille à vivre cette nouvelle étape professionnelle et familiale.

Tout d'abord, c'est par vidéo conférence qu'elle débute le coaching: «Indépendamment d'où ils sont et où ils vont, je peux ainsi les préparer à l'idée de changer de pays. Pour ce faire, je les fais réfléchir à ce qu'ils attendent, à ce qu'ils redoutent. Cela permet de mettre en évidence leurs valeurs, leurs croyances et sonder leur motivation».

Un fois arrivé au Luxembourg, l'employé va être coaché au sein même de son entreprise: «On va ainsi définir avec sa nouvelle équipe ou avec sa direction, ce qu'on attend de lui à ce poste, au Luxembourg. Cela a pour avantage de fixer dès le départ les objectifs de l'expatriation et d'éviter les problèmes de performances».

Du côté de la famille, Karla Jacinto attend que la famille ait pris ses marques avant de commencer le coaching familial: «Celui-ci est surtout utile pour les familles avec des adolescents car ceux-ci vont devoir changer d'école, de clubs sportifs et d'amis. C'est pour eux que le choc culturel peut être le plus prononcé et déstabiliser ainsi toute la famille».

Enfin, à la fin de la mission, la coach reprend le processus dans le sens inverse et accompagne la famille sur le chemin de retour: «Passer plusieurs années à l'étranger, ce n'est pas anodin et les personnes peuvent perdre leurs marques et avoir besoin d'aide et de temps pour les retrouver».

Qui paye ce service?

Des coachs comme Karla Jacinto, Sylvie Schmit-Verbruggen en a de plus en plus besoin. Elle est agent de relocation au Luxembourg depuis 1994 et si elle s'occupait au départ de 60 entreprises au Grand-Duché, aujourd'hui elle apporte son expertise à plus de 250.

«En tant qu'agent de relocation, je fais de plus en plus appel à ce type de service car nous ne pouvons plus le gérer en interne, nous avons trop à faire. Bien s'intégrer dans un nouvel environnement est certes en relation avec la rémunération et les avantages qu'on y trouve mais aussi en rapport avec la manière dont on se prépare à investir un nouveau lieu de vie et de travail».

Le métier d'agent de relocation est né au Luxembourg dans les années 90 et avait pour fonction au départ d'aider les entreprises étrangères, à faire venir des employés de leur pays d'origine.

«Dans ce temps-là, je m'occupais des permis de travail, des autorisations de séjour, de la recherche d'un logement ou d'une école, importer un véhicule pour des cadres dirigeants de multinationales comme GoodYear, Duppont de Nemours, l'Arbed ou des banques comme TDK. En 2008, beaucoup d'entreprises ont renvoyé leurs expatriés à cause de la crise et depuis on remarque un changement dans le financement de l'expatriation: ce n'est plus l'entreprise qui règle toutes les factures mais souvent une enveloppe qui est donnée à l'employé pour qu'il finance lui-même son déménagement, les frais de scolarité, le logement. Et le système de taxation a changé, ce qui a permis à Vodafone ou Amazon de venir s'implanter ici et le nombre d'expatriés a alors augmenté».

A l'heure actuelle, ce ne sont plus uniquement les entreprises étrangères qui font venir du personnel de leur pays d'origine mais aussi des entreprises luxembourgeoises ou l'université qui embauchent des talents venus de l'étranger.

«On recrute à l'étranger les talents comme des ingénieurs, des informaticiens, des chercheurs, des professeurs, des médecins ou des personnes faisant de l'audit», poursuit Sylvie Schmit-Verbruggen,  «il y a des métiers qui n'existent pas au Luxembourg et qu'on doit aller chercher à l'étranger».

«Une expatriation loupée est une perte financière pour l'entreprise »

Dans leur parcours l'agent de relocation aussi bien que la coach ont vu des expatriations loupées.

«Le choc culturel, ce n'est pas seulement pour des destinations lointaines», souligne Karla Jacindo, «On le constate d'un pays européen à un autre. Mais ce qu'il ne faut pas oublier c'est qu'une expatriation loupée est une perte financière pour l'entreprise. Il est important d'éduquer les responsables des ressources humaines à bien préparer les expatriés à leur nouvelle mission professionnelle qui est aussi un nouveau chapitre de leur vie personnelle».

Une expérience que partage Sylvie Schmit-Verbruggen: «Quand RTL a voulu installer une antenne en Pologne, ça ne s'est pas bien passé car les Luxembourgeois n'ont pas les mêmes critères que les Polonais. A l'époque, là-bas, les sols étaient en béton dans les logements et bon nombre d'épouses d'expatriés n'ont pas voulu rester. L'idée est donc de bien préparer les gens à ce qu'ils vont trouver».

Il faut quand même reconnaître que le Luxembourg est non seulement un pays qui plaît aux expatriés mais également un pays où ils aiment rester au-delà de leur mission. D'après le classement d'Expat Insider, le Luxembourg figure au quinzième rang des pays les plus convoités par les expatriés. Et ce qu'on aime au Luxembourg, c'est la qualité de vie que le pays propose aussi bien pour la sécurité que pour l'emploi.

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